Israéliser notre sécurité ou réhumaniser la société?

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Israéliser notre sécurité ou réhumaniser la société?

"Israël institutionnalise un apartheid vis-à-vis d'une popuation vue comme suspecte, la détention illimitée y tient lieu de justice ! "

Depuis les attaques terroristes de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray, on a pu lire et entendre le pire et le meilleur. La course à l’échalote engagée entre les prétendants de droite à la magistrature suprême pour remporter la palme de la surenchère ultrasécuritaire – quitte à agiter le spectre de la guerre civile – est aussi obscène qu’irresponsable. Plus généralement, tout ténor de la droite s’est senti obligé d’en rajouter une couche. Tel ancien ministre de la Défense a, en quelque sorte, synthétisé cette vision d’une France sûre en une formule choc : « Il nous faut israéliser notre sécurité ! » (1)

Faut-il lui rappeler que le « modèle » qu’il recommande de suivre est celui d’un État qui a institutionnalisé un apartheid de fait, où une violence extrême est, au nom de la sécurité, quotidiennement exercée contre une partie de la population, considérée comme intrinsèquement suspecte, et vis-à-vis de laquelle la détention illimitée sans inculpation et les punitions collectives tiennent lieu de justice !

Force est de le constater : en comparaison, la chancelière allemande passerait presque pour une progressiste !

Après une semaine noire, marquée par quatre attaques meurtrières, dont deux revendiquées – pour la première fois en ­Allemagne – par Daech, et bien que critiquée par son allié bavarois, la CSU, à quelques semaines d’élections régionales servant de test en vue des législatives stratégiques de 2017, Angela Merkel a à nouveau évoqué, à propos du million de réfugiés récemment accueillis dans son pays, la « responsabilité humanitaire » et réitéré sa conviction que « nous allons arriver à mener à bien cette épreuve historique en ces temps de mondialisation » !

Non seulement la droite française, mais aussi le gouvernement pourraient en prendre de la graine – lui qui vient pousser sa dérive sécuritaire jusqu’à doter la France, à l’occasion de la loi sur la prolongation de l’État d’urgence, d’une législation autorisant notamment la surveillance préventive de masse, inimaginable outre-Rhin (2).

Heureusement, dans ce contexte délétère où tant de responsables politiques abusent dangereusement de leur influence sur des citoyens traumatisés et fragilisés, d’autres voix se sont fait entendre, et c’est tout à l’honneur de « l’Humanité » et de « l’Humanité Dimanche » de les avoir abondamment relayées !

Ainsi, cette très juste observation du directeur en personne de la Sécurité intérieure (DGSI), estimant que « si on se limite à une réponse sécuritaire, on se trompe » et notant qu’on constate « chez la plupart de ceux que (nous) arrêtons, un profond mal-être (alors que) la seule idéologie qui leur donne une raison d’espérer en ce bas monde est l’extrémisme religieux » (3).

Comme en réponse, le psychanalyste Roland Gori soulignait : « C’est dans le clair-obscur du néolibéralisme que sont nés ces monstres (...) Il faut redonner à la jeunesse des motifs d’espérer. » (4) Ou bien le sociologue Michel Wieviorka appelant à « restaurer le lien social », à « réhumaniser la société ». Et aussi à « reconstruire de la confrontation qui débouche sur autre chose que de la violence » (5).

Réfléchir, débattre, construire : la vraie politique, quoi ! Voilà qui nous parle.

Francis Wurtz

Publié dans l'Humanité Dimanche du 4 août

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