La paix et la fraternité

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

La paix et la fraternité

" C'est plutôt à recoudre le tissu social, culturel, à réduire le mal-être de centaines de milliers de concitoyens, particulièrement les jeunes, qu'il faudrait s'attacher."

L’onde de choc générée par les crimes terroristes a produit des milliers de cérémonies religieuses et interreligieuses dans les églises, les mosquées. D’autres, sur les places ou devant les mairies, ont permis à nos concitoyens de rendre hommage au père Jacques Hamel. Belle et forte réponse à la prétendue guerre de religion.

Ce besoin de se retrouver, de se parler, de chasser aussi les angoisses et les peurs, de réfléchir ensemble, de faire vivre la solidarité est une force. Il est bon et nécessaire d’ouvrir des espaces, des « trajets » pour la pensée.

Penser pour comprendre.

Comprendre pour parler et agir juste. Non pas pour excuser, mais pour chercher ensemble les conditions permettant d’en finir avec le cauchemar qui endeuille les peuples du monde et nous endeuille à un insoutenable rythme.

Ennemi de la pensée, adversaire de la raison, le fanatisme intégriste brouille les esprits, sème la peur et répand le sang, obstrue l’entendement, attise les haines, veut pousser aux amalgames pour diviser, opposer jusqu’à l’affrontement. Les responsables politiques qui se situent sur le même terrain rendent un bien mauvais service à la raison et à la République.

Certains le font avec le même ton martial qu’hier lorsqu’ils voulaient que la France s’enrôle derrière la bannière de l’imperium nord-américain contre l’Irak, après l’avoir fait en Afghanistan. Les mêmes qui ont disloqué la Libye à coups de bombes et élargi les métastases qui gangrènent l’Afrique.

Refuser de reconnaître ces graves fautes et nier aujourd’hui la complexité de la situation pour de bas motifs de gains électoraux est indigne et irresponsable. Déclarer l’état de guerre, s’autoproclamer chef de guerre sans aider à cerner les problèmes auxquels nous faisons face est une aussi dangereuse aventure. Continuer à faire des armes un marché fructueux avec des pays qui, en sous-main, aident l’armée du terrorisme est criminel.

De cette guerre ne se dessine aucune perspective de paix. Le pape a eu raison de proclamer que « le monde est en guerre parce qu’il a perdu la paix ».

Des profondeurs lointaines de ces guerres surgissent des monstres nourris d’une longue et tumultueuse histoire de dominations, de pillages, de destructions pour des intérêts géostratégiques d’où fument de fortes odeurs de pétrole, d’armes et d’argent.

Nulle justification et encore moins de complaisance ici ! Simplement le constat que les groupes terroristes sont bien la conséquence directe de cette histoire, dès lors que l’imperium en est à l’origine, d’abord pour avoir détruit les forces démocratiques dans ces pays, puis en gonflant le « ressentiment » avec la destruction des États et des sociétés politiques.

Répondre à chaque attentat en annonçant le redoublement des frappes d’une coalition qui « s’auto-organise » en dehors de l’Organisation des Nations unies ne fait que jeter de l’huile sur le feu et donne des arguments aux fanatiques qui disent vouloir venger l’arrogance occidentale qui ne fait que rappeler les pratiques de maintien de l’ordre des colonisateurs.

Ceci ne signifie en rien qu’il faudrait laisser faire. Seule une combinaison d’efforts diplomatiques et politiques sans pareils, pour une coalition mondiale accompagnant le déploiement militaire, peut commencer à changer la donne. Encore faut-il que ces efforts soient impérativement accompagnés d’actes nouveaux, particulièrement avec le lancement, au Proche et au Moyen-Orient comme en Afrique, de projets de codéveloppement humains, sociaux et environnementaux solidaires. Seul un ensemble de faisceaux d’actions peut assécher le terrorisme fondamentaliste.

De même, répondre à l’intérieur du pays par des annonces successives de moyens de répression, aussi indispensables soient-ils sur l’instant, peut conduire à l’aggravation de la situation, voire à la multiplication des raisons de la radicalisation, voire du passage à l’acte. Il est indispensable de ne pas verser l’acide de la stigmatisation dans des parties de la société déjà tant ignorées, méprisées, laissées pour compte.

C’est plutôt à recoudre le tissu social, culturel, à réduire le mal-être de centaines de milliers de concitoyens, particulièrement les jeunes, qu’il faudrait s’atteler. Voilà qui appelle toujours à se parler, à travailler la confiance et la reconnaissance de chacune et chacun, quel que soit l’endroit où il habite, pour l’égal accès à l’école, à la santé, à la culture, au travail et à la formation. Voilà qui ramène à la nécessité de faire réellement vivre les idéaux de la République, à l’opposé des choix d’austérité et de destruction des services publics.

Que partout on en discute, qu’on débatte, qu’on échange, qu’on se rassemble pour construire de nouveaux jours heureux, dans tous les lieux où s’ébat la vie.

La Fête de l’Humanité est l’un d’entre eux, auquel, dans quelques semaines, les circonstances commandent de donner le plus grand retentissement possible.

Elle sera la Fête pour la paix et la fraternité.

Patrick LeHyaric

Directeur de l'Humanité

Publié dans PCF

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