Francis Wurtz : "Peut-on encore sauver l'Europe? Et le doit-on?"

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Francis Wurtz : "Peut-on encore sauver l'Europe? Et le doit-on?"

La chronique de Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen.

«Peut-on encore sauver l’Europe ? » titrait « le Monde », à la veille du sommet informel des 27 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, le 16 septembre dernier, à Bratislava. « La machine est cassée et personne n’a la méthode pour réparer », notait, pour sa part, un éditorialiste des « Échos », le lendemain. « L’Europe ne peut plus ni avancer, ni reculer, ni rester sur place », analysait, il y a plusieurs mois déjà, France Stratégie. Rappelons que cet organisme – qui a succédé au Commissariat général du plan – est chargé d’aider le gouvernement à inscrire ses politiques dans une vision d’avenir... (1)

Les résultats de Bratislava n’ont pu que conforter le désarroi ambiant dans les sphères dirigeantes européennes. En effet, à moins de considérer la relance de la « défense européenne » comme la « nouvelle ambition » censée regagner le cœur des citoyens et des citoyennes, le bilan du sommet des 27 a l’épaisseur d’un papier à cigarettes.

L’imagination n’est pas davantage au pouvoir parmi les anciennes gloires européennes invitées en divers lieux à apporter leurs lumières, tant sur les raisons du phénomène de rejet que subit désormais l’UE de la part d’une majorité d’Européens, que sur les remèdes susceptibles d’éviter l’implosion d’une construction appelée à célébrer son soixantième anniversaire en mars prochain.

Cela donne par exemple ceci : « Les crises ne me paraissent plus générer d’énergies politiques nouvelles capables de nous faire aller de l’avant ! » Celui qui avance doctement, tel un médecin de Molière, ce brillant diagnostic n’est autre que Mario Monti, ancien commissaire européen de renom, sacré « grand spécialiste de la politique européenne » par « le Monde », qui rapporte ses propos.

Préconisant la « réconciliation du marché et du social », cet ancien International Adviser pour Goldman Sachs (l’hyperpuissante banque américaine aujourd’hui rejointe par Manuel Barroso) attribue « l’une des raisons du rejet, par les opinions, d’une intégration plus poussée (...) au fait que l’on n’avait pas songé à cette réconciliation » ! (2) Mais c’est bien sûr ! Que n’a-t-on pensé à mener de pair l’explosion du profit financier et l’émancipation des travailleurs !

Comment, face à une déconnexion aussi flagrante entre le discours de pseudo-élites et les réalités vécues par le plus grand nombre, ne pas comprendre que nos concitoyens, en nombre toujours croissant, n’attendent plus rien de cette « Europe-là » ? Elle se meurt : ne tentons pas de la sauver !

Mais attention : cela ne doit pas nous conduire à laisser les irresponsables qui la dirigent nous entraîner tous dans le chaos d’une désintégration générale des innombrables liens qui relient entre eux les pays membres de l’UE !

Nous avons un besoin vital de mener de pair un double combat : celui d’imposer à l’UE actuelle le plus possible de mesures en rupture avec les dogmes qui la régissent aujourd’hui, et de le faire en convergence avec le maximum d’alliés dans les autres pays européens pour poser ensemble les jalons d’une Europe solidaire et respectueuse des aspirations propres à chaque peuple.

Cette vision d’une « Union de nations et de peuples souverains et associés » (selon le PCF) s’oppose radicalement aussi bien à toute fuite en avant dans une intégration européenne échappant de plus en plus aux citoyens qu’à toute forme de nationalisme, ce danger mortel pour la démocratie dont on ne sait pas toujours où il commence mais dont l’histoire nous a appris où il pouvait finir. (1)

FRANCIS WURTZ JEUDI, 22 SEPTEMBRE, 2016 HUMANITÉ DIMANCHE

Voir « le Monde » du 15 septembre ; Éric Le Boucher dans « les Échos » du 16 septembre ; France Stratégie : « Sortir de l’ambiguïté constructive » (mai 2016). (2)

 

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