"Les Gaulois de Sarkozy" provoque des indigestions chez les fans de Mélenchon

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

"Les Gaulois de Sarkozy" provoque des indigestions chez les fans de Mélenchon

Oliver Dartigolles du PCF a publié sur Médiapart une tribune dans laquelle il doute de l'efficacité politique et idéologique d'aller débattre sur les thèmes choisis par la droite, en particulier l'identité. Il estime que cette question n'est pas la question centrale posée au peuple français, et que c'est la question sociale qui doit être prioritairement débattue. Aussitôt Olivier Dartigolles a pris une salve de critiques de la part des fans de Mélenchon. On peut ainsi noter celle d'Alexis Corbières sur Médiapart et l'autre de François Cocq.

Thomas Portes sur son blog a sévèrement critiqué l'intervention de ce dernier. Nous la portons à la connaissance de nos lecteurs.

"Dès les premiers mots le ton est donné. Sous cette plume qui se veut donneuse de leçons, on sent la haine des supporters de Jean-Luc Mélenchon. La réponse de François Cocq, qui mêle insultes et attaques personnelles, prend l’allure d’un pamphlet plutôt qu’un billet à même d’introduire le début d’un commencement de débat politique. Mais elle traduit aussi la réalité du moment. À savoir l’incapacité totale des soutiens de Jean-Luc Mélenchon à accepter la moindre remise en cause idéologique, le moindre débat politique de fond, à commencer par Jean-Luc Mélenchon lui-même.

Olivier Dartigolles, par sa tribune publiée sur médiapart, pose une vraie question. Est-il vraiment utile de répondre à Nicolas Sarkozy sur le terrain de l’identité nationale ? Est-il vraiment utile d’exiger de débattre avec lui, et ainsi d’alimenter la surenchère identitaire dont l’unique objectif est l’effacement des questions sociales ?

Pour ma part, je me sens plutôt Vincent Martinez (délégué CGT d’Air France) que gaulois. Pour François Coq « cette question (de l’identité) est déjà centrale dans le débat public », il faudrait donc « se placer sur le terrain des dominants pour espérer bouleverser le jeu et sortir du rôle de figurant ». Là encore curieuse analyse.

Dans un entretien accordé au journal l’Humanité le 20 septembre 2016, Jean-Luc Mélenchon déclarait : « La question identitaire est une diversion. C’est une vieille ruse des importants. Le quotidien des gens, c’est la question sociale et la question écologique. Notre tâche consiste donc à ramener ces questions dans l’appétit des premiers concernés ». Pourquoi un tel retournement de situation ? Réel changement idéologique ou entreprise de spéculation électorale ?

Aller sur les thématiques de l’ennemi c’est faire un aveu de faiblesse, c’est accepter le fait d’être incapable de convaincre sur ces propres thématiques. Vous semblez d’ailleurs résigné à ce constat d’échec en affirmant que « les thématiques traditionnelles de notre camp […] ne permettent pas de s’adresser dans la phase actuelle au plus grand nombre ».

Dans son livre « L’identité c’est la guerre », l’historien Roger Martelli explique que « si l’identité occupe à ce point le devant de la scène, c’est toutefois parce que l’égalité lui a laissé le terrain. La mise en commun des égaux vaut cent fois mieux que la guerre des identités. » Je partage entièrement son analyse. Le rôle de la gauche, ce n’est pas de diviser les citoyens avec l’identité. Le rôle de la gauche c’est de rassembler autour d’un projet orignal, radical et surtout commun.

Il faut en finir avec ce soi-disant souverainisme de gauche. Pour reprendre les propos de Pierre Singaravaléou (professeur d’histoire à l’université de Paris 1), « le souverainisme de gauche n’est pas la solution, parce qu’il est autant de gauche que le social-libéralisme est social ».

Pour appuyer votre argumentation vous faites référence au programme « l’Humain d’abord ». Mais depuis quand les propos de Jean-Luc Mélenchon sur les travailleurs détachés, les réfugiés, et aujourd’hui, sur l’identité nationale font-ils partie du patrimoine du programme présidentiel de 2012 « l’Humain d’abord » ?

Il faudrait en discuter, débattre sérieusement de toutes ces questions politiques pour 2017 et après. Mais est-il possible aujourd’hui de débattre avec Jean-luc Mélenchon, y compris sur des questions où nous avons des désaccords politiques profonds, sans que cela ne nourrisse des polémiques stériles ? Sans que cella n’entraine des salves d’insultes?

Au vue des réactions des soutiens de Jean-Luc Mélenchon sur les réseaux sociaux, la question, là aussi, mérite d’être posée. Alors que vous affirmez que « l’identité est un outil performatif utilisé par l’adversaire […] et qu’il convient de s’en servir », Olivier Dartigolles propose une autre perspective : « Pour 2017, ouvrons le seul grand débat qui compte, « quelle société voulons-nous ? », ou « quelle Nation voulons-nous être ? ».

Oui le récit national existe. Mais il doit permettre au plus grand nombre de s’y retrouver, et actuellement ce n’est pas le cas. Plutôt que la frénésie identitaire et la hantise de l’autre, qui poussent à l’anéantissement, recentrons le débat sur les questions sociales, économiques et environnementales.

Je vous l’accorde, il est plus difficile de s’adresser, et surtout de convaincre, le plus grand nombre sur des propositions ambitieuses comme celle de la sécurité sociale du 21ème siècle que sur la thématique du Gaulois. Mais c’est pour nous l’essence même de notre engagement à gauche, convaincre sur nos idées !

Alors François Cocq, revoyez vos priorités : un débat politique de fond, sérieux, serein et argumenté ou une entreprise de spéculation électorale ?"'

Thomas Portes

Commenter cet article