19 octobre : avec les Goodyear, les militants attaqués et à l'attaque :

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

19 octobre : avec les Goodyear, les militants attaqués et à l'attaque :

Ils viendront de toute la France soutenir les 8 anciens salariés, dont 5 délégués CGT. Un seul mot d'ordre : la relaxe ! Et cette idée ­ de notre incroyable époque ­ à démonter : « Non, on ne risque pas la prison quand on lutte. » Ni à Goodyear, ni à l'hôpital d'Armentières, ni à Air France, ni dans les manifestations ou les actions contre la loi travail.

Des dizaines de cars prévus depuis Charleville Mézières, Nice, Blois, Rennes ou encore Bruxelles, des départs en covoiturage, d'autres en train... On attend du monde mercredi 19 octobre (1), devant le tribunal d'Amiens (Somme) pour l'ouverture du procès en appel des 8 anciens salariés de l'usine Goodyear, dont 5 délégués CGT, condamnés en janvier dernier à 2 ans de prison, dont 9 mois ferme.

Rencontré fin septembre à Amiens, Jean-François Quandalle ne veut pas d'une peine réduite, suivie d'une éventuelle amnistie : « Je suis innocent, je demande la relaxe ! » Car les 8 rejettent l'accusation d'avoir séquestré le directeur de l'usine Goodyear d'Amiens et le responsable des ressources humaines. Christophe Saguez, secrétaire général de l'union départementale CGT de la Somme, se souvient avoir passé un après-midi dans la salle, au cours de ces fameuses 36 heures : « Les 2 cadres étaient derrière une table et tout le monde était autour. Ils pouvaient téléphoner, car ils avaient leur portable et avaient de quoi manger. Même les R.G (les renseignements généraux ­ NDLR) étaient sur place, la préfecture était donc au courant. »

Les 2 cadres ont d'ailleurs retiré leur plainte et c'est le parquet d'Amiens qui a pris l'initiative des poursuites.

Même rejet du terme « séquestration » chez Mourad Laffitte, qui a suivi les 7 années de conflit chez Goodyear Amiens appareil photo et caméra en main, dont il a tiré un film documentaire (2). « Ce jour-là, on nous a laissé entrer comme dans un moulin, alors que pendant 6 ans (la direction) m'en avait empêché », témoigne-t-il.

Les délégués CGT insistent : ils n'ont fait que canaliser la colère de leurs collègues, furieux après cette réunion du 6 janvier 2014, au cours de laquelle la direction avait annoncé que la fermeture de l'usine était actée et qu'aucune amélioration du plan de licenciement n'était à attendre. « Nous étions 30 élus, tous présents dans la salle à tour de rôle. Moi, j'ai fait les nuits, car je n'ai pas d'enfants en bas âge. J'ai fait de la surveillance pour qu'il n'arrive rien (aux 2 cadres) », raconte Philippe Dufaux, qui ne comprend toujours pas pourquoi ses camarades ont été poursuivis, alors que lui ne l'a pas été après la garde à vue.

« INVITER LA DIRECTION À UN MOMENT CONVIVIAL »

Vendredi 7 octobre au soir, dans une salle municipale d'Amiens. À l'invitation de l'union locale CGT d'Amiens zone industrielle, on discute de la mobilisation du 19 octobre.

Yannick Sobaniak, qui milite à la CGT de l'hôpital de Wattrelos (Nord), témoigne : « Cela fait 15 ans que j'y travaille, 15 ans qu'on lutte. En 2013, on voulait nous fermer notre service d'urgences. Il y a eu 5 mois de conflit. » Ironique, il poursuit : « Nous aussi, nous avons souvent invité notre direction à rester avec nous pour un moment convivial. » Et, se tournant vers Mickaël Wamen, le leader de la CGT Goodyear Amiens : « Après votre condamnation, beaucoup m'ont dit : "On l'a échappé belle..." Il faut absolument retirer des têtes qu'on risque la prison quand on lutte ! »

Yannick vient de participer au congrès de la CGT du Nord, pendant lequel est tombée la condamnation à 6 mois de prison avec sursis d'un militant de la CGT d'Armentières, pour le blocage d'un rond-point de Lille, où des pneus avaient été brûlés, pendant le conflit de la loi travail. Au « procès de la chemise » d'Air France, ce sont également des peines de prison avec sursis qui ont été requises. Mehdi Kemoune, de la CGT Air France, revient sur l'ambiance qui régnait dans l'entreprise avant cette réunion agitée de comité d'entreprise, en octobre 2015. Il rappelle le plan Transform, les 10 000 suppressions de postes, la « dizaine de suicides » de salariés... « Ça, on n'en parle pas », note-t-il. « Depuis 2004, Air France ne remboursait pas sa dette, uniquement les intérêts, parfois jusqu'à 12 ou 13 %. À un moment, ils se sont dit : "L'action chute, on ne dégage pas de dividende, il faut virer des salariés." C'est nous qui payons les stratégies financières des entreprises. » Pour Mehdi Kemoune, « la sanction du militantisme a passé un cap » chez Air France, alors que, jusque-là, elle se voyait surtout « sur la fiche de paie », notamment par le non-paiement de primes. Sa direction considère en effet que ses fonctions syndicales font de lui un salarié « non productif ».

« NORMAL DE PÉTER UN CÂBLE »

Si elle a échappé aux 5 ans de prison qu'elle risquait, Manon Chelmy a, de son côté, écopé de 90 heures de travaux d'intérêt général. Militante à l'Union des étudiants communistes, elle a, avec des dizaines d'autres, occupé la mairie d'Amiens le 28 avril, lors de la lutte contre la loi travail. « On y a tenu une assemblée citoyenne, en respectant les locaux, raconte-t-elle. Au bout de 4 heures, les CRS sont arrivés. Les violences policières ont été démesurées face à une action pacifique. »

Une vidéo sur Internet montre les coups de matraque et les manifestants traînés et poussés dans les escaliers. Manon l'avoue : « Dans la panique, j'ai jeté des micros (qui équipaient les tables de la salle du conseil ­ NDLR) et une cannette de bière. » Elle a été convoquée par la police un jour d'examen, qu'elle a donc manqué, puis placée en garde à vue. « J'aimerais qu'on réfléchisse en quoi la violence du capitalisme et de l'État peut être légitime. Quoi de plus normal que de péter un câble quand on se fait violenter constamment ? » interroge-t-elle.

Face à cette répression, Mickaël Wamen est malgré tout optimiste : « Il y a des années qu'on n'a pas senti une telle soif de reconquête sociale. Les militants ont entre leurs mains la possibilité de l'impulser. On va y arriver car on n'a pas le choix. » Mais, prévient-il, « la colère doit servir le peuple et non se retourner contre lui ».

D'ailleurs, pour préparer le 19 octobre, il propose « une campagne de collage sur la zone industrielle, pour recouvrir les affiches du FN ».

(1) L'audience est programmée sur 2 jours.

(2) « Liquidation ». Images contemporaines, mai 2016 (http://images-contemporaines.com).

Ludovic Finez vendredi 14 octobre - HUMANITÉ DIMANCHE

http://www.humanite.fr/les-militants-attaques-et-lattaque-6…

 

Publié dans Libertés Démocratie

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