Colère des policiers, qu'en penser?

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Colère des policiers, qu'en penser?
Colère des policiers, qu'en penser?
Colère des policiers, qu'en penser?

Il est vrai que quelques manipulateurs-récupérateurs ont tenté d'utiliser le mouvement actuel des policiers à des fins politiciennes. Le membre de l'extrême-droite concerné a été identifié, dénoncé et isolé. Il ne reflète nullement l'état d'esprit général des fonctionnaires de police qui depuis plusieurs jours agissent de manière visible pour se faire entendre de leurs responsables et en première lieu le ministère de l'intérieur.

Il serait donc non pertinent de qualifier ce mouvement d'extrême-droite d'autant que si certains policiers sont influencés par cette tendance, celle-ci est loin de faire majorité ou d'être influente au point d'une manipulation de cette ampleur.

En réalité, ce mouvement est l'expression d'un ras le bol compréhensible, les policiers n'en peuvent plus du fait d'une surcharge de travail qui bouffe leur vie au travail et hors travail, et qui plus est, une vie insuffisamment sécurisée alors qu'ils sont en permanence exposés aux risques.

On leur demande toujours plus, notamment pour assurer l'état d'urgence mais sans moyens et sans effectif supplémentaires, et sans reconnaissance. De plus on leur confie des missions dont le contenu est discutable comme faire régner un ordre violent lors des manifestations pacifiques du premier semestre en opposition à la Loi Travail soutenues par l'opinion publique.

Les policiers ont une mission de service public fondamentale qui est d'assurer la sécurité des citoyens en toute circonstance. Or aujourd'hui, pour assumer cette responsabilité, ils n'ont pas les moyens de le faire tout comme la justice, autre service public, n'a pas les moyens de juger les personnes interpelées. Alors tout traine en longueur, exaspère et provoque de la colère.

Alors, ils ont décidé d'exprimer leur ras le bol, ils le font à leur manière avec parfois des actions qui interrogent, comme se voiler ou se cacher le visage, alors qu'ils ont intérêt à agir au grand jour et à visage découvert. Mais peut être ont-ils peur des sanctions...?

En fait leurs préoccupations sont celles de milliers de fonctionnaires de notre pays, en permanence montrés du doigt, culpabilisés et opposés à la population. Ils s'opposent à cette prise d'otage dont ils sont victimes et c'est pour cela qu'ils sont aussi  déterminés que les fonctionnaires de la fonction publique hospitalière dont les conditions de travail sont si dégradées que cela rejaillit sur la santé des patients. Ils sont aussi déterminés que les sapeurs pompiers qui eux aussi ont une mission de sécurité à assumer et sans moyen à la hauteur. Et que dire de l'école autre service public qui voit dans certaines villes les parents faire le choix du privé tant la confiance dans le service public est érodée ...

Ayons conscience qu'une partie des banlieues sont infestées par la drogue importée par la mafia qu'elle provienne d'Amérique du Sud, du Maghreb ou du Proche Orient. Que fait l'Etat face à ce fléau, face au grand banditisme et aux grands trafiquants pour les empêcher de nuire et de détruire notre jeunesse?

N'est-ce pas une démission de même nature que celle que connait l'évasion fiscale qui prive l'Etat français de près de 80 milliards de recettes fiscale chaque année.

Depuis des années à Marseille comme maintenant dans un certain nombre de villes, les petits dealers s'entretuent pour conserver leur territoire où ils ont aussi prétention d'en interdire l'accès aux services publics chargés d'assumer la sécurité des citoyens qu'ils soient gendarmes, policiers ou pompiers......

C'est un vrai problème de société et l'on peut comprendre l'exaspération des policiers et des pompiers quand ils sont agressés, mais dans le même temps cette société est de plus en plus violente : quartiers sinistrés, populations exclues par le chômage de masse, personnes qui sombrent dans la pauvreté. Et en partie liée à cette situation, une délinquance qui se développe avec son cortège de trafics, de violences, etc.

Pour y faire face, les policiers demandent aujourd'hui des moyens supplémentaires : plus d'effectifs et plus d'armes, pour se protéger et pour mieux réprimer...

Il nous faut comprendre que s'en tenir à cette seule revendication "des moyens pour réprimer" aussi justifiée qu'elle apparaisse peut être aussi très contre-productive. Car la violence de la répression peut se retourner contre les policiers et contribuer à une escalade violente, voire meurtrière.

L'intérêt des policiers est donc d'élargir leurs exigences revendicatives notamment plus d'éducateurs, plus d'enseignants, plus de services publics, contre les licenciements et le chômage, contre l'état d'urgence, pour plus de social et moins de pénal.

Ces revendications plus constructives les solidariseraient plus avec l'ensemble de la population. A l'inverse, en limitant leur revendication à la question des moyens pour réprimer sans s'attaquer au fond des questions posées, ils s'enfoncent dans les difficultés et sont plus facilement récupérables par les forces réactionnaire.

L'urgence est bien d'en sortir en imposant des mesures sociales. La police, comme les hospitaliers, les pompiers, l'école de la République ou les territoriaux ont connu la fameuse R.G.P.P de Sarkozy qui a sacrifié l'emploi et la qualité de nos services publics contre les usagers et la qualité des services rendus. Cette politique catastrophique a été poursuivie par Hollande avec de nouvelles dégradations.

Alors oui on peut comprendre la colère qui s'exprime. Il faut maintenant que celle-ci exprime des revendications urgentes comme l'emploi, les salaires et la reconnaissance.

Surtout ne tombons pas dans le jeu du gouvernement, qui a préféré la sanction par l'I.G.P.N, de quelques policiers plutôt que de régler les questions sur le fond !

 

Publié dans Luttes sociales

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