Le réchauffement climatique se confirme encore et toujours

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Le réchauffement climatique se confirme encore et toujours

Les informations rendues publiques hier par l’Organisation météorologique mondiale sur l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre laissent supposer que nous allons vers en emballement du réchauffement climatique. Mais nos grands médias audiovisuels  ont censuré l’information  pour  promouvoir la grande nouvelle du jour : Jean-François Copé  évalue à 10 ou 15 centimes d’euros le prix d’un pain au chocolat.

Nous sommes exactement à deux semaines de la Cop 22 de Marrakech  qui s’ouvrira le 8 novembre. Pour ceux et celles qui douteraient encore du lien de cause à effet entre le réchauffement climatique et les rejets de gaz à effet de serre, dont le CO2, mieux vaut lire attentivement  les dernières informations fournies hier par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Durant l’année 2015, on a franchi globalement une teneur moyenne du principal gaz à effet de serre (GES) qu’est le CO2 , supérieure à 400 ppm (parties par million). L’OMM précise que  « la barre des  400 ppm  avait déjà été atteinte  auparavant par le CO2, à certains endroits  et durant certains mois de l’année, mais jamais encore à l’échelle du globe  et pour une année entière ».

La projection pour 2015 sur une augmentation de C02 « était de 399,4, en hausse de 2,2 ppm  par rapport  à 2014», selon le rapport  annuel sur l’état du climat « State of climate »  auquel ont participé 450 scientifiques du monde entier. D’après  les informations collectées par la station  de surveillance des gaz à effet de serre basée à Hawaï, cette tendance à la hausse va se poursuivre en 2016. On sait en effet que l’année 2016 aura été jusqu’au milieu de l’été plus chaude que l’année 2015 à l’échelle du globe. Or, 2015 avait déjà été une année record pour la température moyenne du globe de janvier à décembre.

Le taux de CO2 dans l’atmosphère ayant  augmenté de 144% depuis le début de l’époque industrielle, il est difficile  de ne pas attribuer  la cause essentielle de ce réchauffement  aux activités humaines. On sait que le CO2 largué  dans l’atmosphère provient essentiellement de la combustion des énergies fossiles que sont le pétrole, le charbon et  le gaz  qui servent à propulser les véhicules à moteur, à  produire de l’électricité, à chauffer  les maisons  et les immeubles, à produire des engrais azotés  pour ce qui est du gaz.

Ainsi, la production et l’utilisation massive des engrais azotés engendrent un double processus d’émission  de gaz à effet de serre. On brûle beaucoup de gaz émetteur de CO2  pour produire ces engrais. Ensuite, leur épandage sur les cultures  libère un autre gaz à effet de serre qu’est le  protoxyde d’azote,  ou NO2.  Les concentrations de NO2  dans l’atmosphère ont augmenté de 121%  par rapport à la période préindustrielle. Or nous savons  qu’il est possible de réduire considérablement les épandages d’engrais azotés  en modifiant certaines pratiques agricoles. Dans les prairies comme dans la production de grain, mélanger lors du semi  des légumineuses avec des graminées permet aux premières nommées d’alimenter toute la culture en azote capté directement dans l’air  et transformé en engrais par les racines de ces mêmes légumineuses  sans émission de NO2.

Nous savons aussi que le méthane (CH4) est un puissant  gaz à effet de serre imputable pour une part aux herbivores ruminants  dont les bovins. Réduire  les émissions de méthane passe  donc par une moindre consommation de viande rouge dans les pays qui en consomment beaucoup. Ce qui passe, pour les humains,  par une consommation accrue de protéines végétales  comme les lentilles, les haricots secs, les pois chiches, les fèves  et le soja. Or toutes ces plantes sont des légumineuses qui  captent l’azote de l’air pour  le transformer en fertilisant sans émettre  de protoxyde d’azote, le redoutable NO2.

Notons enfin que l’augmentation des émissions de CO2  dans l’atmosphère  doit beaucoup en 2015 à une moindre capacité d’absorption et  de stockage du carbone  par les forêts, les prairies et les cultures annuelles.

Les spécialistes de  l’OMM retiennent que le phénomène climatique El Nino, très puissant  en 2015, «a déclenché des sécheresses  dans les régions tropicales  et a réduit la capacité d’absorption de CO2  par les puits de gaz à effet de serre que sont notamment les forêts et autres formes de végétation  ainsi que les océans », indique le rapport qui ajoute : « ces puits absorbent actuellement environ la moitié  des émissions  de ce gaz, mais il se pourrait qu’ils deviennent un jour saturés» .

Nous touchons ici la question du risque d’irréversibilité  qui renvoie à la nécessité absolue  de ne pas dépasser le 2°C de réchauffement  retenu comme un impératif  à la Conférence de Paris. La conjonction d’une augmentation  de la température porteuse de sécheresses récurrentes  qui à leur tour réduisent la capacité de stockage de CO2 par la végétation  peut déboucher sur un emballement  rapide et irréversible  du réchauffement climatique  conduisant  à un effondrement des sociétés humaines.

Voilà pourquoi  les informations rendues publiques hier par l’OMM auraient valu un sujet très pédagogique hier dans les journaux du soir à la télévision et à la radio. Il n’en fut  rien.

Mais, sur toutes les chaînes, la seconde information du jour, juste  après le début d’évacuation de la jungle de Calais, était la suivante : Jean-François Copé, qui veut devenir  président de la République, avait estimé sur Europe 1 que le prix d’un petit pain au chocolat variait entre 10 et 15 centimes d’euro dans les boulangeries, soit dix fois moins que le prix réel.

On appelle cela  la hiérarchie de l’information dans nos grands médias !

Gérard Le Puill Journaliste et auteur

Article publié dans l'Humanité du 25/10/2016

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