Élections américaines: les candidats les plus impopulaires de l’histoire

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Élections américaines: les candidats les plus impopulaires de l’histoire

Briser le système des deux partis par un parti de masse des travailleurs

Dans la dernière phase du processus électoral pour la présidentielle américaine, tous les projecteurs pointent vers le duel entre Clinton et Trump, les candidats des deux grands partis. Cette manière de considérer les choses est toutefois biaisée. En effet, 45% des électeurs (près de la moitié !) se considèrent comme indépendants des deux grands partis, contre 32% il y a 8 ans. L’enthousiasme pour les deux grands candidats est limité : seuls 43% de ceux qui veulent se rendre aux urnes se disent enthousiastes à l’idée de le faire. La recherche d’une alternative n’est pas terminée.

Trump contre Clinton

L’événement le plus sensationnel de cette campagne électorale – le large écho dont a bénéficié l’appel de Bernie Sanders pour une révolution politique contre la classe des milliardaires – est relégué à l’arrière-plan.

Les médias ne laissent de place que pour le spectacle du combat entre Donald Trump, le populiste grossier et raciste, et Hillary Clinton, la candidate de l’establishment soutenue par Wall Street.

L’argument principal de Clinton? Elle n’est pas Trump. L’argument principal de Trump? Il n’est pas Clinton. Pour Trump, Clinton est la candidate rêvée car elle lui permet de surfer sur le sentiment anti-establishment qui gronde parmi la population. Quant à Clinton, elle peut compenser le manque d’enthousiasme de sa campagne par l’horreur suscitée par Trump. Ce sera à peine susceptible de convaincre les électeurs à se rendre aux urnes pour y voter pour Clinton.

En ces temps troublés, on ne peut faire de prédictions exactes. Les instruments traditionnels de l’establishment fonctionnent de moins en moins efficacement. La faiblesse de l’establishment souligne encore plus celle de sa favorite, Hillary Clinton. Le grand mystère qui entoure sa santé alimente l’idée qu’elle ne peut être crue sur parole à aucun moment. De récentes révélations concernant l’intervention militaire en Libye, du temps où Clinton était Secrétaire d’État, ont démontré que ces opérations ont contribué au développement de l’État Islamique. Le scandale des e-mails pend encore au-dessus de sa tête. Mais, surtout, Clinton est l’incarnation parfaite de l’arrogante élite dirigeante.

L’Establishment contre Trump

Trump n’est pas le candidat préféré de l’élite qui trône au sommet de la société. Même les frères Koch, archi-conservateurs et bailleurs de fonds du Tea Party, se sont prononcés contre lui et pour Clinton. Ils se disent effrayés que Trump ‘‘détruise la société libre’’. Sont-ils pour autant en désaccord avec son racisme, son sexisme, sa haine de la communauté LGBT+ ? Pas du tout. La société libre dont parlent les Koch & Co, c’est le néolibéralisme effréné et les traités d’échange néolibéraux comme le TTIP, l’ALENA et le TPP.

L’ALENA, signé sous la présidence de Bill Clinton, a eu de dévastatrices conséquences pour la classe ouvrière américaine. Ce fut par contre une bénédiction pour les grands capitalistes. AU Au moins un million d’emplois ont disparu, la plupart en direction du Mexique où la population locale s’est vue exploitée à de très bas salaires. Aux États-Unis, la menace de délocalisation sert d’arme contre les salaires et les conditions de travail.

Aujourd’hui, 53% des Américains estiment préférable de laisser tomber l’ALENA. Trump utilise ce genre d’éléments dans son cocktail de slogans populistes (contre le libre-échange, contre les migrants, contre les syndicats,…) qui désigne une succession de boucs émissaires pour instrumentaliser les sentiments anti-establishment d’une grande partie de la population américaine. Tout comme en Europe, le populisme de droite américain ne peut être combattu en reposant sur le ‘‘moindre mal’’. L’establishment est incapable de répondre à l’aversion croissante qu’il provoque. Une alternative de gauche doit être construite.

Le pays le plus riche et le plus inégalitaire au monde

Pour la majorité du peuple américain, l’avenir n’est pas des plus roses. Mais une infime minorité s’en sort bien. Très bien. Le nombre de millionnaires (des ménages qui disposent d’actifs nets pour une valeur d’un million de dollars en plus de leur résidence principale) a continué d’augmenter chaque année. Il a atteint les 10,4 millions de foyers en 2015.

En 2008, 5,9% des ménages se considéraient eux-mêmes millionnaires, contre 9% actuellement. Ce n’est pas en raison d’une forte croissance économique bénéficiant à tout le monde, comme le suggère le proverbe américain ‘‘Une marée soulève tous les bateaux’’. Il faut y voir le résultat d’une répartition extrêmement inégale des richesses. Comme le dit Marx : ‘‘L’accumulation de richesse à un pôle signifie donc en même temps à l’autre pôle une accumulation de misère, de torture à la tâche, d’esclavage, d’ignorance, de brutalité et de dégradation morale pour la classe dont le produit propre est, d’emblée, capital.”

La majeure partie du peuple américain est amère. Toutes les promesses de prospérité ont été balayées tandis que les élites s’enrichissent.

Bernie Sanders a parlé à l’imagination de millions d’Américains avec son appel à une révolution politique contre la classe de milliardaires. Clinton n’a eu sa nomination comme candidate officielle du Parti démocrate que fin juillet, sur le fil. Elle et la direction du parti se sont révélées incapables de cacher toutes les manipulations qui lui ont facilité l’investiture. Des milliers de courriels divulgués par Wikileaks ont prouvé que les primaires démocrates ont été falsifiées et que Sanders a fait campagne sur un terrain très hostile.

L’impasse du Parti démocrate

Clinton a choisi le très néolibéral Tim Kaine comme candidat vice-président, illustration claire que le Parti démocrate n’a pas été poussé vers la gauche… La plateforme du parti pour les présidentielles a bien intégré quelques maigres concessions, mais elles sont non contraignantes. Avec Kaine, Clinton a opté pour un allié politique qui a l’approbation de Wall Street, auquel il a déjà à plusieurs reprises prouvé sa soumission.

Le Parti démocrate tente de créer l’impression que Trump est sa plus grande préoccupation. Si c’était véritablement le cas, Sanders était alors le meilleur candidat, comme l’ont montrés tous les sondages.

La plus grande préoccupation était, dans la pratique, rien de plus que de veiller à ce que le parti soit toujours aux mains de l’élite dirigeante. Sanders était le bienvenu pour attirer de nouveaux électeurs, mais il fallait politiquement le désamorcer. La direction du parti y est parvenue. Clinton a été couronnée candidate présidentielle et Sanders a finalement accepté de la soutenir.

Kshama Sawant (Socialist Alternative), élue conseillère de la ville de Seattle, a déclaré: ‘‘J’ai soutenu la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates, j’ai parlé à des meetings et j’ai pris l’initiative du Movement4Bernie, mais je pense que nous ne pouvons pas le suivre dans sa décision de soutenir Hillary. Notre révolution politique serait de ce fait transformée en son contraire et serait canalisée pour soutenir l’agenda néolibéral des démocrates. Soutenir des politiciens corrompus acquis à l’establishment, ce n’est pas une manière de leur infliger une défaite. Cela renforcera la droite et lui permettre de pousser l’agenda politique encore plus à droite.’’

La meilleure manière de poursuivre la révolution politique est de construire le plus large soutien possible à la candidate du Parti vert Jill Stein. Sa campagne est la meilleure voie de faire valoir la nécessité d’un parti de masse des travailleurs et de la jeunesse.

Par Bart Vandersteene, article tiré de l’édition d’octobre de Lutte Socialiste

Publié dans Amérique du Nord

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