Jean Chambon : Après le vote des communistes, lucidité, confiance et mobilisation

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Jean Chambon : Après le vote des communistes, lucidité, confiance et mobilisation

Lucidité, confiance et mobilisation

Je partage les propos de Denis Durand expliquant que le vote militant des participants à la conférence nationale et celui des adhérents influencé par les militants engagés dans la vie institutionnelle et parlementaire sont deux visages du PCF qui doivent s’épauler pour avoir un parti encore plus utile au combat des salariés, des populations et des peuples.

J’ai ressenti cela lors des discussions que j’ai eues depuis samedi avec des communistes,  avec des syndicalistes et avec des militants du milieu associatif.

Je partage l’idée que notre parti a besoin de son troisième visage, lui aussi inséparable des deux précédents, mais effacé progressivement au cours des dernières décennies.

Cette troisième dimension de notre militantisme devrait être  affirmée et développée avec des efforts visibles et continus. Cette dimension permet aux premières victimes de la crise d’identifier un parti d’action et de lutte, ancré dans les entreprises où l’affrontement de classe est devenu terrible. Là où le capital doit être combattu, contesté jusqu’à faire émerger les valeurs et les moyens concrets d’une nouvelle civilisation fondée sur les hommes, la démocratie, le partage des pouvoirs et des richesses.

Denis Durand livre des éléments clés pour à la fois comprendre ce qui s’est passé dans notre parti et rebondir en faisant grandir ce qui fait l’originalité des communistes leur combat pour l’émancipation humaine.

En complément de ces données, quels sont les éléments qui ont influencé et fait basculer certains adhérents favorables au vote d’espoir de la conférence nationale, à un vote pour le ralliement à une candidature dont le programme est en contradiction sur nombre de questions avec le pacte d’engagements communs adopté par notre parti.

Le vote pour l’option 1 est hétérogène avec trois caractéristiques.

D’abord on trouve des adhérents, très présents chez les syndicalistes, qui ont voulu affirmer leur refus de voir se mener des alliances avec le parti socialiste dont la détestation atteint des sommets suite à la politique de Hollande vécue comme une trahison. C’est l’expression du refus de voir notre parti se laisser influencer par la social-démocratie. Certes cela est positif, bien que cette position soit parfois emprunte de sectarisme qui conduit à ignorer voire à rejeter des électeurs socialistes de 2012 qui ont eux aussi le même sentiment de trahison et sont en recherche d’une offre politique nouvelle, radicale, marquée par les valeurs de gauche et qu’ils ne trouvent pas encore parmi les candidatures annoncées. Mesurons que la fausse idée avancée derrière la conférence nationale, laissant entendre qu’une candidature rétractable signifiait l’attente de la primaire socialiste et une éventuelle victoire de Montebourg, a eu un impact chez certains qui ont pris peur et ont rejoint alors le vote pour l’option 1.

Comme beaucoup, j’ai retenu de la conférence nationale que la désignation d’une candidature rétractable visait en premier lieu Mélenchon pour l’obliger à s’asseoir à une table de discussion avec toutes les forces anti-austérité intéressées afin d’aboutir au rassemblement recherché. D’ailleurs entre la conférence nationale et le vote des adhérents, Mélenchon n’a pas bougé d’un poil espérant qu’une majorité pour un ralliement sans condition s’impose. A plus forte raison, plus rien ne l’oblige à bouger maintenant !

Ensuite on trouve des adhérents marqués par le légitimisme qui considèrent que la parole de l’autorité supérieure ou de l’élu ne peut pas être désavouée par la base. Ce qui est la négation du débat démocratique et du choix de nos congrès de faire que chaque adhérent compte pour un, le secrétaire national compris, tout comme l’élu du coin.

Issu du centralisme démocratique ce légitimisme est en recul certes, c’est le signe d’une maturité démocratique qui marque une avancée dans notre volonté de donner toujours plus de pouvoir aux adhérents pour apprécier, choisir et décider. De ce point de vue la conférence nationale, malgré l’intervention du secrétaire national, a fait preuve de maturité en sachant garder le cap issu des débats préparatoires à la conférence.

Après la conférence, certains dirigeants nationaux connus ont joué de leur responsabilité présente ou passée, et sans retenue et souvent en culpabilisant les adhérents ont avivé ce légitimisme. Ils ont réussi à influencer des adhérents qui ont changé leur vote, parfois à contre cœur, mais pour qui l’intérêt du parti était devenu l’enjeu. C’est aussi la marque de leur volonté à ne pas voir leur parti divisé et déchiré, volonté très respectable mais qui n’aide pas à relever les défis posés à la fois à notre parti et à notre peuple.

Enfin nous trouvons dans ce vote pour l’option 1 celles et ceux qui depuis une quinzaine d’années ne croient plus en leur parti, ni en sa capacité à influer la vie politique et à y jouer un rôle utile et sont marqués par la culture du défaitisme. Ils ont fait le choix d’une métamorphose du parti afin de le fondre dans des mouvements existants. Jean Luc Mélenchon a été leur point d’appui pour s’opposer à une candidature communiste de rassemblement pour eux insupportable. Rappelons qu’un texte alternatif non retenu comme base de discussion pour notre congrès et portant l’option Mélenchon, est cependant rentré par la fenêtre quelques mois plus tard. Comprenne qui pourra.

Toujours est-il qu’à l’étude des votes des départements et de leur rapprochement avec les votes sur les textes alternatifs du congrès, ont constate que sur les 20 départements où ce texte alternatif 1 a obtenu ses meilleurs résultats, dans 19 d’entre eux l’option1 (ralliement à Mélenchon) obtient ses meilleurs résultats. Certains diront qu’il y a cohérence, certes mais n’avons-nous pas à être interrogatifs sur la mise en œuvre des orientations et décisions de notre congrès qui a opté pour le rassemblement le plus large et n’a pas opté pour un soutien à la candidature de Mélenchon.

Les communistes ayant voté l’option 1 l’ont fait avec cette diversité de motivations rendant plus difficile le combat contre les périls qui montent.

La diversité de motivations existe aussi chez les adhérents ayant voté l’option 2. Si la masse des adhérents a voté pour cette option en affirmant la cohérence nécessaire avec les décisions de la conférence nationale, d’autres l’ont fait sur une seule base identitaire rejetant même la possibilité d’une candidature rétractable favorisant le rassemblement recherché. Dans certains débats, l’affirmation d’une candidature communiste jusqu’au bout a pu avoir un effet repoussoir et conduire des adhérents à s’abstenir voire à voter pour l’option 1 alors qu’ils étaient convaincus de la justesse de l’option 2.

Ce vote, ses motivations diverses et une majorité très courte, fragilisent notre parti. Eviter des affrontements et les divisions internes pouvant être fatales, passe par le respect du choix majoritaire en étant lucide sur ses limites et en voyant bien sa double dimension, la recherche d’un rassemblement minimum et une volonté tenace de préserver le parti.

Crier unité, unité, unité, ne suffira pas je pense. Devant une telle diversité, il serait dangereux de considérer les communistes les uns à coté des autres. Nous devons impérativement leur redonner confiance en retissant concrètement les fils qui les unissent et font leur force, leur motivation à agir pour combattre les injustices et les inégalités inhérentes au système capitaliste en crise et pour ouvrir les voies à des alternatives transformatrices avec pour éléments de radicalité et de cohérence : réponse aux attentes sociales – conquête de moyens financiers pour les satisfaire – développement des services publics – conquête de pouvoirs nouveaux dans les entreprises et la cité.

Je rejoins Denis Durand, sur ces bases nous devons faire vivre un parti de lutte et d’action, en particulier dans les entreprises, pour résister au capitalisme destructeur et pour conquérir des avancées qui redonnent confiance et espoir dans les luttes plus que jamais nécessaires dans les mois futurs d’autant que le monde du travail peut se retrouver sans représentant communiste à  l’Assemblée Nationale. Donner à la campagne pour nos candidats aux législatives, toute sa dimension en développant nos propres propositions est donc l’urgence du moment.

La situation créée avec ce vote rend moins crédible l’hypothèse d’une alternative au niveau du deuxième tour des présidentielles.

Pourtant, l’abandon par Fillon de l’électorat populaire influencé par la droite ainsi que l’abandon du parti socialiste par son électorat populaire constituent un enjeu politique énorme lors des échéances électorales de 2017.

Qui se tournera vers cet électorat populaire demandeur d’une offre politique répondant à ses attentes ? Qui saura le saisir, lui ouvrir un espoir, le mobiliser ? Tel est un des enjeux majeurs des scrutins à venir, certes le FN y travaille avec son double langage mais cet espace grandissant s’offre donc aux communistes. A eux d’être à l’offensive, de rassembler sur des contenus forts, de perdre l’habitude de croire jouer leur vie à chaque vote, et de baisser les bras à chaque échec au lieu de voir les possibles qui s’offrent à nous comme viennent le démontrer les élections municipales de Rouvroy.

Après les moments compréhensibles de déception, de colère, il faut que chacune et chacun sur le terrain, dans le concret, s’investissent pour mener la campagne autonome qu’ont voulu les communistes en étant totalement décomplexés à l’égard tant du parti socialiste et que de tous ceux qui veulent nous soumettre à leur diktat.

Cette campagne électorale doit nous permettre, sur cette base, d’aller à la rencontre de milliers de travailleurs et de reconstruire l’organisation au plus près de l’exploitation capitaliste. Ainsi, quoi qu’il arrive, nous préserverons en grande partie l’avenir.

Pour conclure : cessons de surestimer les capacités de nos adversaires et de sous-estimer les nôtres car c’est un chemin qui porte le défaitisme et néglige la confiance dont on besoin les communistes pour s’investir. Alors ouvrons grands les yeux et passons à l’offensive !

Jean Chambon

Le 30 novembre 2016

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