Le Ceta est signé, mais rien n’est joué !

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Le Ceta est signé, mais rien n’est joué !

Après la cérémonie officielle, hier à Bruxelles, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada va devoir passer l’obstacle parlementaire partout. De quoi maintenir la mobilisation citoyenne.

Ils n’en finissent pas de sourire devant les objectifs. Samedi, c’est Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères, qui posait, stylo à la main, devant un exemplaire de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (Ceta), en compagnie de Cecilia Malmström, la commissaire européenne au Commerce. Et dimanche, Justin Trudeau, le premier ministre canadien, Donald Tusk, le président du Conseil des chefs d’État de l’UE, et Jean-Claude Juncker, le patron de la Commission, se tombaient dans les bras, trop heureux de pouvoir enfin signer les lourds volumes contenant le Ceta et ses annexes.

« Bien joué », lance Trudeau à ses compères européens. Soulagement chez les partisans du libre-échange : après deux semaines de feuilleton autour du refus de la Wallonie qui a obligé à repousser le sommet officiel, ils ont, à coups de chantages et de pressions, réussi à sauver la face… et les apparences !

« On n’a pas changé une virgule au traité », fanfaronne Charles Michel, le premier ministre libéral belge, partisan d’une signature immédiate du Ceta.

Les manœuvres continuent

Les dirigeants politiques représentant les francophones de Belgique ont accepté de laisser leur pays signer l’accord, mais ils ont pavé le chemin de la ratification de nouvelles chausse-trappes : le pays devra demander l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne sur le mécanisme d’arbitrage des différends entre les multinationales et les États, et, en cas de maintien de la version actuelle sur ce point, plusieurs entités fédérées (les régions de Wallonie et de Bruxelles, les communautés francophones et germanophones) promettent de sortir du Ceta.

Dans ces conditions, même si certaines de ses dispositions pourront entrer en vigueur provisoirement en cas d’approbation par le Parlement européen dans les prochaines semaines, l’accord de libre-échange avec le Canada, signé hier à Bruxelles, n’est pas sûr de voir le jour.

En soulevant publiquement les nombreuses réserves qu’inspirent aux mouvements citoyens et sociaux les accords de libre-échange comme le Ceta ou le Tafta, les parlementaires wallons ont montré en creux la défaillance des autres Parlements du reste de l’Europe. Or, c’est devant chacun d’entre eux que le Ceta va devoir passer pour la phase désormais cruciale de la ratification.

Dans une déclaration conjointe «condamnant la pression exercée sur les institutions wallonnes afin de bloquer une négociation plus démocratique et transparente», la Confédération européenne des syndicats (CES) et le Congrès du travail du Canada (CTC) « demandent à la Commission européenne, au gouvernement canadien et aux États membres de l’UE d’ouvrir des négociations en vue d’une consultation démocratique des syndicats et de la société civile, afin de garantir que les changements requis soient introduits de manière à répondre aux préoccupations existantes, et de mettre en place un agenda équitable et progressiste pour les accords commerciaux au plan mondial ».

De son côté, Attac France prend date : « Outre celle de la Commission européenne, la responsabilité du gouvernement français est écrasante. Alors qu’il n’a même pas cherché, a minima, à obtenir un certain nombre de garanties pour sa population, comme l’a fait la Belgique, (...) il aura tout fait pour empêcher le Parlement de s’exprimer sur la question. (…) Notre combat se poursuit. Nous exigeons qu’un véritable débat ait lieu en France. »

Le commissaire européen Günther Oettinger disjoncte

Mercredi dernier, à Hambourg, Günther Oettinger, le commissaire à l’Économie numérique, a multiplié les dérapages racistes et homophobes, parlant notamment des « bridés » pour désigner les dirigeants chinois. Il a également, selon un témoin cité par le Soir, craché son venin sur la Wallonie, « une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l’Europe ».

Publié dans Europe

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