Le patronat ordonne, la droite obéit !

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Le patronat ordonne, la droite obéit !

Fillon et Juppé est le duo gagnant des militants de la droite du 1er tour de la cuisine des primaires. Selon de nombreux politologues la mobilisation importante a eu pour objectif central non pas de choisir celui qui plaisait le mieux mais d'éliminer l'un d'entre eux, la victime désignée était Sarkozy. La droite, la bourgeoisie, aime la plaisanterie... un peu, mais les clowns fort peu et encore moins ceux qui entachent leur respectabilité avec la multiplication des affaires dans lesquelles est mouillé l'ex-président déchu par les siens. Le ménage étant fait on va pouvoir passer aux choses sérieuses !

C'est alors que les médias qui avaient joué le ticket perdant Juppé-Sarkozy se voient obligés de récupérer le temps perdu et de s'intéresser d'un peu plus près au programme de celui qui est devenu pour eux en un dimanche leur favori, le dénommé Fillon.

Et là il découvre l'horreur ! l'horreur sociale, l'horreur économique et l'horreur anti-démocratique ! Les patrons jubilent, les bourgeois sablent le champagne et les actionnaires prennent l'avion à toute vitesse, rendez-vous avec les paradis fiscaux, l'argent va arriver à flots comme jamais !

Le Medef était déjà heureux d'avoir eu avec les 7 protagonistes de départ, des gens qui portaient les propositions patronales au point que les 7 programmes étaient qualifiés de jumeaux se différenciant par les seuls sauces qui les accompagnaient. Suppression de l’ISF, des 35 heures, réduction des cotisations patronales… Les candidats ont repris tous à leur compte les revendications du Medef.

Le Medef lance son OPA sur la droite

Une Audi TT et de grosses berlines noires ont pris d’assaut la bourse du travail de Massy (Essonne). Étrange spectacle que celui qui s’est déroulé dans cette salle, gérée par la municipalité de droite. Point de délégations de salariés, ni de banderoles, mais un meeting de PDG, une assemblée générale de petits patrons.

À quelques jours du premier tour de la primaire de la droite, les équipes de François Fillon ont lancé une opération séduction vis-à-vis des réseaux de PME et d’entrepreneurs locaux. Et la vedette de la soirée, c’est Pierre Danon, ancien patron de Numericable et de British Telecom, chargé de piloter la préparation du programme économique du Thatcher de la Sarthe.

À coups de « slides » et de diapositives, le manager égraine son plan de bataille pour mettre « fin au pacte de 1945 », de 1936 et de 1968!

« Notre priorité numéro 1, c’est de baisser les charges des entreprises ! » clame Pierre Danon. Comment ? En allant plus loin que le CICE de François Hollande. À ces 40 milliards de cadeaux aux entreprises, François Fillon en rajouterait 40 de plus, grâce à une baisse des cotisations patronales, de l’impôt sur les sociétés et à la suppression de l’ISF.

Les syndicats et les libertés dans la ligne de mire

Fini, aussi, le monopole syndical pour présenter des listes aux élections professionnelles, promet le bonimenteur des hautes sphères. Il n’oublie pas de vendre l’abrogation de la durée réglementaire de travail et le passage de 35 heures à 39 heures dans le secteur public, pour compenser la suppression de 500 000 fonctionnaires. « C’est aussi un point d’appui pour renégocier la durée de travail dans les entreprises », lâche-t-il, entre initiés.

« Et s’il le faut, il saura envoyer l’armée pour débloquer des raffineries », fanfaronne Pierre Danon, qui vante un programme « coproduit » avec les milieux d’affaires. « Sur certains sujets, comme le logement, on avait quarante pros, chefs d’entreprise ou autres, qui ont travaillé pendant plus de neuf mois. »

« Quand François Fillon a annoncé la hausse de la retraite à 65 ans, il y a trois ans, peu de monde en parlait encore. Aujourd’hui, ces idées ont commencé à s’imposer, et de nombreuses mesures ont été reprises par ses concurrents. » Et c’est vrai que tous les candidats ont versé dans la surenchère libérale. Quels que soient les résultats de la primaire, on en connaissait à l'avance le vainqueur : c’était Pierre Gattaz !

Suppression de l’ISF, attaque des 35 heures, réduction des charges patronales et baisse des impôts et de la dépense publique… Tous les programmes « ont repris les revendications que nous avons portées depuis plus de trois ans au Medef », a d’ailleurs reconnu publiquement Thibault Lanxade, vice-président de l’organisation patronale.

Débat sur le comment faire

Le nom du champion de la droite étant connu, la feuille de route du Medef pour 2017 sera annoncée prochainement. Certains membres des cercles patronaux se méfient aussi de la stratégie radicale du « courage de la vérité » cher à François Fillon. À l’instar de Léonidas Kalogeropoulos, vice-président d’Ethic, organe patronal chargé de vanter l’esprit d’entreprendre : « Le plus beau programme du monde qui aboutit à six mois de blocage de la France, on n’en veut pas car ce serait une catastrophe économique que nous ne pouvons pas nous permettre », a-t-il expliqué aux Échos.

Le débat risque d'être dur entre les patrons et l'élu de droite à l'issue des primaires, pas sur le fond mais sur la méthode.

Fuite en avant ultralibérale, la faute au PS

Le lobbying patronal suffit-il à expliquer la fuite en avant ultralibérale de la droite et de Fillon ? « Il n’y a rien de très neuf dans ces discours, analysent Paul Lagneau-Ymonet et François Denord.

Historiquement, la droite française s’est ralliée au néolibéralisme durant les années 1970-1980. Depuis lors, il n’y a que dans certaines conjonctures de crise majeure qu’elle a remisé le credo libéral. » L’agressivité de la droite s’explique, selon eux, par les dérives du PS, qui s’est converti à l’économie de marché et à l’apologie de la concurrence. La présidence Hollande l’a amplement démontré avec les lois Macron ou El Khomri. Sans changer de logique, ni de logiciel, la droite est donc conduite à la surenchère pour se démarquer.

2017, un remake de 1986 ? À l’époque, le candidat Jacques Chirac, encouragé par le tournant de la rigueur de 1983, avait repris une grande partie des propositions du Medef d’alors, le CNPF, dirigé par Yvon Gattaz, père de l’actuel dirigeant patronal.

La responsabilité du gouvernement socialiste est aussi pointée par Bruno Amable, membre des Économistes atterrés.

« La transformation néolibérale de la société française a commencé sous le gouvernement de Raymond Barre. Tous les gouvernements, depuis cette époque, se sont partagé les rôles.

À la droite, la charge de libéraliser le marché du travail et la protection sociale ; au PS, celle de déréguler le secteur financier et de construire le marché européen. Or, sous le quinquennat de François Hollande, le PS s’est lui aussi attaqué au marché du travail. Voilà pourquoi les candidats de droite se sont attaqué aussi violemment à la protection sociale, et d’aller encore plus loin dans d’autres domaines. En agissant ainsi, tout en gardant la même logique, ils veulent affirmer haut et fort : “Les vrais réformateurs, c’est nous !” »

La droite abandonne sa base électorale populaire, un espace politique énorme dont peuvent profiter les communistes

Toutefois, cette stratégie interroge. Car « si la base électorale de la droite est largement composée d’indépendants, de chefs d’entreprise et de cadres, elle compte aussi un électorat plus populaire, comme les agriculteurs ou des employés appartenant à la classe moyenne, et les dirigeants de droite ont toujours eu un rôle de médiation entre ces différents acteurs, avec lesquels le noyau dur néolibéral a toujours joué d’alliances pour faire avancer ses vues ».

Sarkozy l’avait bien compris en 2007, avec le « travailler plus pour gagner plus » et le rêve du « tous propriétaires ». « Angela Merkel s’est fait élire en critiquant les effets néfastes et les excès des réformes Hartz de Gerhard Schröder, rappelle Bruno Amable. Cela n’est visiblement pas la stratégie de la droite française.

En abandonnant ce qui fut une partie de sa base électorale, elle délaisse un espace politique énorme. » Reste à savoir à qui il profitera. Le Front National ou à un des candidats de la gauche anti-libérale, anti-austérité et écologiques. Les communistes ont vu l'opportunité et ils se disent pourquoi pourquoi pas un candidat communiste armé d'un pacte d'engagements communs à proposer aux autres candidats de cette gauche anti-austérité pour construire un rassemblement de type nouveau et pouvant déboucher sur une candidature commune capable de créer la surprise du 1er tour!

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