Maroc au bord de l'explosion sociale...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Maroc au bord de l'explosion sociale...

Depuis l'assassinat du jeune vendeur de poissons broyé par une benne à ordure après avoir cherché à récupérer sa marchandise confisquée par la police s'exprime une indignation majeure avec des manifestations en nombre. Le Maroc tremble est-ce le signe d'une explosion sociale ?

Des dizaines de manifestations massives, font craindre une relance de la contestation populaire à la veille de l’ouverture de la COP22. Pour beaucoup cet événement est le signe d’une société qui broie les individus, piétine leur dignité, refusent des droits élémentaires et les prive même de leur gagne-pain.

Depuis 2011 et la restauration de « l’autorité de l’État », les politiques anti-populaires se sont accélérées. Privatisation du service public de l’enseignement et de la santé, asphyxie budgétaire des services sociaux, démantèlement de la caisse de compensation des prix avec un effet direct sur les produits de première nécessité, réforme ultralibérale du système de retraite, licenciements massifs, des diplômés sans emploi et au chômage, démantèlement en cours du CDI dans la fonction publique, sans oublier la répression et le retour à des politiques répressives. Cinq ans après la lancée du Printemps arabe, les promesses de réforme et les illusions qu'elles chargeaient se sont évanouies.

Les élections parlementaires ont révélé une coupure entre le pays légal et le pays réel, avec une abstention de 80 % de la population. Ce divorce et le ras-le-bol social accumulé constituent le terreau des mobilisations. Sans aucune illusion sur la classe politique institutionnelle, les couches populaires expriment leurs revendications dans la rue. La question sociale, l’exigence de dignité, sont au centre de la mobilisation actuelle.

Un pouvoir inquiet et incapable de répondre à la question sociale

Ce soulèvement exprime le rejet massif de la hogra (l’arbitraire lié aux injustices) et d’une société où la mafia prédatrice au pouvoir mène une violente guerre sociale contre les classes populaires.

Le pouvoir a multiplié les gestes d’apaisement, évité un déploiement visible des appareils répressifs et cherché à dépolitiser l’événement pour le ramener à un simple fait divers.

Mais devant la persistance des mobilisations, des politiques proches du pouvoir ou au pouvoir ont qualifié les manifestants du Rif d’« apaches » – expression utilisée par Hassan II en 1984 pour mater une insurrection dans cette région du « Maroc inutile » – ou ont accrédité l’idée qu’il s’agissait d’une sédition anarchique (« fitna ») visant un scénario à la libyenne, ou bien encore que ses promoteurs sont des « agents biens connus »...

Ce qui inquiète le pouvoir est la persistance de l’« esprit du 20 février ». Le peuple qui ne vote pas n’est pas un peuple indifférent à son sort ou soumis. Le pouvoir s’aperçoit qu’il est exposé, plus fragile que l’image qu’il donne, et incapable d’anticiper ou de contrôler les mouvements qui naissent au cœur de la société.

Ces mobilisations traduisent une radicalisation par rapport à 2011, car ce qui est mis aujourd’hui en avant, ce sont les questions sociales insolubles pour le pouvoir.

Indépendamment de son issue immédiate, il s’agit d’un signe avant-coureur d’une possible explosion sociale. Une raison suffisante pour expliquer partout les enjeux, et construire des convergences et solidarités avec le peuple marocain.

Publié dans Afrique

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