Actionnaire à 33% des Chantiers navals de Saint Nazaire, l'Etat français doit prendre ses responsabilités !

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Actionnaire à 33% des Chantiers navals de Saint Nazaire, l'Etat français doit prendre ses responsabilités !

Le chantier de Saint-Nazaire pourrait être repris par son concurrent italien direct. La réponse sera donnée le 3 janvier par le tribunal de Séoul. Les syndicats interpellent le gouvernement, qui détient 33 % du capital.

C’est le repreneur dont aucun syndicat ni élu nazairien ne voulait. L’italien Fincantieri est désormais seul en lice pour racheter les chantiers de Saint-Nazaire, dont le carnet de commandes est plein jusqu’en 2022. Puisqu’il est le seul à avoir déposé un dossier dans les temps auprès du tribunal de commerce de Séoul, où repose l’avenir du dernier chantier naval civil français après la mise en quasi-faillite de son propriétaire, le groupe sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding.

Une surprise, car plusieurs repreneurs potentiels s’étaient montrés intéressés. Le groupe chinois Genting et, surtout, le consortium conduit par le constructeur néerlandais Damen, associé aux deux armateurs principaux clients de STX, MSC Cruises et Royal Caribbean Cruises Ltd, piste privilégiée des syndicats, qui n’ont pas manqué d’exprimer leur « déception » pour reprendre les mots de la CFE-CGC, mais surtout « les véritables craintes qui pèsent désormais sur le chantier STX », a expliqué la CGT.

« Le rachat par les italiens est dangereux pour la navale française. Nous payons l’inaction du gouvernement à construire un nouveau tour de table financier et un projet industriel utile au pays. Il faut s’y opposer », a réagi de son côté Aymeric Seassau, responsable du PCF en Loire-Atlantique.

Le groupe public italien, leader européen de la navale, est un géant. Avec un chiffre d’affaires annuel de 4,5 milliards d’euros, il possède pas moins de vingt usines dans le monde et emploie 19 000 personnes et 80 000 salariés chez ses sous-traitants, et construit comme à Saint-Nazaire des paquebots et autres navires civils mais aussi des bâtiments militaires ainsi que de l’offshore. Soit exactement les mêmes segments de marché que ceux produits au bord de l’Atlantique. Pour le groupe italien, la reprise de STX France lui permettrait de rester dans la course aux paquebots géants, car le site dispose d’un outil de production plus imposant qui permet de construire les plus grands paquebots du monde. Et de devenir l’« Airbus de la navale », et ainsi d’assurer des marges plus conséquentes sur les navires.

Une rencontre a eu lieu fin novembre entre la direction de Fincantieri et les élus du comité d’entreprise (CE). Les syndicalistes ont appris que les chantiers italiens tournent avec 65 % de salariés détachés contre 30 % à 40 % à Saint-Nazaire.

« Cela signifie une aggravation de la précarité », alerte Sébastien Benoît, délégué CGT, qui a déjà prévu un rendez-vous début janvier avec les syndicats italiens à Rome. « Ce qui permettrait de disposer d’une vision plus précise de la réalité sociale du groupe », ajoute le syndicaliste.

Outre la précarisation de l’emploi, les syndicats craignent également une chasse aux doublons, notamment dans les activités commerciales et achats. Et aussi, dans le cas où « le marché viendrait à baisser et (qu’)il n’y aurait plus assez de commandes pour tous les chantiers, d’être la variable d’ajustement des italiens », avertit François Janvier, pour la CFE-CGC.

L’État français doit sortir de son silence et tout faire pour maintenir en vie le chantiers naval de Saint-Nazaire sans l'abandonner à la concurrence et aux exigences des financiers

La balle est aussi dans le camp du gouvernement, qui pourrait, s’il en a la volonté politique, jouer sur ce dossier un rôle déterminant. Disposant de 33 % du capital et donc d’une capacité de blocage, l’État français peut s’opposer au projet ou imposer quelques garde-fous, ou encore utiliser le décret Montebourg sur les investissements étrangers.

« Nous savons qu’il y a des discussions en cours avec la DCNS et nos clients armateurs », précise Sébastien Benoît. Le constructeur militaire français, dont l’État français est actionnaire à 62 %, pourrait prendre des parts dans le site, afin de préserver ses intérêts stratégiques. Saint-Nazaire est le seul port français capable d’accueillir la construction des coques de navires militaires comme les porte-hélicoptères Mistral (vendus récemment à l’Égypte), et des pièces de porte-avions.

Pour l’instant, le gouvernement n’a fait aucun commentaire. Interrogé par Reuters, le secrétaire d’État à l’Industrie, Christophe Sirugue, a averti qu’il ne comptait pas communiquer avant le 3 janvier, date à partir de laquelle la justice coréenne doit se prononcer sur l’offre déposée par Fincantieri.

Une demande de table ronde avec les différents acteurs du dossier a dès à présent été envoyée par la CGT au ministre. Une première demande avait été effectuée mais elle est restée jusqu’ici lettre morte…

La navale militaire en alerte
« Dans le cas où l’acheteur de STX ferait  partie de nos concurrents dans le domaine naval militaire, il faudrait éviter de recommencer les guerres à propos de l’export des bâtiments militaires », avait alerté, début décembre, Hervé Guillou, le PDG de DCNS, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale.
Or le potentiel repreneur de STX, Fincantieri, a pris une place très importante dans le secteur de la construction militaire. C’est d’ailleurs contre ce concurrent italien que DCNS a perdu un mégacontrat au Qatar. 
Le constructeur militaire français n’exclut pas de prendre une participation minoritaire dans le futur ensemble.

Publié dans Industries

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