La finance est toujours notre ennemi par Pierre Ivorra

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

La finance est toujours notre ennemi par Pierre Ivorra

Il en est parmi les économistes – et tous ne sont pas de droite – qui minimisent l’importance des prélèvements de la finance sur l’économie. Pour se justifier, ils invoquent notamment la faiblesse des taux d’intérêt actuels. Il est vrai qu’ils sont très bas. Cela n’empêche que dans la loi des finances pour 2016, la charge de la dette, c’est-à-dire le paiement des intérêts, hors remboursement des emprunts, est prévue à 44,5 milliards d’euros, soit 10,7% du budget de l’État. Elle représente ainsi aujourd’hui le quatrième poste de dépenses.

Le total de la dette publique, soit celle de l’Etat, des collectivités publiques et de la sécurité sociale, est fin 2015 quasi équivalent au PIB alors qu’il n’en représentait que 20,7% en 1980 ; Celui de l’État représente à lui seul 79,5% du total.

Les taux d’intérêt sont bas pour l’instant mais cela n’empêche pas les banques d’engranger des bénéfices substantiels. BNP Paribas a dégagé un résultat net de 6,7 milliards d’euros en 2015. A la fin septembre 2016, le résultat net du groupe sur les seuls neuf premiers mois de l’année s’élève à 6,26 milliards d’euros, en hausse de 3,8 % sur la même période de l’année précédente. Celui de la Société générale est lui en léger recul mais dépasse néanmoins le milliard d’euros. Ces profits ainsi dégagés constituent un autre type de prélèvement financier du capital.

Et ces ponctions vont faire de substantielles rémunérations pour les actionnaires. Selon la presse spécialisée, les entreprises françaises ont été en 2015 et 2016 les plus gros payeurs de dividendes d’Europe. Pour leur part, les entreprises du CAC 40 en ont versé 42,8 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2015, 46,1 milliards d’euros en 2016 et rien que sur les six premiers mois de l’année 2016, elles ont dégagé un bénéfice de 42,3 milliards d’euros. Cela promet pour les dividendes que les actionnaires toucheront en 2017 !

En outre, il faut sérieusement méconnaître l’imagination débordante des directeurs financiers des grands groupes pour considérer que la boucle est bouclée.

Pour avoir pu expertiser dans le menu nombre de sociétés, j’ai pu constater que les prélèvements financiers du capital ne s’arrêtent pas là. Les prix de transfert au sein des multinationales permettent souvent aux directions, par le biais de leur système de fixation des prix de facturations de biens ou de services délivrés par la société mère à une filiale située dans un autre pays, d’effectuer des prélèvements financiers importants et de délocaliser ainsi des profits vers des cieux plus cléments.

Pour nous, la finance est toujours notre ennemie.

Pierre Ivorra

Article publié dans "l'Humanité" du 30 novembre

Publié dans Economie

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