Derrière l’affaire Fillon , quels intérêts? De qui Macron est-il le nom ? par Danielle Bleitrach

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Derrière l’affaire Fillon , quels intérêts? De qui Macron est-il le nom ? par Danielle Bleitrach

Bon c’est clair, l’Elysée, BMTV et quelques autres représentant des « intérêts » ont décidé que ce serait Macron et ils nous préparent une finale Macron Le Pen.

Fillon l’a dit avec stupéfaction en se demandant quels « intérêts » il avait pu léser pour subir une telle affaire, dans un domaine où « tout le monde fait pareil ». Il n’y a rien d’illégal s’obstine-t-il oui mais ce « pillage légal », pratiqué depuis toujours paraît immoral à ceux à qui l’on prétend limiter les soins de santé.

Comme cet homme n’a même pas réalisé que sa photo de famille pique-niquant devant le manoir familial pouvait ne pas être en phase avec ce que il exigeait des citoyens.,.

Si l’on voit bien, la célérité de l’ouverture d’une instruction de l’affaire, promptitude qui tranche avec d’autres cas y compris celui semble-t-il de Macron, on ne sait plus très bien contre qui la vindicte élyséenne est dirigée. Valls en premier bien sûr, le PS dans sa totalité comme en témoigne le sabotage de la primaire.. , Hollande poursuit  la logique Mitterrandienne : après le PCF, c’est le tour du PS,…  Ce qui est visé est la représentativité de la classe ouvrière, mais il travaille pour qui? .  Il est évident qu’il a fallu qu’une part du capital, les marchands d’armes, le financier, investisse dans cette tactique et fournisse médias et moyens.

Quand et comment l’alliance avec une partie de la droite s’est-elle réalisée en sous main? ,

Mais le fond est ailleurs, il ne s’agit pas de simples jeux du sérail politicien, là encore comprendre ce qui se passe aux Etats-Unis et l’onde de choc qui en résulte chez nous …

Nous avons plusieurs mouvements qui caractérisent cette élection américaine aussi surprenante que le brexit, mouvements qui nous aident à mieux comprendre les « intérets » qui se rassemblent derrière la candidature Macron et les jeux Elyséens. Trump a fait sa campagne on le sait contre Hillary Clinton, dénonçant  la candidate de Wall street et Goldman Sachs, autant que la corrompue et belliciste, toutes choses tout à fait exactes.

Mais il a suffi de voir les nominations aux postes clés de l’administration Trump pour mesurer que jamais on n’avait vu un cabinet, un gouvernement comprenant autant de milliardaires y compris des représentants de Goldman et Sachs. Il n’y a pas de près ou de loin le moindre représentants de la classe ouvrière flattée durant la campagne, en revanche il y a les pires réactionnaires qui sous couvert de morale (loi anti-avortement, anti-drogue) en fait vont continuer à démanteler les services publics et exclure toujours plus les pauvres. 

Même avant l’élection de Trump, les États-Unis avaient pris du retard sur tous les autres pays industrialisés en ce qui concerne les statistiques sur l’espérance de vie, la mortalité infantile et le niveau d’éducation. La volonté de maximiser les profits est de plus en plus impitoyable. Chaque gain social acquis par des décennies de lutte de classe aux États-Unis est désormais en péril.

Nous voyons bien que cette logique est à l’oeuvre chez nous, qu’il s’agisse de Fillon ou de Macron, mais aussi de tous les autres, nul ne la met réellement en cause. En France cette logique n’est pas nationale, elle est européenne, une certaine conception de la mondialisation.

Depuis trois générations, la classe dirigeante américaine a acheté la paix sociale dans le pays pour mener des guerres à l’étranger. Le néo-libéralisme, la recherche du profit à n’importe quel prix a continué à multiplier les guerres alors même que le système concurrent russe s’était effondré. De surcroît la mondialisation a été bâtie sur un modèle, celui de la pression sur les salaires, sur les coûts en matière de protection sociale, les multinationales se sont recomposées dans une conquête des marchés étrangers en cherchant toujours plus la compétitivité  Mais le déclin du capitalisme, la désindustrialisation, une économie mondialisée et la fuite des capitaux qui recherchent les salaires les plus bas possibles a érodé les acquis de la classe ouvrière des États-Unis.

On mesure bien que nous avons été pris dans la même logique, celui de la compétitivité supposée aux dépends de nos salariés et des délocalisations. La politique de Trump théoriquement protectionniste et visant à la ré-industrialisation du pays ressemblera-t-elle à celle de ce pro-nazi de Henry Ford qui voulait vendre ses voitures à une classe ouvrière avec de relativement hauts salaires travaillant à la chaîne, des gorilles apprivoisés disait-il en prônant la prohibition et la surveillance des bonnes moeurs ?

Il faut sauver l’Allemagne et arrêter Trump 

Le concurrent-adversaire potentiel de Trump n’est ni la Russie, ni le Mexique, ni même la Chine. Avec ces pays, comme l’a très justement noté le milliardaire mexicain Carlos Slim, il négocie en deux temps, d’abord on fait peur, puis on détend l’ambiance en obtenant de l’interlocuteur rassuré un maximum d’avantages essentiellement commerciaux.

Non le véritable adversaire c’est l’Allemagne, qui a adopté une stratégie pas si éloignée de celle de la Chine: profiter de la désindusrtralisation de ses concurrents pour renforcer sa propre capacité productive et laisser les autres s’épuiser en effort de guerre, dans tous les cas le marché convoité est bien sur mondial mais d’abord eurasiatique. A ce titre il y a une sorte de permanence entre l’Allemagne vertueusement dénazifiée et l’Allemagne hitlérienne c’est le go East… Derrière l’OTAN… Trump la vise en exigeant qu’elle paye l’effort de guerre…  

La France de Hollande n’a plus de politique et seul le couple formé avec l’Allemagne lui donne une illusion de puissance. D’où les accents pathétiques de Hollande contre Trump, Au nom de quoi et de qui ce paltoquet s’insurge-t-il? Du droit des femmes? De l’antiracisme? Ne rions pas mais il est un fait qu’il doit jouer la carte du libéral libertaire… Et il n’est pas le seul, que ce soit sous la droite ou sous la gauche, la France s’est laissée désindustrialiser à partir de l’ère Mitterrand, elle reste un marchand d’arme et à ce titre très étroitement liée au complexe industrialo militaire des Etats-Unis qu’inquiète la politique de Trump sur lequel il s’agit de peser.

C’est en fonction de ce conflit négociations d’intérêts concurrents et menacés que se présente une fausse alternative: Macron- Le Pen, Fillon-Le Pen c’est un peu la même chose… Il faut apprécier la manière dont la France dans le contexte d’une Europe dominée à la fois par l’Allemagne et par les intérêts militaro-financiers permet d’ analyser la tentative de torpillage de Fillon au profit de Macron.

Notons également la mobilisation de tous ceux qui depuis des années sont entretenus dans une idéologie sociétale, libérale libertaire et dont on a vu à quel point des gens comme Soros avaient fourni des munitions. ce que nous a appris  l’élection de Trump, c’est combien le conflit entre les factions de la classe dirigeante pour mettre la main in fine sur les finances publiques et les orienter dans le sens des énormes intérêts capitalistes s’accompagnait d’un déballages extraordinaires, la manière de fouiller dans le passé de chacun pour ressortir les détails les plus crapuleux, les scandales surgissent, les fuites d’information y compris de son propre camp que l’on attribue à l’ennemi désigné, la Russie par exemple.

Il y a là moeurs de spadassins, mais dont l’efficacité dépend en dernier ressort du simple fait que lever le voile sur des pratiques plus que tolérées et qui ne peuvent qu’indigner tous ceux à qui depuis des années on demande de se priver, de vivre toujours plus chômage, austérité…On dévoile tout à coup une zone d’ombre et chacun dans ce petit monde est semblable à cette vermine qui s’enfuit quand on retourne une pierre du côté obscur vers la lumière, on laisse celui qui a été pris ébloui, stupéfait et bien seul.

C’est dans un tel contexte, celui de la disparition de la classe ouvrière, en tant que possible classe dirigeante,  au profit de toutes les démagogies,  masquant à peine la lutte interne à la classe dominante que l’on voit émerger ou disparaître des individus qu’une faction impose ou détruit.

L’Elysée n’avait qu’une idée après un quinquennat calamiteux : détruire celui qui prétendait à sa succession et Macron servirait à ça… A lui on autoriserait encore toutes les prévarications, les réserves du poste à Bercy, les voyages organisés…

Cette campagne électorale est immonde, je me suis récemment indignée de la manière dont J.L.Melenchon trahissait ses alliés communistes, poursuivait l’oeuvre de Mitterrand en présentant contre eux des candidats aux législatives, mais il est seulement dans l’air du temps.

On sent effectivement l’ombre de Mitterrand qui s’étend sur tout cela, lui que l’on présentait comme un florentin, un machiavel, un grand stratège et qui n’a jamais rien été d’autre qu’un tacticien pour campagnes électorales dont tout l’art a consisté à faire monter le Front National pour rendre l’accès de la droite impossible. Lui qui a juré à ses amis atlantistes qu’il en finirait avec les communistes et que la France ne serait plus jamais critique de l’Empire mais sa fidèle vassale, l’Europe ralliée au droit de l’homme de ceux qui torturent dans les stades du Chili et à Guantanamo…

Lui et c’est cela le fondamental qui a imposé à la France un néolibéralisme qui devait en Amérique latine l’être par le meurtre et la torture. L’ère Mitterrand est celle du ralliement aux Etats-Unis, à l’Europe et celle où l’on a vu fleurir toute une nouvelle génération de milliardaires. C’est aussi le temps de la culture devenue affaire de courtisans.

Toutes ces réflexions que ne manquent pas de se faire sans doute d’autres que moi paraissent bien moroses et désabusées. Mais il y a peut-être du bon dans cette manière de pousser jusqu’au bout, d’avancer dans la décomposition de l’ère Mitterrand dans laquelle l’Elysée était devenu la résidence d’un mourant que n’animait plus que la volonté de nuire et de corrompre. Tous rassemblés autour du chef fut-il aussi vide qu’un Macron, le dernier protégé d’un monde qui les a multipliés jusqu’à se nourrir de la vulgarité d’un Tapie… Plus de droite, plus de gauche, mais la vitalité essoufflée des ambitions..

Pourquoi le nier, le pari a été réussi, le parti communiste a été effacé, Ambroise Croizat n’ira pas au panthéon, un ouvrier pensez-donc, cela existe encore ces gens là? Des ouvriers qui prétendaient diriger l’Etat, lui apporter le meilleur, le désintéressement et aussi tenez vous bien … la culture.

Parce que dans cette campagne électorale, le PCF n’existe plus et ce qui a disparu avec lui c’est la culture, pas les paillettes et strass, les événements d’un jour et les peoples chers à Jack Lang, non des projets de démocratisation, de promotion de la nation qui attire à elle l’internationale des artistes qui pensent à autre chose qu’à eux-mêmes. Jamais on ne vit une campagne électorale qui accorda aussi peu d’intérêt à la culture et tant aux révélations et scandales. .

Regardez à quel point ceux qui prétendent abusivement nous parler de la nation, pour la rendre toujours plus xénophobe n’ont même plus besoin de sortir leur revolver tant le mot n’est plus prononcé.

Ce monde là est mort, ils ne le voient même pas… Le véritable problème est que la classe ouvrière, le monde du travail n’a plus de représentants… Alors même qu’il est clair que tout cela ne pourra pas durer longtemps.

Danielle Bleitrach

Publié dans Elections

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