L'échec d'Obama a un nom : Donald Trump

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

L'échec d'Obama a un nom : Donald Trump

Evidemment, avec un successeur pareil, Barack Obama ne pourra que nous manquer. Humour, dignité, politesse, sensibilité sociale, le 44e président des Etats-Unis ne manque pas de cette classe, qui fait défaut au milliardaire d’extrême droite élu en novembre dernier. Mais ces vertus ne masquent pas le catastrophique bilan laissé par le rhéteur de Chicago. Au contraire, l’échec de Barack Obama porte un nom: Donald Trump.

«We did it»1, s’est donc vanté le président sortant, en clin d’œil à son «Yes we can»2 de la campagne de 2008. Déjà à l’époque, nous étions de ceux qui peinaient à percevoir du contenu derrière le slogan. Le brouillard ne s’est pas dissipé: What have you done, Mister Obama?3

Du contrôle des armes à la lutte contre le racisme, en passant par les droits des migrants ou la défense des libertés publiques, sur les dossiers emblématiques de la gauche étasunienne, les avancées du président sont introuvables. S’il freina quelques atteintes à l’environnement, le démocrate laisse intact le modèle de développement ultra-extractiviste, qui fait la part belle aux hydrocarbures de schiste.

Mais le principal échec de Barack Obama, sur le plan intérieur, est socio-économique. Elu dans le sillage du plus grand désastre social depuis le krach de 1929, le démocrate – que certains voulaient comparer à Franklin D. Roosevelt – laisse un pays encore plus inégalitaire. Sous sa présidence, le nombre de pauvres a crû de 20% tandis que le salaire médian perdait 5%! Pendant ce temps, Wall Street battait des records, jusqu’à se partager 1200 milliards de dollars de dividendes en 2014, soit 50% de plus qu’en 2010.

Le taux de chômage ramené vers 5% ne doit pas non plus tromper: l’essentiel des dix millions de jobs créés sont des emplois précaires4 (sur appel, temporaires, auto-entrepreneurs, etc.), dont le taux global est passé de 10,7% à 15,8% entre 2005 et 2015. Expression d’une politique pro-patronale assumée, dont on voit la traduction libre-échangiste dans les traités commerciaux transpacifique et transatlantique, chevaux de Troie anti-Etat, fortement appuyés par M. Obama. Face à cette tendance, les mesurettes sociales – type Obamacare, la LAMal étasunienne – ne font pas illusion. D’autant moins que Donald Trump n’aura aucun mal à les faire disparaître d’un trait de plume.

Sur le plan international, le Prix Nobel de la paix (rhétorique) de 2009 ne peut guère faire valoir que le rapprochement avec Cuba (sous la pression du secteur privé) et l’accord nucléaire avec l’Iran. Pour le reste, Guantanamo demeure, la Libye a été dévastée par la coalition franco-britannico-étasunienne, les interventions en Amérique latine ont repris de plus belle (Honduras, Paraguay, Venezuela), Julian Assange et Edward Snowden sont traqués, le soutien à Israël est intact et les blindés US sont de retour en Europe. Symbole d’une relation exécrable avec la Russie (dont il n’est pas le seul responsable, il est vrai).

Surtout, les années Obama resteront celles de l’émergence de la guerre à distance. Des milliers de bombes volantes ont sillonné le Pakistan, l’Afghanistan et le Yémen, visant des chefs islamistes mais tuant indistinctement. Au minimum un millier de civils, dont de nombreux enfants, l’ont payé de leur vie. Suscitant certainement bien plus de vocations au djihad.

Plus largement, la présidence de Barack Obama a vu un Pentagone tout-puissant, doté d’un budget quasi sans limites, à la grande joie des sociétés militaires privées. Même l’arsenal nucléaire, que le président tout juste arrivé à la Maison-Blanche promettait de réduire drastiquement, voit la vie en rose: 350 milliards de dollars doivent être brûlés ces dix prochaines années sur l’autel de sa modernisation.

Largement élu, adulé au-delà de ses frontières, doté d’une double majorité parlementaire, Barack Obama laisse un pays sous domination républicaine et en main d’un de ses pires représentants. Comme un symbole. I

Benito Perez - le 18 janvier 2017

Publié dans Amérique du Nord

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