L’ubérisation de l’hôpital public, au coeur du 7 mars dans la santé

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

L’ubérisation de l’hôpital public, au coeur du 7 mars dans la santé

Assistons-nous à l’asphyxie lente, méthodique et programmée de l’hôpital public ?

Telle est la question que l’on peut légitimement se poser face aux réformes successives et au malaise croissant des personnels hospitaliers. Gazette Debout a interrogé Olivier d’Hôpitaux en lutte et Olivier d’Hôpitaux Debout pour en savoir plus. Et leur diagnostic est édifiant.

Aujourd’hui à bout de souffle, l’hôpital public ne fonctionne plus que grâce à la vocation et l’engagement des soignants qui, trop peu nombreux, reviennent sur leur temps de repos quand ils sont appelés, bien que ce soit illégal. La ministre Marisol Touraine promet des créations de postes, mais les syndicats dénoncent un double langage. Car en réalité, ces créations sont insuffisantes face à la hausse de la demande de soins due au vieillissement de la population et aux progrès de la science.

« En 10 ans, 100 000 postes et des milliers de lits ont été supprimés dans les hôpitaux publics. La loi de financement de la Sécu pour 2015-2017 a diminué le budget de la santé de 10 milliards d’euros en faveur du Pacte de responsabilité, dont 3,5 milliards ôtés à l’Hôpital, soit 22 000 postes en moins d’ici la fin de cette année », déplore un tract de l’intersyndicale. La mise en œuvre du Plan de Financement de la Sécurité Sociale 2017 imposera 4 milliards d’économies sur notre santé, dont 800 millions à l’hôpital. Cette baisse des budgets avait donné lieu à une grève nationale en novembre dernier.

En sous-effectif et soumis à des méthodes de management par la peur, le personnel est épuisé. Des cas importants de burn-out sont signalés dans les équipes, certains conduisant à des suicides. L’absentéisme et les démissions augmentent, les vocations diminuent. « Il faut remonter à la mise en place des 35 heures, qui n’a créé aucun poste », rappelle Olivier d’Hôpitaux debout. Or les besoins de santé augmentent. « Aujourd’hui il y a 1,2 millions de jours de RTT placés sur les comptes épargne-temps que les personnels ne peuvent pas prendre », poursuit-il. Mais voilà, depuis le temps que les pouvoirs publics tirent sur la corde, le personnel n’en peut plus.

L’Uberisation de l’hôpital public ?

« On assiste à un début d’uberisation », indique encore Olivier. En cause, l’ordonnance n°2017-50 du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé, qui permet à une personne qui a validé une compétence en Europe pour faire une prise de sang, par exemple, de pratiquer en France sans pour autant être infirmier. « Avec la tarification à l’activité, on nous fait travailler comme des machines et il n’y a plus de prise en charge globale du patient », complète Olivier. « Les pouvoirs publics exigent la rentabilité, on parle même désormais de taux de marge brut. Le tournant libéral a été pris sous Juppé en 1995, puis s’est accentué au fil des ans ».

L’austérité infligée aux hôpitaux publics a un impact direct sur la santé de nos concitoyens. Alors que la France était première sur l’accès aux soins en 2006 dans le classement mondial de l’OMS, notre pays a dégringolé au 24è rang en 2017, notamment en raison des fermetures de lits. Les dernières études de l’OCDE montrent que nous régressons dans la prise en charge de la santé : près d’un quart de la population renonce à se soigner, totalement ou partiellement, pour des raisons financières.

« En fonction des spécialités médicales, 36% à 64% de la population renoncent à des soins pour des raisons financières selon une enquête IPSOS/SPF. Le nombre de médecins pratiquant des dépassements d’honoraires ne cesse d’augmenter avec les « contrat d’accès aux soins » de Mme Touraine incitant les médecins à adhérer au secteur 2, qui autorise les dépassements. », déclare le collectif Notre Santé en danger.

Cette situation ne peut que s’aggraver avec la progression des déserts médicaux en milieu rural et dans les quartiers populaires des villes, même à Paris. Ces inégalités d’accès à la santé sont aggravées par les restructurations hospitalières et les fermetures de maternités de proximité imposées par les gouvernements successifs.

Pour sauver l’hôpital public la lutte s’organise. Une intersyndicale historique Sud FO CGT a vu le jour. « Nous voulons un Grenelle de l’hôpital, et que le terrain puisse faire part de ses problèmes face à la technocratie», assure Olivier d’Hôpitaux en lutte. En janvier dernier, 144 hôpitaux ont fait grève. La prochaine manifestation nationale est prévue pour le 7 mars.

Les usagers sont invités à s’y rallier massivement. Elle sera précédée d’une conférence de presse et d’un meeting à la Bourse du travail à Paris le 2 mars.

Voici quelques revendications :

  • Octroi des moyens budgétaires permettant aux établissements sanitaires et médico-sociaux d’assurer leur mission de service public, d’investir, d’embaucher et de titulariser nos collègues contractuel-le-s
  • Embauche en fonction des besoins, titularisation de nos collègues contractuel-le-s dans la Fonction publique hospitalière
  • Reconnaissance de la pénibilité de nos métiers
  • Abandon de la « territorialisation » de l’offre de soins, des GHT et des restructurations
  • Ouverture de vraies négociations sur les carrières et les grilles indiciaires, sur l’ensemble des secteurs, garantissant l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, la revalorisation des métiers à prédominance féminine vers une grille unique des salaires, linéaire sans barrages ni quota.
  • Arrêt des fermetures de lits et des suppressions de postes
  • Un plan d’urgence Emploi, formation initiale et continue, pour pallier le déficit démographique actuel et garantir à l’avenir des effectifs permettant un retour à la qualité, la sécurité et au confort du soin et de travail. Maintien de tous les instituts de formation (IFSI, IFAS…)
  • Des politiques sanitaires et sociales à la hauteur des besoins de la population, quels que soient leurs lieux d’habitation
  • Stop à la casse de nos métiers (l’abandon du projet de ré-ingénierie de l’ensemble des métiers du social)
  • La préservation et le développement d’un service public républicain de santé de proximité sur l’ensemble du territoire, garant d’une réelle égalité dans l’accès aux soins.
  • Fin des enveloppes limitatives et abandon du plan ONDAM triennal de 3,5 milliards d’économies sur les hôpitaux
  • Abrogation des ordres professionnels
  • Retrait de la ponction de 300 millions d’euros sur les fonds de formation de l’ANFH
  • Abrogation des Loi HPST, Loi Santé et de la loi travail
  • Abandon des poursuites contre les syndicalistes et défense de leurs droits liés à l’exercice syndicale.

Pour en savoir plus, vous pouvez visionner la vidéo d’Osons Causer sur le malaise à l’hôpital.

Magalie pour Gazette Debout le journal indépendant de Nuit Debout

Publié dans Luttes sociales

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