Philippe Martinez : "On n'est pas là pour dire pour qui voter"

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Philippe Martinez : "On n'est pas là pour dire pour qui voter"
Le secrétaire général de la CGT était à Montluçon, hier, pour inaugurer les nouveaux locaux de l’union départementale. Il a aussi rencontré les syndicats de la Sagem, du commerce et du centre hospitalier.

Qu'avez-vous retenu des échanges avec les salariés ?

Des choses que j'entends un peu partout. Des salariés qui sont mal dans leur travail, soumis à d'énormes pressions de leur direction au nom de la rentabilité. C'est le même discours à la Sagem, au commerce qu'à l'hôpital public.

Comment expliquer alors le taux de syndication assez faible en France (*) ?

Il n'y a pas assez de gens syndiqués, c'est vrai. Mais chaque fois que les salariés peuvent s'exprimer sur les syndicats (hormis les TPE), ils le font massivement. Le taux de participation aux élections professionnelles est largement supérieur à celui des élections politiques. Nous sommes favorables à ce que tout le monde vote le même jour pour les élections professionnelles.

Vous ne donnez pas de consigne de vote pour l'élection présidentielle. Quelle sera la place de la CGT dans la campagne ?

On donne plein de propositions. Par exemple, on se félicite que des candidats reparlent de la loi Travail, du travail, de réduction du temps de travail, du pouvoir d'achat. C'est aussi grâce aux syndicats qui ont placé ces questions au cœur des mobilisations l'année dernière. Mais on n'est pas là pour dire pour qui voter. Ce n'est pas notre boulot.

Vous prônez, comme Benoit Hamon par exemple, la réduction du temps de travail à 32 heures…

Il dit qu'il faut réduire car il faut mieux répartir le travail, comme nous. Après, il propose le revenu universel, car il part de l'idée qu'il n'y aurait pas assez de travail pour tout le monde. Nous, on pense le contraire. Si tout le monde travaille moins, dans de meilleures conditions, il peut y avoir du travail pour tout le monde, malgré les révolutions technologiques. Le travail, c'est structurant dans la vie. Vous n'avez qu'à discuter avec des privés d'emploi : c'est plus de lien social. (*)

Quelles sont vos propositions en matière de santé ?

Il faut arrêter de dire que la santé, c'est un coût. C'est un investissement. Si aujourd'hui, l'espérance de vie a progressé, c'est parce qu'on a inventé la sécurité sociale. Au lieu de donner beaucoup au CICE, il faut remettre cet argent-là dans la santé, les services publics. Nos propositions, c'est d'embaucher, à l'école aussi et dans la police, et d'investir dans du matériel.

Et il faut arrêter de privilégier la santé privée, en lui favorisant des actes simples et très rentables et en renvoyant "toute la misère du monde" dans le public.

Que dites-vous à ceux qui se tournent vers le FN ?

On leur dit qu'ils se trompent. Le FN veut le bonheur de tout le monde, sauf celui de quelqu'un. Les fonctionnaires sont des fainéants. Les enseignants sont trop politisés…. Le FN présente un discours parfois proche du nôtre. C'est la vitrine. Mais dans le magasin, il y a les idées du Medef. Le FN veut la retraite à 60 ans mais il veut supprimer les cotisations sociales, l'ISF, accorder encore plus d'aides publiques aux entreprises. Comment on finance la santé, l'école… ?

Dans toute l'histoire de notre pays, en temps de crise, on a vu cette montée de l'extrême droite, avec la chasse aux migrants. Quelques-uns de mes ancêtres, quand ils sont arrivés ici, ont entendu le même discours. On venait manger le pain des Français. Il y a besoin de s'expliquer là-dessus. C'est un parti raciste et c'est un parti libéral. Ça nous demande d'user de la salive.

(*) Source : 11 % en 2013 selon une étude de mai 2016 de la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares, minière du Travail).

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