Trump, Marine Le Pen, et la leçon des Catalans espagnols

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Trump, Marine Le Pen, et la leçon des Catalans espagnols

Faut-il rire ou se désoler quand le président du plus puissant pays de la planète, Donald Trump, invente un attentat commis en Suède lors d’un discours critiquant les pays ayant accueilli des réfugiés. Le plus inquiétant est que ce genre de bobard ne semble nullement écorner son image auprès d’une partie de l’opinion américaine.

Plus c’est gros, plus ça marche ? On savait, après tout ce qui s’est passé – les crimes nazis, la justification de la colonisation, la stigmatisation des immigrés – que le discours de l’extrême-droite dispose encore d’un certain pouvoir de séduction et d’attraction auprès de certaines franges américaine et européenne socialement fragilisées par la crise économique.

Et en la matière, la tête de liste de l’extrême-droite française, Marine Le Pen, qui ment comme elle respire, ne ratant aucune occasion pour exceller dans la stigmatisation des immigrés non-européens, ne déroge pas à la règle. « On ne peut plus se permettre de faire entrer sur notre territoire une population équivalente à celle de la ville de Rennes » (206 000 habitants) ou encore, autre mensonge, leurs enfants bénéficient de la gratuité de l’éducation et de la santé « grâce à la solidarité de la communauté nationale ».

Et ça marche : à force, grâce aux médias qui relaient complaisamment ses âneries racistes, beaucoup de gens, des électeurs potentiels socialement désespérés, ont fini par y croire. Comme ils croient à cet autre mensonge sur le nombre d’immigrés en France qui seraient, selon la cheftaine du Front national, plus de huit millions, alors qu’en réalité ils ne sont que 5,8 millions dont 32% d’européens : ces derniers – polonais, hongrois, serbes, ukrainiens…, ne sont pas concernés par le discours raciste du FN.

Plus incroyable, c’est à cette dame que les autorités politiques libanaises ont déroulé lundi dernier le tapis rouge. Marine Le Pen a été reçue successivement par le président pro-syrien Michel Aoun et le Premier ministre anti-syrien Rafik Harriri et Samir Geagea, dit Al-Hakim (médecin, il ne l’a jamais été), chef des Forces libanaises (chrétiennes), qui peine à faire oublier son passé et surtout sa responsabilité présumée dans le massacre de Tony Frangié et de sa famille en 1976 en pleine guerre civile libanaise, mais aussi, même s’il n’a pas été directement impliqué, dans le massacre de Sabra et Chatila en 1982, à l’ombre des blindés israéliens du boucher Ariel Sharon.

En bref, au terme de sa virée libanaise, voilà Marine Le Pen peaufinant son image de présidentiable, s’offrant au passage une petite provocation avec son refus de porter le voile devant le muphti de la République : une bien maigre consolation après la double humiliation subie aux Etats-Unis – Trump, qu’elle admire tant, ne l’a pas reçue – et au Canada où il lui a été signifié qu’elle était indésirable.

Un mot sur la colonisation. Après qu’Emmanuel Macron l’eut qualifiée, à juste titre, de crime contre l’humanité, fallait-il que les politiques algériens (pas tous) réagissent à une question qui est avant tout franco-française, comme l’est d’ailleurs la question des harkis ?

Hormis deux cents personnes au grand maximum, rassemblées à Toulon – de vieux pieds-noirs et des harkis – et nostalgiques de « l’Algérie de papa » — le propos de Macron n’a pas soulevé de tempête comme l’escomptaient le Front national et certains politiques de droite. Faisons comme les Vietnamiens qui ont soldé positivement le passé colonial et impérialiste – plus de huit millions de morts – et projetons-nous vers l’avenir.

En comparaison avec cette polémique sur la colonisation, ce sont plutôt les « Au trou les corrompus ! A bas les privilèges », lancés samedi par plusieurs milliers de personnes place de la République à Paris qui ont le plus résonné. Et pour cause : après l’ex-Premier ministre et candidat à l’élection présidentielle François Fillon, c’est au tour de Marine Le Pen, d’être dans le collimateur de la justice.

Elle est accusée d’avoir rémunéré des membres du Front national, dont son garde du corps, avec l’argent du Parlement européen, en les faisant passer pour des assistants parlementaires. Et pour ce faire, elle n’a pas hésité à produire des faux contrats de travail !

Ça la fout mal pour celle qui se voulait la « Madame propre » du monde politique français. Depuis, à l’instar de François Fillon, ses meetings sont chahutés.

Pour conclure, un bravo aux Catalans espagnols qui viennent d’administrer une leçon d’humanisme à toute l’Europe. Samedi, ils étaient plus de 160 000 personnes à marcher dans les rues de Barcelone pour réclamer que l’Espagne accueille les milliers de réfugiés syriens qu’elle s’était engagée à recevoir dès 2015.

Qui fait mieux ?

Hassane Zerrouky

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/02/23/article.php?sid=209817&cid=8

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