Washington justifie son raid sanglant contre des civils dans le nord de la Syrie

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Les habitants d'Al Jineh (Syrie) dans les décombres de la mosquée (photo AFP)

Les habitants d'Al Jineh (Syrie) dans les décombres de la mosquée (photo AFP)

L’aviation américaine affirme avoir visé Al-Qaida dans un bombardement qui a fait près de 50 morts jeudi, pour la plupart des civils, dans le village d’Al-Jineh.

La frappe a détruit un bâtiment attenant à la mosquée d’un village de la province d’Alep, Al-Jineh, une région aux mains de la rébellion, déjà régulièrement bombardée par les aviations syrienne et russe.

Selon le Washington Post, l’attaque a été conduite par un drone, qui tiré 8 missiles Hellfire sur sa cible, avant qu’une bombe de 225 kg, probablement larguée par avion, vienne parachever le travail.

Le Pentagone réfute pour l’instant toute idée de bavure. « Nous avons frappé une réunion de hauts responsables terroristes d’Al-Qaida, dont certains étaient probablement des cibles de grande valeur », a déclaré son porte-parole, Jeff Davis, selon qui le bâtiment était surveillé depuis quelque temps. « Nous savons qu’il était utilisé par Al-Qaida. Nous avons frappé la cible que nous voulions. »

Un autre porte-parole du Pentagone a affirmé que le bâtiment détruit servait de lieu « d’éducation et d’endoctrinement » de combattants djihadistes. Comme il en a l’habitude dans ce genre de situation, le ministère de la défense affirme n’avoir « pas d’informations crédibles » sur des victimes civiles.

Une version des faits que les habitants du village contestent formellement. « Il n’y avait que des civils qui priaient dans la mosquée visée (…) et leurs vues sont très éloignées de celles d’Al-Qaida », a confié Abou Omar, un habitant d’Al-Jineh, à l’Agence France-Presse.

Selon des sources convergentes, la structure visée avait l’habitude d’abriter, tous les jeudis, veille de la grande prière hebdomadaire, une réunion de partisans du Tabligh, un courant piétiste de l’islam, fondamentaliste, mais qui, en général, se tient à l’écart de la politique. Des cadres de Fatah Al-Cham se trouvaient-ils jeudi parmi eux ? On le saura peut-être dans les prochains jours.

Selon le collectif de journalistes Airwars la plupart des victimes sont des civils

Le collectif spécialisé dans le recensement des victimes collatérales de la campagne de frappes internationales en Syrie et en Irak, s’est alarmé d’une brusque augmentation des allégations de bombardement ayant donné lieu à des pertes civiles. « Cette tendance a débuté dans les derniers mois de l’administration Obama et s’est fortement accélérée depuis que le président Trump est entré en fonction », affirme Airwars.

Selon ses statistiques, basées sur un recoupement de sources locales, les raids de la coalition anti-EI en Syrie et en Irak ont fait au moins 2 590 victimes civiles depuis 2014. Le nombre de bombardements ayant causé des morts civiles, évalué à 454 en 2016, pointerait déjà à 245 pour l’année 2017.

Outre un possible effet Trump, cette recrudescence s’explique par l’offensive en cours contre Mossoul, la capitale irakienne de l’EI, et la préparation de l’assaut contre Rakka, son pendant en Syrie. En janvier et février, pour la première fois selon Airwars, la coalition conduite par les Etat-Unis a causé la mort de davantage de civils que l’aviation russe, dont l’activité en Syrie a nettement diminué depuis la reprise d’Alep par les forces gouvernementales.

Publié dans Moyen Orient

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