Congrès extra : intervention d'Amar Bellal au CN des 23 et 24 juin

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Congrès extra : intervention d'Amar Bellal au CN des 23 et 24 juin

Je voudrais tout d'abord débuter mon intervention par un hommage à Jean Pierre Kahane décédé récemment. Jean Pierre a un grand passé mais jusque dans ses dernières années il a été actif et décisif pour le lancement d'important projet, je pense ici à la revue Progressistes dont il a été le directeur.

Il y a 5 ans je lui ai demandé de soutenir ce projet, il ne me connaissait que depuis quelques mois, et pourtant il m'a fait confiance, il a accepté, et nous avons pu mener avec Ivan Lavallée et Jean François Bolzinger ce projet depuis bientôt 4 ans. Nous allons nous efforcer d'être à la hauteur de sa confiance et honorer sa mémoire en continuant ce travail autour de la revue.

Je voudrais aussi rajouter que Jean Pierre continuait à suivre de très près l'actualité politique et les débats à l'intérieur du parti. Il était attaché au PCF et croyait à son avenir et au rôle qu'il devait jouer pour peser dans l'espace politique français.

Maintenant j'en viens à mon intervention personnelle

Je ne suis pas favorable à ce qu'on fasse passer toute la séquence électorale et son bilan, par l'entonnoir « on a fait du mieux qu'on a pu, on a pris les bonnes décisions dans un contexte difficile ». Non, je suis de ceux qui pensent que nous avons failli en tant que direction dans cette séquence, et il faut le dire clairement. Le rôle d'une direction c'est d'anticiper, prévoir, prendre les bonnes décisions....et aussi savoir se remettre en cause.

Il va donc falloir faire un bilan très sérieux de cette séquence, c'est un résultat catastrophique. Les historiens le confirment, c'est une situation inédite pour le PCF, le plus faible score à des élections législatives.

Face à cette situation exceptionnelle, nous devons être a la hauteur dans notre réaction. Il en va de la confiance accordée par les militants à sa direction, de sa crédibilité même.

Il y a une singularité du parti communiste dans le paysage politique, pour de bonne raisons, notre organisation, notre approche de la politique, notre militantisme sur le terrain sur la longue durée .... je ne m'étends pas sur cela, mais il y a d'autres aspects de notre parti dont on est beaucoup moins fier en ce moment.

Je relève dans cette période 3 de ces aspects qui font de nous un parti « à part » dans le paysage politique français.

Nous avons été le seul parti à avoir soutenu un candidat dont on ne soutient pas le programme.

Nous avons été le seul parti à avoir soutenu un candidat qui ne voulait pas de nous, et pis qui avait des mots très durs envers nous, qui nous insultait même, et qui répandait cela dans les médias.

Nous avons été le seul parti à avoir soutenu et nourrit une dynamique dont on savait qu'elle allait se retourner contre nous. Dès janvier nous savions qu'au lendemain du 1er tour des présidentielles, cette dynamique se retournerait contre nos candidats aux législatives en particulier. Et cela a été le cas.

Plus généralement, nous sommes le seul parti, où (cela a été aussi dit hier) les militants ont plus confiance en leur organisation que les dirigeants eux même. Cela aussi doit changer, on ne peut pas appliquer des décisions de congrès si on n'est pas convaincu, cela pose des problèmes évidents d'efficacité....

Cela (notre effacement) est même théorisé : on nous explique à force d'arguments, à coup de tribune, qu'il ne faut pas y aller (aux élections présidentielles) car ce ne serait pas pour nous, qu'on n'y arrivera pas de toute façon, que le temps presse, et qu'on fera un score honteux si on se présentait.

Pour prendre une image sportive, c'est comme si dans une équipe de football, un entraineur et son staff technique se mettaient à répéter à ses joueurs que le championnat était plié d'avance, et qu'il ne faut rien attendre de l'équipe, et même qu'il fallait prêter des joueurs à l'équipe de la ville voisine car eux, ont plus de chance de gagner la compétition.

Pour terminer, ce mot d'Albert Einstein : « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent ». Nous avons eu plusieurs expérience avec nos partenaires à différentes élections, très douloureuses, et à chaque expérience nous répétions que c'était la dernière sous cette forme et que la prochaine fois nous ne céderons plus à toute les exigences de ces derniers. Et pourtant la fois d'après nous reproduisons la même expérience, en reculant et en cédant encore plus...

J espère que cette séquence électorale sera en fin la bonne et que cette fois-ci nous prendrons vraiment la mesure qu'il faut maintenant revoir complètement notre stratégie.

Publié dans Congrès extra 2018

Commenter cet article