Edouard Philippe : « Dès le 1er janvier 2018, nous supprimerons les cotisations salariales »

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Edouard Philippe : « Dès le 1er janvier 2018, nous supprimerons les cotisations salariales »

Bonne année les pauvres ! Dès le 1er janvier 2018, le gouvernement a décidé de supprimer les cotisations salariales sur l’assurance maladie et l’assurance chômage. Cela permettra d’avoir quelques euros en plus mais cela implique la disparition de notre sécurité sociale.

C’est sur twitter qu’Edouard Philippe a annoncé l’exécution d’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron faite au patronat : la suppression des cotisations salariales sur l’assurance maladie et sur l’assurance chômage et leur prise en charge par la CSG.

Candidat, Emmanuel Macron proposait sa grande réforme. Maintenant président, il compte bien aller jusqu’au bout et tenir sa promesse. Premier volet de cette refonte du système fiscal français : basculer les cotisations salariales des assurances chômage et maladie vers la CSG (Contribution Sociale Généralisée).

La CSG est un impôt prélevé directement sur notre salaire. Mise en place par Michel Rocard en 1991, elle avait pour but d’être temporaire et s’élevait à un taux de 1,1% de notre salaire. Au fil des ans, cet impôt est resté et a même augmenté pour arriver sous Lionel Jospin à 7,5% en 1997.

Pour compenser la perte de revenu que représente la fin des cotisations salariales, Macron veut augmenter la CSG de 1,7points mais au premier janvier 2019 soit un an après la fin des cotisations salariales. Le but ? Faire croire que la fin des cotisations est quelque chose de bénéfique pour les ménages car cela augmenterait significativement les salaires. Or, l’augmentation de la CSG limite cette augmentation.

Christian Eckert, ex-secrétaire d’État au Budget, avait mis en avant que « M. Macron veut en fait que les baisses de cotisations salariales qu’il annonce sur la feuille de paie de certains se voient fin janvier. Ce n’est pas facile car elles seront en partie rognées par la hausse de CSG qu’il prévoit pour (presque) tout le monde ».

Si les deux réformes passent en même temps, sa mesure sur le pouvoir d’achat deviendrait invisible sur la fiche de paie. Ce qui ferait baisser la cote de popularité du président qui veut s’attaquer par ordonnance au code du travail et qui l’entamera sans doute encore plus fortement.

Une telle hausse de salaire fera que l’impôt sur le revenu va augmenter en même temps que le revenu grimpe. Ce qui sera une charge en plus pour les ménages. En même temps, Macron veut supprimer l’ISF. En 2016, le produit de la CSG s’est élevé à 93,8 milliards d’euros (et va augmenter de 22 milliards avec la hausse annoncée), ce qui en fait le premier impôt direct en France devant l’impôt sur le revenu. L’ISF ne représente que 4,39 milliards d’euros pour l’État. Macron décide donc de faire des réformes pour sa classe, pour les possédants, les riches au détriment des travailleurs qui paieront pour tout le monde pendant que les riches paieront toujours moins.

Pour l’instant, les salariés du public et les indépendants sont perdants à tous les coups. Ils ne payent pas de cotisation chômage, alors qu’ils payent bien la CSG. Le gouvernement a promis des mesures de compensation qui n’ont pas encore été dévoilées. Donc en plus de favoriser les riches, ces mesures visent à supprimer encore plus d’avantage des fonctionnaires et de peser sur les travailleurs indépendants. Les retraités seront également touchés.

Ces réformes feront qu’une personne touchant le SMIC verra son salaire passer de 1153 euros net par mois à seulement 1174 euros, soit une augmentation de 21 euros.

La protection sociale en France représente 730 milliards d’euros chaque année, soit 34,2 % du PIB. Contrairement à la plupart des pays européens, le financement de la protection sociale dans l’Hexagone ne repose pas majoritairement sur l’impôt, mais plutôt sur des cotisations sociales, à hauteur de 61,7%. Les impôts représentent 35,1% , qu’ils soient directement affectés ou reversés par l’État, ces dotations on doublé depuis 1990. La réforme prévue tend à gommer cet écart.

C’est un objectif depuis plusieurs années. En 1991, la part de l’impôt dans le financement de la protection sociale était de moins de 20 % alors qu’elle dépasse aujourd’hui les 35 % et bientôt 38 %, si la réforme est mise en œuvre.

En France, l’impôt finance à 100% ce qui correspond à la solidarité nationale comme le fond de sécurité vieillesse qui verse le minimum vieillesse. Ils financent majoritairement ce qui est dû aux résidents du territoire français comme la maladie et la famille par contre ils financent très peu – voir pas du tout – ce qui touche individuellement quelqu’un par rapport à son travail comme le chômage ou l’accident du travail. Cela est normal, dès l'origine, les concepteurs de la Sécurité Sociale ont instauré le salaire socialisé qui appartient dans son intégralité aux salariés. Quand on touche à ce salaire socialisé on comment un vol ! Pourquoi?

Le salaire socialisé est constitué du total des cotisations sociales prélevées sur le salaire brut du salarié et des cotisations sociales prélevées sur les richesses créées dans chaque entreprise (Quand on dit cotisation patronale on fait une erreur, jamais cette cotisation n'a été payée par le patronat, elle est payée par chaque entreprise et est proportionnelle à la quantité de richesses créées par chacune d'elle).

C'est cet ensemble qui appartient à l'ensemble des salariés du pays, donc à la Nation que nous ne confondons pas avec l'Etat.

Comment doit être géré ce salaire socialisé et par qui ? Il l'est selon un principe révolutionnaire qui est d'une modernité fulgurante.

Chacun met dans le pot commun selon ses moyens, d'où la proportionnalité de la cotisation en fonction de son salaire. Chacun ensuite puise dans le pot commun selon ses besoins. Tout salarié quand il est malade, quand son absence est due à un accident du travail, quand il est en retraite, quand il a des enfants ou quand il est au chômage perçoit en ces moments là, la part du salaire socialisé qu'il a abondé. Ce concept, "à chacun selon ses moyens et à chacun selon ses besoins"  fait ainsi vivre deux fondements de la République, l'égalité et la solidarité.

Par qui ? Dès l'origine les concepteurs de ce système ont considéré que s'agissant d'une part du salaire de chacun versé au pot commun, l'ensemble appartenait à l'ensemble des salariés et devait être géré par eux de manière autonome vis à vis de l'Etat et vis à vis du patronat. C'est pourquoi il fut institué des conseils d'administration où seuls les salariés siégeaient et étaient élus par une élection nationale garante de démocratie.

Dès son origine ce système a été attaqué mais les salariés résistèrent. Toute fois c'est De Gaulle en 1967 par ordonnance, et oui déjà, par peur de la réaction des salariés qui supprima les élections aux caisses de la sécurité sociale, les CA seraient constitués dès lors par désignation de ses membres et pour moitié de représentants du patronat. Le ver était dans le fruit et cela se remarqua de suite !

Sous Mitterand les attaques se multiplièrent avec toujours le même objectif, permettre au patronat de récupérer à son profit le salaire socialisé, limier les dépenses de santé ou des retraites au lieu d'augmenter les cotisations sociales. En 1991 Rocard créé la CSG qui est la première marche de la fiscalisation donc vers l'impôt et en 1995 Chirac et Juppé étatisent le système sauf l'assurance chômage géré encore paritairement. Le budget de la sécurité sociale fait l'objet d'une loi annuelle.

Les réformes de Macron visent à compléter le tableau de chasse patronal avec cette fois l'objectif de faire disparaitre totalement les cotisations sociales au profit de l'impôt et permettre au patronat de faire main basse sur une partie des 730 milliards que représente la protection sociale. Ce qui n'est pas une petite affaire.

Nous sommes donc bien confrontés avec Macron à la poursuite et à l'amplification des logiques patronales et capitalistes mises en oeuvre par ces prédécesseurs.   

Le basculement vers la CSG poursuit la fiscalisation de la protection sociale au détriment de la cotisation. Cette mesure veut étendre le financement par l’impôt au chômage. Le gouvernement s’attaque ainsi au principe assurantiel de l’assurance chômage ce qui lui permettra de reprendre en main plus drastiquement le système en remettant en cause sa gestion paritaire et en ouvrant la porte à la déconnexion de l’indemnisation du revenu.

Aujourd’hui, chaque personne, suivant ce qu’il a travaillé, cotise pour lui et pour tout le monde. Son temps de travail et les cotisations sociales lui ouvrent des droits et permettent de payer les indemnités de ceux qui en ont besoin. C’est une manière de fonctionner qui prend en compte chaque cas pour l’intérêt général.

Si on supprime cela et qu’on transforme cela sous forme d’impôt, le gouvernement s’ouvre la possibilité de revenir sur l’ensemble des droits ouverts aux travailleurs.

L’ouverture au droit du chômage ne sera plus fixée suivant le nombre d’année de cotisation mais arbitrairement par l’État. Il en vient de même avec l’assurance maladie.

Loin d’être une avancée pour les travailleurs, une telle mesure ne fera que détruire notre modèle de sécurité sociale qui est bien différent de celui d’Emmanuel Macron ou d’Edouard Philippe et de leur #ModeleSocial.

Source : revolutionpermanente.fr

Publié dans Politique nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article