Fabien Roussel : « À chaque milliard coupé, c’est moins d’égalité »

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Fabien Roussel : « À chaque milliard coupé, c’est moins d’égalité »

Le député communiste élu le 18 juin estime que les économies annoncées hier, malgré les promesses du gouvernement, auront des conséquences sur les services publics.

Le ministre Gérald Darmanin a annoncé hier 4,5 milliards d’euros d’économies pour respecter la règle des 3 % de déficit. Cela peut-il se faire, comme le promet le gouvernement, sans conséquence, pour les Français ?

Fabien Roussel La manière dont le ministre présente ces économies donne à croire que ce sont des lignes que l’on peut effacer d’un budget sans que cela ne porte à conséquence. C’est impossible, cela se traduira par moins de services publics dans de nombreux domaines.

Le même discours prétendant que la France et les Français vivraient au-dessus de leurs moyens est à chaque fois avancé. Dans ma région, les Hauts-de-France, un million de personnes sur 6 millions vivent sous le seuil de pauvreté. On ne peut plus nous demander de faire de nouveaux efforts.

La règle des 3 % a été inventée sur un coin de table lors de la rédaction du traité de Maastricht. C’est pourtant au nom de cette sainte règle économique que sont imposés aux Français d’importants sacrifices qui conduisent d’ailleurs ces derniers à ne plus supporter cette Europe. Il aurait été préférable de construire l’Europe sur la base de critères de plein-emploi et de lutte contre la pauvreté.

Le gouvernement tente de rassurer en promettant qu’il n’y aura pas de suppressions de postes, cela suffit-il à lever les inquiétudes sur l’avenir de ces services publics ?

Fabien Roussel Les dépenses publiques ont déjà été tellement diminuées que chaque milliard qui disparaît correspond à moins de services publics, moins d’égalité dans nos territoires. Dans l’éducation, par exemple, pour mettre en place la réforme du dédoublement des classes primaires dans les écoles en REP+, d’autres dispositifs comme plus de maîtres que de classes seront amputés. On déshabille Paul pour habiller Pierre.

De même, quoi qu’en dise Gérald Darmanin, les collectivités territoriales et la Sécurité sociale vont encore devoir produire des efforts, cela a été annoncé en commission des Finances de l’Assemblée. M. Darmanin dit blanc un jour, noir le lendemain.

À l’image du Canal Seine Nord, dont le ministre avait assuré qu’il se ferait et pour lequel nous avons aujourd’hui les plus grandes craintes au vu des déclarations mettant en cause les grands projets d’infrastructures. Quant au système de santé, c’est le basculement de la Sécurité sociale vers un système assurantiel qui se prépare, ainsi que des mesures d’économies dans nos hôpitaux publics et des fermetures de permanences de la Carsat, de la CAF, de caisses primaires d’assurance-maladie… Autant de services de proximité qui comptent et qui vont disparaître.

Comment percevez-vous les revirements gouvernementaux qui se sont multipliés sur les questions budgétaires depuis le discours de politique générale du premier ministre ?

Fabien Roussel C’est une forme d’impréparation mais cela témoigne aussi des craintes de l’exécutif de voir ses choix contestés par les Français. Preuve qu’il est important d’exprimer nos mécontentements.

Mais, au final, quand le gouvernement rétablit la suppression de la taxe d’habitation en 2018, il donne d’un côté ce qu’il nous prend de l’autre. Malgré les cafouillages, depuis sa nomination il respecte une ligne de conduite : respecter les critères de Maastricht, réduire la dépense publique et demander aux Français de nouveaux sacrifices. Le tout sans jamais demander aux grandes multinationales, aux grandes fortunes, aux banques de participer à l’effort de redressement national.

Comme le gouvernement précédent, celui-ci prétend qu’il n’y a pas d’alternative. Quelles propositions avez-vous à lui opposer ?

Fabien Roussel S’il fallait véritablement trouver 8 milliards d’euros, il suffirait de demander aux 500 plus grandes fortunes de France de bien vouloir céder 2 % de leur patrimoine. Cela ne les rendrait pas moins riches et permettrait de maintenir immédiatement au niveau prévu les dépenses publiques.

L’argent existe largement dans notre pays. Les 500 plus grandes fortunes possèdent plus de 500 milliards d’euros. Sans parler de l’évasion et de l’optimisation fiscales, qui coûtent 60 à 80 milliards d’euros par an. Pourtant, aucun mot n’a été prononcé ni par le premier ministre ni par Gérald Darmanin concernant le volet recette de notre budget, ils ne parlent que des dépenses.

Fabien Roussel est député PCF du Nord

Propos recueillis par Julia Hamlaoui

Macron sacrifie l’aide au développement, qu’il s’était pourtant engagé à augmenter

« Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien », lâchait, samedi, Emmanuel Macron lors du G20.

CQFD : le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a annoncé hier une amputation du budget du ministère des Affaires étrangères de 282 millions d’euros, « dont la moitié sera de la baisse de l’aide publique au développement ». « Mettre dans le même panier l’aide publique au développement et les frais de gestion des ministères, c’est considérer la lutte contre l’extrême pauvreté, les changements climatiques et les grandes pandémies mondiales comme accessoire », dénonce Friederike Röder, de l’ONG ONE, qui rappelle que cette somme pourrait « par exemple, permettre à 1,4 million de personnes atteintes du VIH d’avoir accès à un traitement vital ».

Durant la campagne électorale, le candidat Macron avait pourtant promis de porter le budget alloué à l’aide au développement à 0,7 % du revenu national brut d’ici à 2030, alors qu’il était de 0,38 % en 2016. « À peine deux mois après son élection, il enterre ses promesses électorales en opérant la plus importante coupe budgétaire de l’aide publique au développement jamais connue », déplore de son côté l’ONG Oxfam.

Publié dans Politique nationale

Commenter cet article