L'état d'urgence ça se refuse !

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

L'état d'urgence ça se refuse !

Mireille Delmas-Marty : « Monsieur le président, renoncer à l’état d’urgence est nécessaire mais n’autorise pas à en faire notre droit commun »

Dans une lettre ouverte, la juriste appelle M. Macron à ne pas choisir entre la sécurité et la liberté, ajoutant qu’elle ne veut pas d’une société dont le seul lien serait la peur.

 

L’Etat de droit est fragile, Monsieur le président de la République, car il navigue au milieu de vents contraires, à commencer par les vents sécuritaires qui menacent la démocratie quand ils prétendent l’emporter sur les vents de nos libertés.

Non, la sécurité n’est pas le premier des droits et il faut inlassablement redire que Ben Laden et l’organisation Etat islamique auront gagné leur pari de détruire la démocratie et l’Etat de droit, si le terrorisme global qu’ils ont impulsé aboutit à faire que la France, pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et coautrice de la Déclaration universelle et de la Convention européenne des droits de l’homme, renonce aux principes garantissant un droit pénal démocratique : la légalité des délits et des peines, abandonnée au profit de définitions de plus en plus imprécises qui transforment toute une population en suspects potentiels ; la garantie judiciaire, bafouée par un transfert massif de pouvoirs à l’exécutif (ministre de l’intérieur, préfets, armée) ; la notion même de « peine », remplacée par des mesures dites de sûreté, déresponsabilisantes donc déshumanisantes.

De la punition d’une faute à sa prévention puis à la prédiction de la dangerosité, ces mesures neutralisent par avance et sans limites les suspects supposés.

Fureurs sacrées

Il n’y a pas à choisir, Monsieur le président, la sécurité ou les libertés. Vous-même et votre gouvernement, sous le contrôle du nouveau Parlement, vous devez assurer l’une et l’autre, en acceptant qu’elles ne soient absolues ni l’une ni l’autre.

Quand Paul Ricœur rappelait la finitude humaine, il ne disait rien d’autre. Ce n’est pas en introduisant dans le droit de notre pays, après les réformes sécuritaires accumulées depuis la loi de novembre 2001, les principales dispositions qui accompagnent l’état d’urgence que vous vaincrez les fureurs sacrées du terrorisme radical.

Renoncer à l’état d’urgence est nécessaire et n'autorise pas à en faire notre droit commun!


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