SpaceX, symbole de la privatisation et de la militarisation de l’espace par Yann Le Pollotec*

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

SpaceX, symbole de la privatisation et de la militarisation de l’espace par Yann Le Pollotec*

Nous reprenons dans notre blog l'article ci-dessous réalisé par Yann Le Pollotec sur la privatisation et la militarisation de l'espace suite au lancement américain SpaceX publié par le web de la revue Progressistes à laquelle nous vous invitons à vous abonner en suivant le lien : https://revue-progressistes.org/sabonner-a-progressistes/

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Le lancement, samedi 30 mai, de deux astronautes par la société privée SpaceX, filiale spatiale du groupe 1 d’Elon Musk, redonnant ainsi aux États-Unis la capacité d’envoyer eux-mêmes des humains dans l’espace, marque une nouvelle étape dans la privatisation et la militarisation de l’espace.

En ce début de XXIème siècle le capitalisme étasunien s’est trouvé une nouvelle « destinée manifeste »2 avec l’espace. Ce choix stratégique avait été initié par l’administration Obama avec le Space Act autorisant les entreprises privées des États-Unis à s’emparer des ressources de l’espace, en violation des traités internationaux.

De la maîtrise du devenir de notre planète aux crises climatiques, de l’Internet des objets à la téléchirurgie, de la géolocalisation à la locomotion autonome, de l’agriculture raisonnée à l’industrie 4.0, de la biologie en microgravité à la compréhension de notre galaxie, l’avenir des progrès scientifiques, technologiques, économiques, écologiques et sociaux s’écrivent dans l’espace. Or, on est entré dans un nouvel âge spatial, où l’accès à l’espace n’est plus un monopole étatique, où des acteurs privés comme Blue Origin (Amazon) et SpaceX pratiquent un low cost spatial largement financé par les commandes du Pentagone et de la Nasa, où des constellations de centaines de minisatellites et de nanosatellites en orbite basse vont se multiplier

L’espace est devenu un enjeu stratégique majeur pour l’avenir des sociétés humaines. En effet, l’actuelle globalisation de la production et des échanges ne peut fonctionner sans les satellites de géolocalisation et de télécommunication. Des programmes européens, comme le Copernicus de surveillance de l’état de la Terre, sont déterminants pour l’avenir de l’humanité et la maîtrise de son environnement écologique. De même, l’existence de Galileo comme alternative au monopole du GPS américain est décisive pour garantir l’indépendance économique et l’autonomie stratégique de l’Europe et de la France.

Jusqu’à une période récente, l’usage militaire de l’espace se limitait à trois fonctions : le recueil de renseignements (images, écoutes…), la transmission sécurisée de données par des satellites de télécommunication, la géolocalisation et les aides à la navigation pour guider les armées et effectuer des frappes dites de précision sur l’adversaire (le GPS américain, le Glonass russe, le Beidou-2 chinois et, depuis peu, le Galileo européen).

L’usage militaire de l’espace ne jouait pas un rôle offensif direct, en dépit de diverses expérimentations d’armes antisatellites et des plans fantasmagoriques de la guerre des étoiles de Reagan.

L’espace était régi par le Traité international de 1967, complété par la Convention de 1972 sur les responsabilités pour les dommages causés par des objets spatiaux. Ce traité interdit explicitement la mise en orbite d’armes nucléaires ou de destruction massive. Il prohibe l’utilisation de la Lune et tout autre corps céleste à des fins guerrières, en proscrivant explicitement leur usage pour tester des armes quel qu’en soit le type, conduire des manœuvres militaires, établir des bases militaires, des installations ou des fortifications. De plus, le traité fait aussi défense de s’arroger des ressources extraterrestres en établissant une propriété privée.

Mais, depuis une dizaine d’années, deux camps s’opposent autour de ce traité. D’un côté, les États-Unis, les puissances européennes et le Japon qui prônent la militarisation et son ouverture à son exploitation via des concessions et un régime de propriété privée et, de l’autre, soixante-dix sept nations emmenées par la Russie et la Chine qui proposent de renforcer le Traité de 1967 par un nouveau traité, le PPWT3, qui bannirait toutes les armes de l’espace, quelle que soit leur nature, et qui prohiberait le recours à la force et à la menace d’y recourir contre des objets spatiaux, y compris avec des armes susceptibles de viser un satellite – missile ou système incapacitant, comme les lasers – depuis la Terre.

Il y a une continuité politique d’Obama à Trump, sur les enjeux spatiaux. Obama, en 2015, par le Space Act, violant le Traité de 1967, a autorisé les entreprises des États-Unis à s’emparer des ressources de l’espace. Trump, avec la création de son armée de l’espace, a officialisé la stratégie de militarisation de l’espace par les États-Unis, liée à son exploitation par les firmes capitalistes globalisées de son pays.

Historiquement, c’est en grande partie, à partir des retombées des avancées technologiques développées avec le programme Apollo que les entreprises étasuniennes ont construit leurs domination sur la révolution numérique.

Malheureusement, tel un mauvais imitateur, Macron, avec bien sûr des moyens et des objectifs plus modestes, a emboîté le pas aux États-Unis en créant une branche spatiale des armée le 14 juillet 2019.

La France est la quatrième puissance spatiale, elle est le moteur de l’Europe dans ce domaine. Mais force est de constater qu’alors que les États-Unis dépensent annuellement 40 milliards pour le spatial, l’Europe n’en investit que 7 milliards et laisse supprimer un quart des effectifs d’Arianegroup et cela avant même la crise du Covid-19.

Les États-Unis réservent aux entreprises américaines comme SpaceX tous leurs lancements institutionnels, alors que l’Europe met en concurrence Arianespace.

C’est pourquoi, face à l’enjeu stratégique de l’espace, la France et l’Europe devraient constituer un pôle public spatial européen sous la responsabilité de l’ESA et établir le monopole par Arianespace des lancements institutionnels des pays membres de l’Union européenne.

Dans le même mouvement, elle devrait renforcer sa coopération avec la Chine, la Russie et tout autre pays, pour aboutir à la signature du PPWT et à la sanctuarisation de l’espace comme un bien commun de l’humanité toute entière.

Publié dans Industries, International, PCF

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