Allemagne : la lourde addition européenne

Publié le par Pierre Ivorra

Pierre Ivorra

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La chronique 
économique de Pierre 
Ivorra. Pour avaler la RDA, l'Allemagne a bénéficié d'aides européennes massives.

Culottée la Merkel ! Pour tenir la main des électeurs grecs appelés à renouveler leur assemblée nationale elle les menace de les mettre à la porte de la zone euro. Elle en avait déjà agité la menace, notamment en mars 2013. La droite allemande et aussi des libéraux et sociaux-libéraux d’autres pays, notamment du nôtre, reprochent à ce pays de grever les ressources des européens. Tous font mine d’oublier ce que le capitalisme allemand a coûté aux peuples du continent.

Après que l’Allemagne de l’ouest a avalé tout cru l’ancienne RDA en 1989-1990, elle a bénéficié d‘aides européennes massives, des dizaines de milliards d’euros. Dans les trois années suivant cette absorption les nouveaux landers de l’est ont perçu le cinquième des aides structurelles de la communauté. En février 2001, la commissaire européenne à l’emploi et aux affaires sociales, Anna Diamantopoulou, explique que le Fonds social européen versera près de 7 milliards d’euros d’ici à 2006 afin de faciliter la restructuration de l’économie est-allemande et la mise au chômage de plusieurs centaines de milliers de salariés. Que cette dame soit grecque ne fait que souligner l’ingratitude d’Angela Merkel. Selon une publication officielle de la Commission, entre 1994 et 1999, le total des fonds structurels européens (incluant ceux du Fonds social) reçus par l’Allemagne au titre de la réunification s’est élevé à 21,8 milliards d’euros.

Mais l’addition ne s’est pas arrêtée là. Pour financer les centaines de milliards de marks et d’euros nécessités par cette mise aux normes de la rentabilité des capitaux de l’économie est-allemande, la banque centrale d’Allemagne de l’ouest s’est efforcée d’attirer les capitaux internationaux en augmentant ses taux d’intérêt. Ceux à court terme qui n'étaient que de 4,3% en 1988 ont été portés à 9,5% en 1992. La politique du mark fort est montée au zénith. Le tout sans aucune concertation avec ses partenaires européens. Tels les moutons de Panurge, ces derniers ont sauté du bateau et augmenté leurs propres taux afin que leurs monnaies restent collées au mark.

Les conséquences ont été désastreuses. En accroissant de fait le coût du capital, les partenaires européens de l’Allemagne, notamment la France, ont favorisé une baisse du coût du travail, des salaires et surtout de l’emploi. Cela a coûté à l’Europe la destruction de centaines de milliers d’emplois, cela a accru les déficits extérieurs, des coupes claires dans la dépense publique ont été effectuées. Pour autant nous ne réclamons pas le départ de l’Allemagne de la zone euro, nous tenons trop à collaborer avec son peuple.

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