Emploi et salaires au centre du conflit social chez Michelin

Publié le par Thomas Mlgault

Emploi et salaires au centre du conflit social chez Michelin
La mobilisation des salariés de l’usine de Saint-Doulchard ne faiblit pas.
 
Quatre-vingts Bibs ont de nouveau scandé leurs revendications d’embauches et salariales. Ce n'était pas le nouvel an chinois. Mais un nouveau jour de débrayage pétaradant pour une partie des salariés de l'usine Michelin de Saint-Doulchard.

Armés de leurs cinglants slogans à l'encontre de leur direction et d'une batterie de pétards hautement nuisibles aux oreilles, les Bibs ont redonné de la voix, hier, trois semaines après le début de leur mouvement de grogne et d'une vague de débrayages quotidiens.

En début d'après-midi, près de quatre-vingts salariés, des agents postés pour la plupart concernés par les revendications salariales, emmenés par l'intersyndicale CGT-FO-Sud-CFTC, ont affiché leur mécontentement en défilant de l'entrée de leur usine jusqu'à la gare.

Embauches et hausse salariale

Car rien, ou presque, n'a bougé depuis près d'un mois, selon les syndicats. Sur les 90 intérimaires et CDD, la direction n'aurait proposé la titularisation que de la moitié des agents concernés. Les syndicats réclament, eux, l'embauche de la totalité des contrats précaires. « Les contrats de travail temporaire représentent 20 % des effectifs », souligne l'intersyndicale dans cette usine, spécialisée dans la production de pneus pour avions, qui emploie près de 500 employés. Le site dolchardien profite notamment d'un accroissement d'activité avec l'équipement en pneumatiques du nouvel Airbus A350-900 de la compagnie Qatar Airways.

Mais la première revendication des Michelin en colère reste salariale. Une augmentation substantielle de 350 euros nets mensuels, voilà l'un des gros motifs d'achoppement avec leur direction. Brandissant la feuille de salaire d'un collègue, touchant 9,91 euros l'heure, soit à peine 1.400 euros nets après trente-six ans d'ancienneté, Philippe Carneiro (élu CGT) veut marquer les esprits. « La plupart d'entre nous travaillent avec des taux horaires avoisinant le Smic, c'est 200 à 400 euros de moins que chez Bridgestone ou Continental. Il y a un vrai ras-le-bol des salariés quand on voit les bénéfices de l'entreprise », peste Philippe Carneiro. Des bénéfices en baisse de 8,5 % atteignant un peu plus d'un milliard d'euros en 2014 au niveau du groupe.

Les centrales bataillent aussi pour « l'arrêt des pressions et menaces de sanctions sur les salariés » au niveau de la production, « des avertissements et des mises à pied », dénonce Éric Bellet, secrétaire de la CGT. Ce mouvement intersyndical à l'usine Michelin « est une première », constate Philippe Carneiro. « C'est le mouvement des salariés », insiste Éric Aller (CFTC). Son collègue de FO, Paulo Pereira avoue l'impuissance des syndicats à se faire entendre auprès de la direction de Bourges ou de la direction centrale de Clermont-Ferrand, « c'est un dialogue de sourds », lâche-t-il. « Les gens sont déterminés à aller jusqu'au bout pour obtenir une reconnaissance salariale », tranche Manuel Alvaro (Sud).

« C'est cette unité qui est importante »

Le mouvement social de l'usine dolchardienne a été suivi, hier, par le site Michelin de la Roche-sur-Yon et celui du Puy, avant-hier. Un mouvement, dont la reconduction a été votée à Saint-Doulchard et qui, s'il devrait s'essouffler un peu pendant les vacances d'hiver, repartira probablement de plus belle début mars, préviennent les syndicats, si aucun accord n'est trouvé avec la direction, qui n'a pas souhaité s'exprimer sur ce conflit.

« Ce qui important dans ce mouvement, c'est la solidarité de l'ensemble des travailleurs », se réjouit Éric Bellet, il y a une unité syndicale, c'est cette unité qui est importante. Nous sommes déterminés à continuer. »

Thomas Migault

Publié dans Luttes sociales

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