Areva : Ré-acteur public

Publié le par Paule Masson

Débat public organisé par l'intersyndicale avec les élus locaux. Une population attentive, inquiète et mobilisée

Débat public organisé par l'intersyndicale avec les élus locaux. Une population attentive, inquiète et mobilisée

L’éditorial de Paule Masson dans l'Humanité du 5 mars 2015 : "Depuis une semaine, Areva met en scène l’annonce de résultats catastrophiques. Mais si tout le monde a bien compris l’ampleur des pertes financières, 4,9 milliards d’euros, la feuille de route du redressement est floue."
 
Hier fleuron de l’industrie française, la filière nucléaire est aujourd’hui guettée par le naufrage.

Jusqu’à présent, toutes les réponses apportées n’ont fixé qu’un seul cap : celui de la privatisation. Nicolas Sarkozy a donné l’élan. Président de la République, il a tout fait pour enfoncer la filière dans les eaux troubles de la guerre commerciale, privilégiant la rentabilité financière à l’intérêt général.

L’État est le principal actionnaire d’Areva. Un principe doit donc dominer tous les autres : la sûreté, fondement de toute politique nucléaire, n’est pas compatible avec la dérégulation financière. Le japonais Tepco, à capitaux privés, rendu tristement célèbre par la catastrophe de la centrale de Fukushima, est là pour le rappeler : fraudes à répétition, prise de libertés irresponsables avec la sécurité des installations et débandade pendant le drame… La culture du résultat que l’on voudrait imposer à marche forcée à toute la filière énergétique française est inconciliable avec celle du risque zéro.

Depuis une semaine, Areva met en scène l’annonce de résultats catastrophiques.

Mais si tout le monde a bien compris l’ampleur des pertes financières, 4,9 milliards d’euros, la feuille de route du redressement est floue. Manuel Valls fixe comme priorité première de « restaurer la compétitivité ». Le plan stratégique évoque « l’amélioration de la productivité » (en général gagnée sur le dos des salariés), la réduction des investissements, la cession d’actifs.

Le gouvernement botte en touche sur la question essentielle, posée par les syndicats, de la recapitalisation. La novlangue du marché tient-elle lieu de projet ? Reste l’annonce d’un rapprochement avec EDF, idée de bon sens, qui soulève immédiatement une question : à quelles fins ? Créer un champion de la concurrence, qui baisse ses coûts pour aller arracher des marchés en Chine, ou construire les fondations d’un pôle énergétique national, dont le réacteur est 100 % public, rénové, démocratisé, susceptible de relever les défis d’avenir, y compris celui du réchauffement climatique ?

L’ambition mérite un grand débat démocratique car il s’agit, en somme, d’épouser la cause de l’humanité.

Publié dans Industries

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