Faute politique majeur de Valls ou connivence ?

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Le 1er ministre a des angoisses et des peurs. Le chômage et la pauvreté ne lui font pourtant pas peur!

Le 1er ministre a des angoisses et des peurs. Le chômage et la pauvreté ne lui font pourtant pas peur!

“Mon angoisse, puis-je vous parler de mon angoisse, de ma peur pour le pays? C’est le FN à 30%, pas au deuxième tour, mais au premier tour des élections départementales. J’ai peur que mon pays se fracasse sur le FN. Un FN à 30% c’est d’une extrême gravité. 

Je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen, le Front national n’apporte aucune solution », a insisté le Premier ministre. « J’en appelle à tous ceux qui sont sortis dans la rue le 11 janvier, je leur dis « allez voter! ». Ce sont les mots prononcés par Manuel Valls, dimanche 8 mars, sur Itélé et Europe 1.

Le choix de communication est limpide : dramatiser l’enjeu pour que les électeurs socialistes déçus de François Hollande viennent voter aux élections départementales. Pour cela Valls choisit l’émotion. Il parle de sa “peur”, de son “angoisse” et du “11 janvier”, moment d’émotion collective.

Dramatisation et émotion. Voilà donc la ligne du Premier ministre et du gouvernement puisque Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement a publié une note allant dans ce sens à la fondation Jean Jaurès.

Problème : cette stratégie de communication est double erreur. Sur le fond, et sur la forme.

A moins que cela soit une stratégie délibérée pour provoquer une médiatisation à outrance de l'extrêmùe droite. D'ailleurs la jeune députée de l'extrêmùe droite s'est saisi de l'occasion pour interpeler Valls à l'Assemblée et eut droit à un passage en direct sur la chaîne de TV qui retransmet des questions au gouvernement. Aussitôt Valls a répondu à fait de la pub à l'extrême droite d'une manière tellement scandaleuse que cela ne peut faire que monter le FN !

Erreur de forme d’abord.

Choisir l’émotion pour parler aux Français qui votent FN est certainement la dernière chose à faire. Non seulement, c’est la stratégie employée depuis 30 ans et c’est peu dire qu’elle n’a pas produit d’effets, mais surtout, et c’est là la plus grande erreur du Premier ministre : parler de sa “peur” et de son “angoisse” aux Français qui votent FN est comme de parler d’amitié à quelqu’un qui attend de l’amour.

Ces électeurs, ces Français des classes défavorisées et délaissés n’attendent absolument pas de connaître les peurs ou les angoisses du chef du gouvernement. Eux, ils n’ont pas peur du FN. Qu’on le veuille ou non, le FN leur parle.

Au contraire, du Premier ministre, ils attendent des solutions, des perspectives d’avenir pour qu’ils puissent espérer sortir de leur condition.

Entendre les états d’âme de celui qui est sensé les aider est au mieux inefficace, au pire, contre-productif.

Voilà pour la forme. L’émotion ne peut être la solution à tous les problèmes. Valls, ici, aurait dû choisir le registre des solutions et de l’action concrète contre le FN. Certainement pas celui de l’incantation.

D’ailleurs, Alain Juppé a eu beau jeu de déclarer : “On n’attend pas d’un Premier Ministre qu’il ait peur du FN mais qu’il incarne une alternative au FN. Ce qui n’est pas le cas. »

Sur le fond maintenant.

Evidemment, comme toujours, le problème de fond et de forme se rejoignent. Si Manuel Valls a choisi le registre de l’émotion sur la forme de sa communication, c’est bel et bien parce que sa politique pêche sur le fond et sur les solutions concrètes que ce gouvernement peut apporter pour endiguer la montée du FN. Depuis presque trois ans, le chômage n’a cessé de progresser. Depuis presque trois ans, la gauche, élue sur une orientation économique et politique (« mon ennemi c’est le monde de la finance« , « je nationaliserai Florange« , « je renégocierai le traité européen » etc…) conduit une politique qui est complètement différente accentuant encore un peu plus la défiance. Accentuant encore un peu plus l’idée d’une parole donnée pendant la campagne et perdue une fois au pouvoir. Autant d’ingrédients qui font prospérer le FN.

De même, toujours sur le fond de la question, cette stratégie de diabolisation dénoncée par de nombreux intellectuels comme Laurent Bouvet, ne fonctionne pas.

Les électeurs du FN n’ont pas « peur » de l’extrême droite. Ils ont au contraire peur du déclassement, et de l’avenir.

La vraie question de communication politique de fond qui se pose au gouvernement, à Valls, mais aussi à toute la classe politique n’est plus de stigmatiser le danger de l’extrême droite (qui est réel et potentiellement ravageur) mais de redonner du sens à la République et son idéal.

C’est urgent. Ce qui fait « peur » est justement ce cri de « peur » du Premier ministre. Comme si la peur était sa seule échappatoire ou une manière d'exprimer sa connivence !

Publié dans Elections

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