Un grand espoir pour une autre Europe

Publié le par Frédéric Boccara

Frédéric Boccara, économiste, membre de la direction nationale du PCF.

Frédéric Boccara, économiste, membre de la direction nationale du PCF.

Alors que le bras de fer avec les marchés financiers se poursuit, retrouvez le point de vue de Frédéric Boccara, économiste, commission PCF.

"La transformation de l’euro est en effet posée concrètement par le peuple grec. La dette en est un élément. Mais sur le fond, la question posée est : l’euro doit-il être un outil pour imposer l’austérité ? Est-il mis à disposition des banques pour la spéculation ? Et au service du grand patronat pour délocaliser et supprimer des emplois ? Ou doit-il être utilisé non seulement pour solutionner la dette publique et surtout pour les nouvelles dépenses, publiques et privées, nécessaires pour sortir la Grèce du marasme ? Et même dans toute l’Union européenne ?

Organiser et mener la lutte pour un autre euro, voilà l’enjeu majeur posé par les peuples de l’Europe. C’est radical : un euro émis pour développer l’emploi, les services publics et les productions écologiques, ce serait le contraire du fondement le plus étroitement capitaliste et néolibéral où la création monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) est monopolisée par le capital financier des banques et le grand patronat des multinationales pour être mise au service des profits.

Ce serait le début d’une transformation radicale en actes. Mais une transformation réaliste, à partir de ce qui existe déjà, dans les conditions de notre temps, comme le fut en son temps la Sécurité sociale, ou la nationalisation des banques à la Libération.

La Grèce a obtenu un compromis temporaire qui peut permettre d’avancer… si la pression se développe sur des propositions ! C’est en cours du côté grec. La transformation de l’euro pourrait se faire, alors, si les autres peuples et pays s’impliquent.

Transformation radicale. Car il faut changer les pouvoirs exercés sur la monnaie, les critères d’utilisation de celle-ci, mis aussi bien par les banques (la BCE ou les banques ordinaires) que par les entreprises, et les objectifs visés par la monnaie. Bref, une tout autre démocratie, ouvrant sur une autre société. La monnaie, c’est bien plus qu’un taux de change.

Transformation possible, à condition de se placer dans un processus radical et graduel de luttes réelles et de batailles d’idées. Et c’est rassembleur, comme le montrent la victoire de Syriza et l’espoir créé autour, ou comme les premiers succès de la campagne menée par le PCF : « Je rêve d’une banque qui » ou « Blockupy : contre la BCE ».

C’est réaliste avec les trois propositions : rachat des dettes publiques par la BCE sans qu’elle pose des conditions anti-sociales, création d’un fonds européen solidaire pour le développement économique, social et écologique et une tout autre, sélective, du refinancement de la BCE, proposition portée aussi bien par Syriza que par le PCF en France, Die Linke (Allemagne), Izquierda Unida (Espagne) ou par le Parti de la gauche européenne (PGE).

C’est d’autant plus réaliste qu’avec la gravité de la situation, la BCE a décidé d’injecter 1 140 milliards d’euros nouveaux. À partir de l’exigence grecque, discutons de ce que la BCE peut consacrer à chacune de ces trois composantes (dettes, fonds, sélectivité).

Face au chômage, à la désespérance et à l’extrême droite, la France devrait proposer aux autres gouvernements d’annoncer dès demain la création de ce fonds de développement européen écologique et social. Cette première étape ouvrirait la voie à la construction d’un mouvement majoritaire en Europe, pour une modification des traités, vers une refondation de la construction européenne. Il suffit même de quelques pays pour engager une coopération rapprochée en ce sens.

La victoire de Syriza en Grèce a effectivement créé un grand espoir dans toute l’Europe. Elle s’est faite sur une ligne politique « Contre l’austérité, transformer l’euro », et non en sortir. C’est cela qui crée un grand espoir et question d’une autre Europe. D’où toute la bataille médiatique des sociaux-libéraux pour prétendre que le gouvernement grec actuel se serait couché et, de l’autre, les adeptes du « tout ou rien ». Il ne resterait donc qu’à se coucher ou à tout casser, à sortir pour chercher des solutions nationalistes, de guerre économique renforcée entre pays d’Europe.

Au-delà de la solidarité nécessaire, entrons avec la Grèce dans la bataille pour un autre euro en organisant à partir des débuts actuels de mobilisation une campagne européenne de masse sur cette proposition de fonds européen pour les services publics et pour une autre action de la BCE."

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