André Chassaigne (PC) : « Pour rassembler la gauche, il faut un socle politique »

Publié le par Gazette Info

André Chassaigne président du groupe Front de Gauche au parlement

André Chassaigne président du groupe Front de Gauche au parlement

Le président du groupe Parti communiste-Front de gauche à l’Assemblée nationale n’est pas vraiment surpris par la déroute électorale de la gauche lors des dernières élections départementales. André Chassaigne, qui ne croit guère à un rassemblement de la gauche dans l’état actuel des choses, espère que les socialistes frondeurs l’emporteront au prochain congrès du Parti socialiste en juin à Poitiers…

La RATP, en se réfugiant derrière le principe de laïcité, avait fait enlever la mention « pour les chrétiens d’Orient » d’une affiche annonçant un concert des Prêtres, avant finalement de l’autoriser. Et cela a provoqué une grosse polémique. La RATP est-elle allée trop loin ?

Bien sûr. C’est une bonne chose qu’elle ait finalement décidé de changer de position, mais sa première décision était proprement scandaleuse ! Pourquoi refuser cette affiche ? On sait qu’en Orient, les chrétiens sont les victimes d’un véritable massacre organisé, essentiellement orchestré par des islamistes. Où est le problème d’annoncer un concert dont le seul but est de soutenir ces chrétiens ?

À propos du massacre des chrétiens d’Orient, on ne peut pas vraiment dire que François Hollande fasse preuve de beaucoup de compassion. Le pape François a dénoncé un silence complice de la part de l’Occident. On ne peut pas vraiment lui donner tort…

C’est vrai. En France, à chaque fois qu’il est question de religion, une forme de malaise s’installe. Il faudrait finir par clarifier les choses sur la laïcité, et dire quelles sont ses limites. Dans notre pays, il y a une émotion à géométrie variable. Soit la réaction est forte et intense, soit il y a une forme de silence, et même d’omerta. C’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à comprendre. Il y a des sujets où effectivement, on devrait avoir une réaction plus forte.

À propos des islamistes, qui sévissent dans de nombreux pays, avec des méthodes d’une barbarie inouïe, avez-vous l’impression que le monde civilisé déploie tous les moyens nécessaires pour affaiblir, sinon éradiquer, ces fanatiques ?

Sur cette question, j’ai envie de faire trois observations. Il faut d’abord analyser l’histoire récente, notamment le rôle joué par les États occidentaux pour faire tomber des régimes autoritaires, voire dictatoriaux, en Libye ou en Irak notamment. Car même si ce n’était pas le but recherché, nous ne pouvons que constater que ces régimes ont laissé la place à des situations explosives et anarchiques, où les islamistes les plus fanatiques font régner la peur et la violence.

Ensuite, il faut également s’intéresser au degré de responsabilité des pays concernés. J’insiste également sur la question de l’Iran : ce pays pourrait jouer un rôle dans la région. Enfin, il faut se demander si une intervention militaire plus massive réglerait vraiment le problème. Car je pense que c’est aussi ce que recherchent les islamistes : instrumentaliser les actions militaires de l’Occident et des pays de la région.

Revenons en France. La gauche a enregistré lors des dernières élections départementales un très lourd revers. Et depuis, Manuel Valls n’a qu’une expression à la bouche, l’union de la gauche…

D’abord, quand Manuel Valls, quand le gouvernement expliquent après cette défaite qu’elle est due à la division de la gauche, je ne suis pas d’accord. J’ai personnellement une autre lecture de la situation.

Je considère en effet que c’est l’échec de la politique menée par le chef de l’État et son gouvernement qui a provoqué la division de la gauche. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Alors, depuis le 29 mars, Manuel Valls ne parle que de rassemblement de la gauche, pour barrer la route à l’UMP et au Front national. Très bien, mais on ne rassemble pas pour rassembler ! Tout cela, c’est de la communication, des arguments et des éléments de langage, afin de justifier un échec électoral.

Vous n’y croyez donc pas ?

Dans les conditions actuelles, cela semble extrêmement difficile. Pour se rassembler, il faut un socle politique. Et si rassemblement il y a, il ne viendra certainement pas des états-majors, mais de la base, des militants. Franchement, quand j’observe le spectacle lamentable que donnent les écologistes en ce moment…

Cela vous étonne ?

Non, car c’est sans doute le parti le plus politicien de France. Un jour je quitte le gouvernement, un autre je veux y revenir… C’est tout ce que les Français honnissent. C’est à cause de tels comportements que les Français se coupent de plus en plus des politiques, qu’ils s’abstiennent plus ou moins massivement. Ils ne veulent plus de ce système d’épiciers.

Les électeurs ont largement sanctionné le gouvernement dans les urnes depuis plus d’un an. Mais les derniers sondages indiquent que les Français demandent majoritairement à l’exécutif de poursuivre son action. N’est-ce pas un raisonnement surprenant ?

Le gouvernement a une méthode que j’appelle celle de la tartine. On fait croire aux Français qu’ils ont mangé leur pain noir avec des mesures libérales et antisociales, en allant même plus loin que la droite. Le gouvernement a pris des mesures comme l’octroi aux entreprises de subventions sans contreparties, la libéralisation de l’activité ou la mise en place d’une politique de l’offre permettant aux entreprises d’augmenter leurs marges…

La droite, qui est dans son rôle, lui dit que c’est un bon début, mais qu’il faut aller plus loin, comme sur la loi Macron. Et maintenant, on va leur faire manger leur pain blanc. On va prendre d’ici à l’élection présidentielle de 2017 quelques mesurettes sociales tirées par les cheveux. C’est pour cela qu’un rassemblement de la gauche d’ici à 2017 me semble vraiment très compromis. Ou alors, par le biais d’une mobilisation populaire et syndicale, par un changement d’aiguillage au prochain congrès du Parti socialiste (PS), où les frondeurs et les opposants au gouvernement l’emporteraient.

Vous y croyez ?

Je le souhaite vraiment. Car ce gouvernement ne se comporte pas en gouvernement de gauche. Il faut que lors de ce Congrès du PS, des signaux forts soient envoyés. Moi, je suis communiste, et logiquement, je préfère une gauche qui fasse de la transformation sociale une priorité, ce qui était le fondement de la gauche française à une certaine époque. Prenons l’exemple de ce qui se passe en Grèce, mais également dans d’autres pays : l’émergence d’une gauche disons radicale fait bouger les choses…

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