Le gouvernement prêt à laisser partir Alcatel-Lucent

Publié le par Humanité

Après Alstom, Aréva, le couple Hollande-Macron va t-il abandonné les télécoms et Alcatel?

Après Alstom, Aréva, le couple Hollande-Macron va t-il abandonné les télécoms et Alcatel?

L’Etat est prêt à autoriser le rachat d’Alcatel par Nokia, 
loin des discours sur le patriotisme économique de 2013.

Pas un communiqué n’est sorti hier, de l’Élysée, après que François Hollande a rencontré les deux patrons Michel Combes, pour Alcatel, et Rajeev Siri, pour Nokia. Ces derniers avaient confirmé, quelques heures auparavant, « être en discussion sur un possible rapprochement » dans le but de donner naissance à un géant, un « Airbus des télécoms » pour reprendre les mots de Bercy, un champion européen capable, selon la presse économique, de rivaliser avec les mastodontes chinois Huawei ou encore ZTE.

Le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, n’a pas attendu la fin de la rencontre avec le président de la République pour afficher son enthousiasme vis-à-vis « de cette bonne opération pour Alcatel-Lucent (…). Une opération d’avenir », selon lui. Scandaleux !

Une ambition stratégique abandonnée

Le discours du ministre de l’Économie tranche avec celui de son prédécesseur, Arnaud Montebourg qui, en octobre 2013, déclarait que « le rebond » de l’opérateur réseau était « une nécessité pour l’industrie française ». Il fallait au moins cela pour faire avaler l’ampleur de la saignée, le sixième plan social du groupe depuis le mariage avec Lucent, le plus meurtrier aussi avec 10 000 suppressions d’emplois dont 900 en France.

Le virage industriel visant à l’origine à mettre un terme à une décennie d’échec stratégique quand, en 2006, le fleuron des télécoms, qui rimait alors avec innovation, rachetait l’américain Lucent. S’ensuivirent dix ans de déboires, de pertes de parts de marché, de chutes des investissements et de fuite des clients.

En 2012, pour éviter la cessation de paiement, le groupe va même jusqu’à hypothéquer les brevets stratégiques, voire même ceux estampillés « secret défense » du fleuron industriel français à Goldman Sachs, après un refus de financement par la Banque publique d’investissement (BPI)…

De cette ambition, il reste un décret qui soumet les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques à l’autorisation préalable des pouvoirs publics français ; les activités dans le domaine des télécoms entrent pleinement dans son champ d’application.

« Après avoir laissé General Electric piller Alstom, le gouvernement doit défendre les intérêts fondamentaux de la nation », a affirmé de son côté Jean-Luc Mélenchon, appelant à « s’opposer à la perte d’Alcatel. Et reconstruire le fleuron français des télécoms qu’Alcatel n’aurait jamais dû cesser d’être ».

Ce nouvel épisode dans la saga Alcatel pourrait cette fois mettre définitivement un terme à l’aventure française dans les télécommunications.

L’agence Bloomberg soulignait lundi que Nokia cherchait à s’assurer la bienveillance des autorités françaises, précisant que « des responsables du gouvernement travaillent avec des conseillers » sur un montage préservant des emplois de recherche et développement en France.

Un rachat qui, d’après Emmanuel Macron, n’entraînera « aucune destruction d’emplois en France. Le nombre d’emplois sera le même et même davantage. Nous avons eu tous les engagements de la part de Nokia », a-t-il assuré.

Le cours de l’action s’envole en Bourse

Une déclaration qui a toutefois laissé sceptiques les syndicats : « Ce rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia ne peut évidemment que nous inquiéter au vu des redondances, au niveau mondial, d’activités, de produits et de métiers entre les deux entreprises de plus de 50 000 salariés chacune. À ce jour, nous n’avons aucun détail sur ces discussions. »

La Bourse, elle, a en revanche réagi par un mouvement d’euphorie à la perspective du possible rapprochement entre le finlandais et le groupe franco-américain. Le cours 
d’Alcatel-Lucent a bondi de 16 % dans la journée d’hier.

Publié dans Industries

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