Loi renseignement : dépôt des pétitions aujourd'hui à Matignon

Publié le par Katerina Ryzhakova

Plus de 110 000 signatures collectées contre la loi Renseignement instaurant un état policierPlus de 110 000 signatures collectées contre la loi Renseignement instaurant un état policier

Plus de 110 000 signatures collectées contre la loi Renseignement instaurant un état policier

Loi renseignement : nous autres, tous surveillés...

Extraits de l'article de Katerina Ryzhakova

Le jeudi 9 avril 2015, Thomas Guénolé et moi avons lancé une pétition citoyenne sur Change.org contre le projet de Loi Renseignement. 

A ce jour notre appel a été signé par plus de 110.000 personnes.

Aujourd'hui mardi 28 avril, nous déposerons solennellement à l'Hôtel Matignon, à l'attention du Premier ministre, le texte de la pétition ainsi que ses plus de 110.000 signatures.

Les principaux opposants au projet de Loi Renseignement l'ont beaucoup comparé à un Big Brother français. Nous inclus.

"Le seul moyen de délivrer l'homme du crime, c'est de le délivrer de la liberté". Cette phrase lapidaire du livre de Zamiatine résume hélas assez bien la philosophie du gouvernement de Manuel Valls. Aux termes de ce projet de loi, des boîtes noires devront par exemple être installées sur les tuyaux de l'Internet français, pour aspirer indistinctement tout ce qui y circule et ne faire le tri qu'a posteriori. C'est la définition même d'une surveillance généralisée. Pire encore : les services secrets, tombant dans leurs enquêtes sur des choses illégales sans aucun rapport avec l'objet de leur investigation, auront obligation de transmettre le tout au procureur. C'est la définition même de pleins pouvoirs d'enquête policière sans aucun contrôle du juge ex ante. Du reste, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, n'a-t-il pas expliqué à l'Assemblée que "la vie privée n'est pas une liberté" ?

...Nous autres, toujours. De fait, qui peut être assez naïf pour croire aux supposées garanties affichées par MM. Valls et Cazeneuve ? Un examen attentif du projet de loi suffit à constater que ces prétendus garde-fous sont chimériques. Une commission de contrôle dont l'avis n'est que consultatif n'est pas une protection réelle. Un pouvoir policier ayant pour seuls verrous les autorisations de sa hiérarchie n'est pas un pouvoir réellement encadré. Le droit pour un citoyen de saisir le Conseil d'Etat, mais en prouvant un "intérêt direct et personnel" qu'il ne pourra par définition pas prouver pour des opérations secrètes, n'est pas un droit réel. En revanche, les pouvoirs intrusifs que ce projet de loi veut légaliser sont, eux, tout à fait réels.

Les opposants à ce projet de loi proviennent de tous bords politiques : gauche, droite, extrême gauche, extrême droite... Ils proviennent également de toutes sortes d'univers socioprofessionnels : des ONG militantes des libertés numériques telles que la Quadrature du Net ; des ONG plus largement militantes des droits de l'Homme telles qu'Amnesty ou Reporters sans frontières ; des institutions telles que le Défenseur des droits ou la CNIL ; les médias en ligne spécialisés dans le numérique tels que Next INpact ou Numerama ; des entreprises comme le collectif "Ni Pigeons Ni Espions"; la nouvelle génération de médias pureplayer tels que Mediapart, Slate.fr ou ...Huffington Post ; les grands médias mainstream tels que Le Monde, Libération, etc. ; la communauté geek au sens le plus large et le plus diversifié ; et bien sûr, les plus de 110.000 signataires de notre pétition dans toute la diversité de leurs profils.

Une telle diversité des sources d'opposition à ce projet de loi devrait, en soi, conduire le gouvernement à se remettre en question. Pour l'instant, il n'en est rien. Le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur s'ingénient même à dépeindre systématiquement cette opposition, au mieux, comme des gens mal informés qui n'ont pas compris les enjeux, et au pire, comme des imbéciles irresponsables qui mettent en danger la sécurité nationale. Ils refusent ne serait-ce que de débattre avec les opposants, et ils assènent en boucle leurs arguments d'autorité. Bref, pour citer à nouveau Nous autres, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve se comportent comme si pour eux, "l'homo sapiens ne devient homme, au sens plein du mot, que lorsqu'il n'y a plus de points d'interrogation dans sa grammaire, mais uniquement des points d'exclamation".

Au contraire, tous les citoyens soucieux de l'équilibre entre les libertés fondamentales et l'enjeu de notre sécurité collective doivent répondre aux points d'exclamation péremptoires de MM. Valls et Cazeneuve par un point d'interrogation simple et direct : "Qui nous protègera contre ceux qui nous protègent ?".

Publié dans Politique nationale

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