Un évènement considérable, la création de la BAII

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Un évènement considérable, la création de la BAII

La bataille pour la domination de l'économie mondiale siècle fait rage. La Chine vient de marquer des points.

Ce n'est pas, ou pas seulement, une affaire de produit intérieur brut. C'est plus important. Il s'agit de savoir qui édictera les normes, les standards, les pratiques économiques du monde entier dans les années à venir.

Ainsi cette semaine Pékin remporte un beau succès. Contre la volonté de Washington, elle a créé et vient d'imposer une nouvelle institution multilatérale, la Banque Asiatique d'Investissements en Infrastructures (BAII). Elle avait fixé au 31 mars l'échéance finale pour participer au capital de la BAII en tant que membre fondateur.

A cette date, près d'une quarantaine de pays – du Brésil à la Russie, en passant par l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, le Danemark – ont répondu " présent ".

Cette banque est destinée à financer des grands projets d'infrastructures en Asie. La région Asie-Pacifique prenant un poids croissant dans l'économie mondiale. Elle témoigne de la nouvelle répartition de la richesse sur la planète : la croissance, aujourd'hui vient d'abord d'Asie.

La BAII entre en concurrence directe avec la Banque mondiale, l'un des piliers de l'ordre ancien, celui fixé par les Etats-Unis lors des accords dits de Bretton Woods, en 1944. Conclus dans cette ville du New Hampshire, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ces accords reflétaient l'influence alors prépondérante de l'Amérique. Au fil des années, cette prépondérance était devenue l'hégémonie du dollar dans tous les échanges internationaux, un  dollar devenu un outil de domination.

Voilà pourquoi cette date du 31 mars est l'une de celles qui marquent l'entrée dans une nouvelle ère. Les Chinois estiment qu'il y avait besoin de s'émaniciper de cette domination d'auatnt que les structures de Bretton Woods – la Banque et le Fonds monétaire international (FMI) – ne tiennent pas assez compte du poids de l'Asie dans l'économie mondiale.

La BAII est aussi l'incarnation de la volonté de la Chine de prendre sa place sur la scène internationale et notamment de contribuer au développement de la zone Asie-Pacifique que rien ne justifie qu'elle reste sous la domination des USA si ce n'est la volonté de ces derneirs d'imposer leur domination et donc leurs choix.

La BAII vient aussi sur le terrain d'une autre banque régionale, la Banque asiatique de développement (BAD), dominée par le Japon, l'allié de l'Amérique dans cette partie du monde.

Seuls trois sièges sur vingt sont réservés aux pays non asiatiques au conseil d'administration de la BAII. Pour autant, les Européens ont bien raison d'y participer : c'est dans ces nouveaux lieux de pouvoir que l'on va définir une partie des normes de l'économie du siècle.

On ne s'étonnera pas que la Grande-Bretagne ait été, derrière le Luxembourg, parmi les premiers pays européens à l'avoir compris, quitte à fâcher le grand ami américain.

On ne s'étonnera pas non plus, hélas, que la zone euro n'ait pas réagi en tant que telle, ni saisi l'occasion d'afficher sa singularité. Les Etats-Unis sont mauvais joueurs. Ils ne peuvent à la fois réclamer une implication plus avancée de la Chine dans la " gouvernance " mondiale et refuser, comme le fait le Congrès à Washington, d'aménager l'ordre de Bretton Woods pour tenir compte de la puissance de l'Asie. Ils restent accrocher à la dolmination du dollar quoiqu'il arrive par ailleurs.

La BAII devrait permettre de nouvelles relations notamment des coopérations visant le développement. Elle pourra peut -être jouer un rôle positif pour combattre la spéculation et générer d'autres pratiques d'utilisation des richesses et de l'argent à l'échelle mondiale.

Publié dans International

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