Décès de l'ancienne résistante et maire PCF de Bègles Simone Rossignol

Publié le par Humanité

Bègles, 2 juillet 2014. De la libération, Simone Rossignol garde intact le sens de la transmission des idées. Photo : Loïc Le Loët

Bègles, 2 juillet 2014. De la libération, Simone Rossignol garde intact le sens de la transmission des idées. Photo : Loïc Le Loët

Simone Rossignol, ancienne résistante et ancienne maire communiste pendant 23 ans de Bègles (Gironde), est décédée samedi à l'âge de 96 ans. Retrouvez son portrait paru dans l'Humanité en août dernier réalisé pour la série d'été "La Libération par ceux qui l'ont vécue".

 

Conseillère municipale dès la Libération en 1945, puis maire de cette ville ouvrière de l’agglomération bordelaise de 1971 à 1984, Simone Rossignol fut une femme pionnière en politique, engagée initialement à l’Union des Femmes Françaises (devenue Femmes solidaires). Simone Rossignol, a rappelé le PCF-Gironde dans un communiqué (voir ci-dessous), fut la première femme maire de l’agglomération bordelaise, participant à la reconstruction d’une commune très marquée par la guerre, notamment par une politique active d’équipements, sociaux, culturels et sportifs.

Le portrait réalisé par Vincent Bordas, paru dans l'Humanité du 13 août 2014 :

Sur les coteaux de la Dordogne, 
Simone Rossignol voyait Bordeaux s’enflammer

La Libération ? Simone Rossignol balaie l’évocation d’un revers de main : « C’est bien simple, je n’étais pas là. » Fermez le ban. Il faut insister un peu pour apprendre qu’avec sa sœur Paulette, l’ancienne maire de Bègles était en quelque sorte aux ­premières loges pour assister à la libération de Bordeaux. « Non, je n’étais pas là, insiste-t-elle, j’étais partie en Dordogne avec Paulette. »

Sans nouvelles de sa fille depuis plusieurs jours, elle avait enfourché son vélo pour parcourir avec sa sœur les 120 km qui séparent la banlieue bordelaise de son village près de Bergerac. Sur la route, elles croisent les maquisards du groupe Soleil, prennent des renseignements et se font héberger pour la nuit. « Toute la nuit, ça pétaradait le long de la Dordogne, ça se battait tout près de là. »

Enfin, arrivées chez la grand-mère, elles retrouvent la petite Nicole et assistent médusées à l’embrasement de Bordeaux. « Notre village est perché sur les coteaux de la Dordogne et, le soir, on a vu un grand rougeoiement au-dessus de la ville, c’était impressionnant. »

Elle aime raconter les choses ainsi, cette nonagénaire souriante. Comme si elle avait assisté aux événements de l’extérieur, presque spectatrice. Pourtant, quand elle rentre de son escapade à bicyclette, c’est bien dans son salon, le même qu’aujourd’hui, autour de cette même table, que se tient la première réunion de section du PCF de Bègles d’après l’Occupation.

L’initiateur de cette réunion, c’était son père, libéré depuis le 1er mai du camp de Mérignac, où le préfet Alippe l’avait fait interner deux ans plus tôt. En février 1940, c’était son frère Jo qui avait été arrêté par la police française. « Parce que certains avaient peut-être été bavards, avance-t-elle. Certes, mon père était militant communiste, mais dans son entreprise. À Bègles, il était surtout connu comme président d’un club de sport. Ce qui fait que, quand ils sont venus, l’un des flics m’a dit : “Je n’imaginais pas venir dans cette maison.”

Pas plus donc qu’il n’imaginait que les tracts de la Jeunesse communiste étaient tapés dans la pièce même où il se trouvait. Un autre flic a soulevé la housse de la machine à écrire… “On voit qu’il y a des dactylos ici…” Il y avait encore le stencil de l’Avant-Garde sur le rouleau. Mais il a rabaissé aussitôt la housse et n’a rien vu. »

Elle prend rapidement des responsabilités 
à l’Union des femmes françaises

Autant dire qu’après cet épisode, les camarades béglais demandèrent à Simone de se faire discrète… De temps en temps, elle payait ses cotisations au PCF grâce à son travail de secrétaire de direction. Mais ce n’est qu’à cette réunion, au retour de la Dordogne, qu’elle remplit ­officiellement sa carte.

Jo, lui, ne rentrera de Sachsenhausen qu’en juin 1945 avec ce « regard perdu » dont elle se souvient encore, sur le quai de la gare Saint-Jean.

En 1944, donc, quand les drapeaux tricolores fleurissaient sur les portails du quartier, la maison Rossignol reste vierge : « Il manque quelqu’un dans cette maison », ­répondait froidement son père aux voisins un peu trop enjoués. Entre-temps, le camp de Mérignac, où 
256 femmes et hommes avaient été fusillés et d’où tant d’autres furent transférés vers les camps de concentration, avait été libéré. « Mon père y était allé, de peur que les Allemands ne fusillent en masse avant leur départ. C’est comme ça que des camarades de région parisienne ont été hébergés dans le quartier. Chez nous, il y avait Odette Nilès, qui avait été transférée de Châteaubriant. Et une autre camarade, Jacky, qui était agent de liaison, transportait des tracts et des armes. »

Des rencontres déterminantes qui confirment à Simone la nécessité de faire ­reconnaître et vivre l’engagement des femmes dans le combat politique. Raison pour laquelle, après avoir reconstitué le syndicat et la cellule du Parti dans son entreprise, elle prend rapidement des responsabilités à l’Union des femmes françaises (UFF).

« Puisque j’étais secrétaire de direction, les camarades m’ont demandé de ne pas représenter le ­personnel. Je ne l’ai pas toujours bien vécu parce que j’étais quand même celle qui avait remonté le syndicat dans cette entreprise ; j’avais même obtenu du patron la mise en place d’une délégation du personnel. Mais mes engagements dans la ville ont fini par me faire relativiser ces petits ressentiments. »

D’autant qu’avec l’UFF, elle retrouve le souci de faire vivre la solidarité et la joie de côtoyer des femmes qu’elle admire. À l’image de Geneviève ­Duhourquet : « Son fils Serge était tombé sous les balles nazies à peine un mois plus tôt ; elle a assisté à ses obsèques alors que son mari, René, n’était toujours pas rentré de déportation et elle organisait avec nous la solidarité pour les familles de fusillés. Quel courage ! »

Vingt-cinq ans plus tard, le même René passait le flambeau de maire de Bègles à Simone Rossignol, qui deviendrait ainsi la première femme maire de l’agglomération bordelaise. Un parcours pour lequel, comme en 1944, elle ne s’est pas contentée de contempler la ville depuis les coteaux de la Dordogne.

Portrait réalisé par Vincent Bordas

Publié dans La Résistance

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