Réforme du collège. « Avec cette faute, l’exécutif s’est discrédité »

Publié le par Humanité

Frédérique Rolet

Frédérique Rolet

La parution au Journal officiel, hier, des décrets instaurant la réforme du collège, est vécue comme un coup de force par les enseignants opposés au projet. Le Snes a déposé un nouveau préavis de grève. Entretien avec sa secrétaire générale, Frédérique Rolet.
 
La publication, hier matin, des décrets sur la réforme du collège, au lendemain même de la journée de mobilisation des enseignants, provoque incompréhension et colère. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a dénoncé « une forme de mépris ». Et l’intersyndicale opposée au texte se retrouve ce matin pour déterminer les suites du mouvement. Le Snes-FSU a d’ores et déjà déposé un préavis de grève pour le mois de juin et prévoit des actions en marge du brevet des collèges. Entretien avec sa secrétaire générale, Frédérique Rolet.

Pourquoi qualifiez-vous la publication du décret de « faute politique » ?

Frédérique Rolet Le premier ministre, qui semble avoir pris cette initiative, fait une démonstration de force à l’éducation nationale comme il l’a fait pour la loi Macron. C’est une faute politique. Au début du quinquennat, nous avions reçu l’assurance qu’il serait redonné du souffle au système éducatif après cinq années de suppressions de postes. Avec les parents, les associations, les profs, nous avions discuté de la loi de refondation. Nous avions redéfini un socle de connaissances conforme à la culture commune nécessaire aux jeunes générations du XXIe siècle. Restait posée la question de la réforme et des moyens du collège pour qu’il remplisse mieux ses missions, notamment en matière d’égalité. Ces enjeux qui engagent l’avenir justifiaient de réfléchir posément aux dispositifs les plus efficaces, aux moyens des équipes, à la formation. Cela aurait supposé des discussions, de l’écoute. On est passé à côté. Le gouvernement s’en trouve discrédité.

Najat Vallaud-Belkacem promet de discuter des modalités d’application de la réforme. Vous y êtes favorable ?

Frédérique Rolet La ministre aurait pu s’en tenir à la publication du décret qui précise le cadre de la réforme, dans les limites de ce que contient la loi de refondation, mais l’arrêté publié au Journal officiel va plus loin. Il officialise une organisation du collège. Celle dont les enseignants considèrent qu’elle va accroître les inégalités entre établissements, entre disciplines, entre élèves, et qui réduit le temps consacré au travail pédagogique. Les profs sont favorables à une réforme, mais pour aider tous les élèves, pas seulement une élite. Nous n’accepterons pas de discuter de l’application de dispositifs contraires à ce que nous croyons juste.

Quelles suites comptez-vous donner à votre mouvement ?

Frédérique Rolet Dans les salles des professeurs la déception est grande. Les collègues espéraient une autre attitude du gouvernement et beaucoup ont l’intention de le faire savoir au président de la République, au premier ministre et à la ministre. Des établissements envisagent de poursuivre la grève, parfois soutenus par les parents d’élèves. Il est également possible, sans mettre en péril le brevet des collèges, que les enseignants qui surveillent les épreuves soient en grève le jour de l’examen.

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