Air France, qui sont les vrais coupables des violences !

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Les photographes toujours présents au bon moment pour prendre la photo de l'adjoint du DRH à la chemise abimée

Les photographes toujours présents au bon moment pour prendre la photo de l'adjoint du DRH à la chemise abimée

Depuis 48 heures, on assiste à un déferlement de haine dans les grands médias à l'encontre des salariés d'Air France, des pilotes et de leurs syndicats.

La direction d'Air France veut supprimer plusieurs lignes et plusieurs milliers d'emplois, allonger le temps de travail des pilotes voire réduire leur salaire et pourtant ces journalistes libéraux comme ce Calvi dans "C' en l'air" qui n'écoute aucun argument, s'acharnent avec haine à l'encontre de celles et ceux qui résistent à une telle violence sociale de la part de la direction.

La direction et le 1er ministre ont donné le ton en traitant les salariés en colère de "voyous" et en promettant des sanctions lourdes.

Aussitôt suivis par "Les extrémistes d'Air France vont-ils tuer la compagnie ? » titrait hier sans nuance le Figaro. Syndicats « intransigeants » et « employés hostiles » seraient responsables de la dégradation de la compagnie aérienne, de sa santé financière. Pire, les cadres d'Air France, qui voulaient tout simplement annoncer aux salariés la fermeture de lignes et la suppression de 2 900 postes avec des licenciements à la clé, seraient tombés dans un « guet-apens » lors du comité central d'entreprise. « Air France, la honte », a éditorialisé en une la Croix, rappelant « l'arrachage » des vêtements du DRH et du responsable des long-courriers de la compagnie lors de l'incursion de salariés pendant la réunion.

Depuis hier, le compte rendu du CCE d'Air France s'est résumé à des chemises déchirées, une déferlante de condamnations politiques de tous bords.  Dans ce climat délétère, l'abominable Sarkozy ne s'est pas privé d'ajouter sa dose de démagogie en parlant de « chienlit », c'est vrai qu'il en connait quelque chose sur la "chienlit" ce sinistre personnage.

Oubliés la succession de plans sociaux et les efforts des salariés de la compagnie depuis quatre ans. Effacées les questions qu'il aurait été utile de poser sur la mauvaise gestion de l'entreprise ou le renoncement à l'investissement dans un secteur pourtant en croissance.

Depuis lundi,  tous les syndicats ont condamnés les violences exercées lors du Comité Central d'Entreprise d'Air France. Et pourtant la plupart des médias libéraux et beaucoup d'hommes politiques ont transformé cet évènement particulier en un symbole qui résumerait les difficultés du dialoge social en France.

Ils n'ont pas utilisé cette démesure et ne se sont pas indignés lorsque la FNSEA et les bonnets rouges, branches armées du Medef, ont bloqué les routes, mis le feu à des préfectures, cassé des portiques ... Ceux là n'ont pas été inquiétés car ils détiennent le droit de saccager l'environnement et de produire de la nourriture frelatée à bas coûts, mettant à mal les petites exploitations. Aucune sanctions contre eux. Mais lorsque des salariés usés, exaspérés et excédés à force de ne pas être écoutés font un écart (une chemise déchirée), haro sur eux.

Comme le précise le secrétaire général de la CGT "Il y a une exaspération forte qui devrait inquiéter les pouvoirs politiques plutôt que de jeter de l'huile sur le feu". "Des gestes" comme ceux survenus à Air France "doivent être un signal d'alerte", a-t-il dit. Selon lui, "le Premier ministre souffle sur les braises et la droite souffle encore plus".

Philippe Martinez aurait "préféré" que Manuel Valls "apporte son soutien aux 3.000 salariés qui sont menacés de licenciements" et que "l'Etat prenne ses responsabilités". "Le gouvernement doit intervenir dans une entreprise où il a une part importante du capital", a-t-il estimé. L'Etat détient 17% du capital d'Air France.

Rappelant que la CGT organise avec d'autres syndicats une journée d'action unitaire jeudi, Philippe Martinez a affirmé que "si ces mobilisations ne sont pas entendues, l'exaspération et la colère montent et les syndicats ne sont pas là pour jouer les pompiers de service".

Au delà de cet évènement, la question de fond posée à notre pays est bien celle du devenir d'Air France. C'est sur cette question de fond que le gouvernement refuse de débattre si ce n'est pour ressasser les mêmes dogmes éculés comme vient de le faire le ministre Leroux en affirmant que "l'état n'avait pas à intervenir dans la gestion d'Air France" !

La Présidente communiste du groupe CRC au Sénat vient d'exprimer son désaccord en répondant : " Ne croyez-vous pas qu'il est temps d'avoir un mot pour ces milliers de drames humains, ces miliers de violences infligées par des décideurs qui ne servent pas l'intérêt national, mais celui des actionnaires privés."

Mais réfléchissons, au fond tout ce battage politico-médiatique pour la chemise déchirée de l'adjoint du DRH, ne vise t-il pas à mettre un arbre pour mieux cacher la forêt : la direction et le pouvoir n'ont-ils pas déjà programmé la fin d'Air France et ne sont-ils pas prêts à céder notre compagnie nationale publique à la concurrence privée?

Chacun sait bien qu'en période de "crise", celle-ci sert de justificatif aux grandes restructurations capitalistiques et financières, et l'on sait bien aussi qu'en même temps l'Europe pousse aux privatisations pour payer une dette qui enrichit les banquiers.

Nettoyer Air France, lui faire cracher du casch en quantité et rapidement pour rendre la compagnie présentable aux groupes privés, n'est ce pas cela que François Hollande qualifie "d'attractivité de la France", n'est ce pas le dessin qu'il poursuit ?

Alors, direction et pouvoir n'ont-ils pas trouvé les bouc-émissaires qu'ils jetent en pâture à l'opinion afin qu'elle passe à côté de la gravité et de l'irresponsabilité d'un nouveau bradage de nos atouts nationaux, laissant ainsi le champ libre au démantèlement de la France et à la vente de ses services publics aux groupes mondiaux privés dont les actionnaires sont affamés de dividendes?

Il est vrai qu'après les scandales d'Alstom, d'Aréva et des lignes ferroviaires fermées pour y mettre des bus, cela serait énorme à faire avaler et serait une nouvelle raison pour faire exploser la terrible colère qui bout dans les entreprises, les villes et villages du pays.

 

Publié dans Luttes sociales

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