Le Portugal va-t-il tourner la page des années Troïka?

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Le Portugal va-t-il tourner la page des années Troïka?

Appelé en six ans à sauver six banques, le peuple portugais est saigné à blanc.

La fin du programme d’ajustement en mai 2014, censé rééquilibrer les finances publiques du pays mises à mal par les sauvetages des banques et la spéculation des marchés financiers dans le sillage de la crise financière internationale, n’a pas sonné la fin de l’austérité imposée à l’une des populations les plus pauvres de la zone euro et de l’UE.

En quatre ans, le PIB a reculé quinze ans en arrière, tandis que le flux migratoire est comparable à celui survenu à l’ère de la dictature et de la guerre coloniale, le taux de chômage est de 25% et frappe de façon inquiètante les jeunes, la chute des revenus moyens dans la fonction publique est de 22% et ceux du secteur privé de 11%, les retraités ont perdu 25% de leurs revenus, la pauvreté et l’exclusion frappent plus de 1/5 de la population.

Comment ca t-elle voter ce dimanche 4 octobre prochain pour élire un nouveau Parlement ?

Les sondages donnent gagnants les deux partis de la coalition de droite actuellement au pouvoir qui concourent ensemble à ces élections, ceux-là même qui ont géré le Mémorandum imposé par les institutions européennes et du FMI en mai 2011, et accepté par l’ensemble des partis qui, depuis 40 ans, se partagent le pouvoir au Portugal.

Le gouvernement fait valoir qu’il y a quatre ans, il a accédé au pouvoir dans un pays que le Parti socialiste avait mené au bord de la faillite, et qu’il pu ramener, grâce aux sacrifices de la population, sur la voie du redressement avec une croissance projetée du PIB à 1,7% cette année.

Ce faisant, il fait l’impasse sur les effets dévastateurs de la crise financière sur ce pays périphérique qu’une insertion dysfonctionnelle dans la zone euro avait déjà condamné à une décennie de quasi-stagnation économique ; il se garde également de comparer la croissance actuelle à la décroissance des années de la troïka (-6%), l’amélioration toute relative des soldes extérieurs à la forte contraction du marché interne et, enfin, la baisse du chômage à l’émigration d’un demi million de personnes et la création d’emplois précaires.

Cependant, si tous les sacrifices imposés au peuple portugais ont eu comme prétexte l’assainissement des finances publiques du pays, le gouvernement actuel ne peut pas se targuer d’y être parvenu. Malgré des privatisations massives, allant bien au-delà du Mémorandum et ayant soustrait aux leviers de la politique économique des secteurs stratégiques de l’économie, le déficit public de 2014 s’affiche à 7,2% du PIB, soit son niveau de 2011, et la dette publique dépasse les 130% du PIB, soit 30 points au-dessus du niveau qui était le sien lors de l’arrivée de la Troïka. C'est la même spirale du déclin observé en Grèce avant la venue de Syrisa.

Par ailleurs, les mensonges du gouvernement ne cessent de faire surface : depuis la dissimulation de pertes pour ne pas aggraver le déficit de 2012, jusqu’aux tentatives pour retarder la publication des statistiques de l’émigration de 2014, en passant par le report de la vente du Novo Banco – créé à la suite de l’effondrement en août dernier de la deuxième banque privée du pays – afin de cacher l’inévitabilité de la contribution des citoyens aux pertes qui en découleront, la liste ne cesse de s’allonger.

Dans ces circonstances, pourquoi les sondages donnent-ils une avance significative à la coalition de droite, même si elle atteint des minimums historiques, face au parti socialiste ?

La réponse est peut-être dans les sondages eux-mêmes que beaucoup croient truqués, mais elle l’est certainement pour une part non négligeable dans le peu de conviction d’un parti socialiste qui, passé à l’opposition après avoir signé le Mémorandum, a patiquement voté tous les projets présentés par la droite et dont la teneur néo-libérale économique du programme ne fait aucun doute. La preuve : un banquier portugais vient de déclarer que quel que soit le gagnant de ces élections, cela ne changera rien pour les entreprises.

Et il est permis de croire que face à la croyance de l’absence d’alternative, beaucoup d’électeurs préféreront l’original à la copie. Cependant, la surprise peut venir de la gauche radicale.

Comme en France ou ailleurs, celle-ci  est diabolisée et présentée comme irréaliste et susceptible de mener le pays au chaos. Malgrè cette campagne de dénigrement la gauche radicale parlementaire, a tenu tête au gouvernement pendant quatre ans en refusant l'austérité,  avec l’alliance du Parti communiste et des Verts, et le Bloco de Esquerda, elle pourrait rebondir et atteindre un score proche de 20%.

Ce dimanche en tout cas, face à l’absence d’une majorité absolue, le score de la gauche radicale pourrait faire la différence.

Publié dans Europe

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