Face à Bruxelles, les salariés d'EDF font barrage

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Face à Bruxelles, les salariés d'EDF font barrage

Les syndicats CGT, CFDT et CGC d'EDF unité production Centre ont procédé à une nouvelle journée d'action, début décembre, pour défendre la production d'énergie hydraulique.

Un peu plus d'un mois après une mobilisation historique (1), les salariés de l'unité production Centre d'EDF sont de nouveau montés au créneau afin de réaffirmer leur opposition à la perspective d'ouverture du marché de l'énergie hydraulique à la concurrence, comme l'a réclamé, de façon comminatoire, la commission européenne à l'État.

Par l'intermédiaire d'une mise en demeure adressée le 22 octobre à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, l'instance a souligné que les mesures prises par les autorités françaises pour attribuer et maintenir au bénéfice d'EDF l'essentiel des concessions hydroélectriques du pays étaient «incompatibles avec l'article 106, paragraphe 1er du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, lu en combinaison avec l'article 102».

Pire : en plus de contraindre Paris à une ouverture du marché, Bruxelles pourrait aller jusqu'à demander à ce qu'EDF soit interdit de répondre à l'appel d'offres.

Action nationale

Face à cette menace, les employés ont procédé à une interruption de la production hydroélectrique à l'échelle nationale. La séquence a débuté dans les Alpes et s'est prolongée en d'autres endroits du territoire, dont l'Aveyron, où la centrale de Brommat a été mise à l'arrêt pendant plusieurs heures.

«Le but de notre action est de montrer ce que cette source d'énergie représente à l'échelle du pays, explique Laurent Duplessis, délégué CGT de l'unité production Centre. à 8 h du matin, 10 500 mégawatts avaient été retirés du réseau. L'impact a été important et sa compensation a représenté un coût conséquent, notamment à cause du fait qu'il a fallu importer de l'énergie.»

Un contexte particulier

«Nous demandons que les concessions qui permettent à EDF d'exploiter les barrages soient prolongées et passent de soixante-quinze à quatre-vingt-dix-neuf ans, afin de pouvoir continuer à mettre en place un plan d'investissements et de maintenance», annonce Laurent Duplessis, qui, alors que la Cop 21 se déroule actuellement, a d'autant plus de mal à comprendre que le gouvernement ne défende pas davantage l'hydroélectricité, qui relève quasiment de la panacée compte tenu de ses atouts (lire par ailleurs) et de son absence de dépendance vis-à-vis des variations climatiques, à l'inverse des énergies éolienne ou solaire.

«Nous avons déjà rappelé que dans le contexte de la conférence mondiale sur le climat, il serait aberrant de fragiliser cette source d'énergie renouvelable qui ne pollue pas et coûte très peu cher en ouvrant son marché à la concurrence, indique-t-il. Il faut de la cohérence mais on peut s'interroger quand on voit qu'Emmanuel Macron (le ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique) choisit de mettre en place des lignes de bus au lieu de privilégier le rail. Quand on sait qu'un tiers des gaz à effets de serre émis dans le pays le sont par le secteur des transports routiers, on peut se demander ce que l'on doit penser.

Il n'y a pas de vision globale des choses. On parle beaucoup, par exemple, de l'éolien, mais il faut réfléchir selon un mix énergétique, se demander quels sont nos besoins et quels outils de production permettent d'y répondre. C'est pour ça que la CGT défend l'idée de la création d'un pôle public de l'énergie rassemblant EDF, Engie, Total pour la branche de l'énergie fossile et Areva pour celle du nucléaire.»

«Maintenir la pression»

Craignant pour la pérennité de leur emploi, les membres du personnel d'EDF travaillant dans les barrages sont déterminés à «maintenir la pression jusqu'au bout», pour reprendre les termes du représentant de la CGT. «Nous allons continuer à mener la bataille en faveur du service public et pour éviter de s'engager dans la voie la plus défavorable, a conclu l'intéressé.

Si un changement de concessionnaire intervient, nous n'avons aucune garantie que tous les salariés soient conservés. De plus, si l'on regarde d'un peu plus près la démarche de Bruxelles, on se rend compte qu'elle est fondée sur un prétexte. La commission souhaite briser le monopole d'EDF mais même si on retire à l'entreprise le marché de l'énergie hydraulique, on ne brise en aucun cas sa mainmise sur le marché global.»

(1) : La grève du 4 novembre avait été suivie par 75 à 80 % du personnel. « Il faut remonter aux années 1990 pour avoir un taux pareil dans le cadre d'une défense de la production hydraulique », a souligné Laurent Duplessis.

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