PS, l'hémoragie se poursuit. Elle témoigne "Sans carte mais pas sans boussole"

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

PS, l'hémoragie se poursuit. Elle témoigne "Sans carte mais pas sans boussole"

Tout d’abord, au vu de la date de ce billet, je me permets de vous souhaiter ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, une excellente année 2016.

Après l’année 2015 que nous avons vécue, collectivement en tout cas, je suis tentée de dire que 2016 ne peut être que meilleur. Essayons en tout cas de rester optimistes.

On a commencé 2015 avec Charlie Hebdo, on l’a terminé avec Paris. Le monde de l’escalade a été endeuillé plusieurs fois, ayant perdu Philippe Ligerot en début d’année et Rémi Bergasse et John Ellison à la fin. La communauté éducative à l’Arbresle n’a pas été épargnée, le décès du jeune Eitan d’une méningite juste avant la trêve nous a profondément secoués. Le tout sur fond de guerre en Syrie, de réfugiés (je me refuse à utiliser le terme migrants), d’économie morose.

La situation est difficile. Mais au lieu de tirer tous ensemble pour que cela aille mieux, on se tire dessus. Les discours des uns et des autres sur les réfugiés me sidèrent. Parce que pour certains, mettre femme et enfants dans un bateau surpeuplé au risque de se noyer en Méditerranée, c’est presque partir en croisière, on le fait par caprice quoi, et pas du tout parce qu’il ne reste plus rien de sa ville. Parce que pour d’autres, l’image de réfugiés avec smartphone suffit pour dire qu’ils n’ont pas besoin de notre aide. Parce que pour d’autres encore, on ne peut rien donner, on ne peut recevoir personne, on n’en a pas assez pour nous.

Pire, nous autres qui prônons la solidarité envers ces réfugiés, serions naïfs au point de ne pas voir que c’est une armée qu’on nous envoie, que parmi les réfugiés il y a des terroristes qui profitent de la situation pour venir s’installer chez nous. On ne parle plus d’hommes d’âge actif, mais d’hommes d’âge militaire…

Je ne vais pas m’éterniser là-dessus car ce n’est pas mon propos aujourd’hui, mais permettez-moi quand même de dire que si j’étais un chef islamiste, et que je devais envoyer ‘mes’ soldats quelque part, je pense que je trouverais moins cher et plus sûr que via des passeurs et quelques frêles embarcations.

Et au milieu de tout ça, que fait notre gouvernement, que fait François Hollande ?

On déclare un état d’urgence (OK) qu’on prolonge de 3 mois pratiquement tout de suite (pas OK), et on profite pour pincer quelques militants écolos un peu gênants en même temps qu’on cherche des terroristes (pas OK non plus). Et puis on annonce la déchéance de la nationalité française pour ceux qu’on trouve et qui ont la bi-nationalité (à la fois française et autre chose). Et on est content parce qu’une majorité de la population semble approuver. Sauf qu’une majorité de la population semble aussi approuver le retour de la peine de mort… j’espère que ce n’est pas pour autant qu’on va la rétablir ?

Et ça veut dire quoi au juste cette déchéance ? Dire à un terroriste qui est, de facto, en guerre contre la France et ses valeurs, qu’il n’a plus le droit d’être français ? En gros, on reprend notre ballon, tu ne peux plus jouer. Est-ce que ce sera dissuasif pour un mec qui est prêt à se faire sauter dès qu’on le lui demande ? Permettez-moi d’en douter. Alors à quoi ça sert ? Cette déchéance n’aurait lieu qu’après que le condamné ait purgé sa peine, en France. S’il ne meurt pas de vieillesse entretemps.

On est donc en train de parler d’expulser un nombre infime de personnes et pourtant avec le tapage médiatique autour de la question, on dirait qu’il faudrait affréter plus d’avions qu’un chef d’état en déplacement international pour arriver à les faire partir. Et même, les expulser où ? On sait déjà que parmi les terroristes se trouvent un nombre de français qui sont nés ici, et qui ont la bi-nationalité par leurs parents. Qui n’ont jamais vécu dans l’autre pays. C’est leur problème s’ils ne peuvent pas s’y adapter ? Peut être. Mais si le Maroc, la Syrie, l’Algérie ou d’autres adoptaient la même mesure que ce que projette notre gouvernement, la France serait obligée d’accueillir des bi-nationaux ayant commis des actes de terrorisme là-bas… Alors tout le monde s’envoie ses terroristes et on gagne quoi ?

C’est donc un débat stérile. Nous avons des lois pour condamner les pires actes, qu’on les applique, point barre.

Quand Sarkozy en avait parlé, en 2010 de mémoire, toute la gauche était vent debout pour parler de dérive, et à juste titre. Pour moi, ce qui était une proposition démagogique et réactionnaire à l’époque, n’en est pas moins aujourd’hui. Mais cela permet de ne pas parler des préoccupations majeures des Français, l’emploi et le pouvoir d’achat…. Je lisais dans le Nouvel Obs que la richesse mondiale a doublé depuis 2000.

Rien ne se crée, tout se transforme. Ce qui veut bien dire que ceux qui s’enrichissent le font sur le dos de ceux qui s’appauvrissent… On y découvre que la France est 7e dans le classement des plus gros patrimoines moyens. Le crédit suisse, bien connu pour son gauchisme affirmé, souligne que l’inégalité financière en France est plus grande que dans la plupart des pays européens : un quart des millionnaires européens réside en France. Par contre, 14% de la population française vit sous le seuil de pauvreté (chiffres de 2011), soit 350 000 habitants de plus qu’en 2008. La Croix-Rouge considère que de plus en plus de gens tombent dans la pauvreté, que les pauvres sont de plus en plus pauvres, et que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres va croissant.

Et que fait la classe politique (à part se positionner pour 2017) ? Elle parle de retirer la nationalité française à des gens qui n’en ont, pardonnez-moi l’expression, rien à foutre. C’est la goutte, une bien grosse goutte quand même, mais celle qui fait déborder le vase chez moi.

Après l’abandon total du projet de 2012. Après tant de renoncements, notamment sur l’ISF et le droit de vote des étrangers aux élections locales (soit dit en passant, je reste persuadée que confier le droit de vote, le droit de cité à quelqu’un, l’accueillir dans notre démocratie, est un meilleur moyen de combattre l’extrémisme que ce que l’on propose aujourd’hui). Après le débâcle des municipales, des départementales et plus récemment des régionales dont Solférino et l’Elysée n’ont tiré et ne tireront aucune leçon si ce n’est à chaque fois qu’on a évité le pire (pour l’instant). Et SURTOUT étant donné le silence du Parti Socialiste face à l’abandon de tant de valeurs d’humanisme, de fraternité, de solidarité envers les plus démunis, et à l’abandon des travailleurs au profit de l’argent qui était soi disant l’ennemi du candidat devenu Président en 2012…

Au vu de tout ça, je ne peux plus y rester au Parti Socialiste, après plus de 13 ans de militantisme en France, rajoutés à mes années de militantisme outre-manche. Avec une ancienne camarade, qui quitte aussi le PS, on disait dans le temps qu’on tenait trop au Parti pour le laisser à ceux qui tiraient vers le centre voire plus loin.

Mais ce Parti n’est plus un Parti de gauche et je ne peux plus le défendre. Margaret Thatcher a dit que sa meilleure réalisation était Tony Blair. Et si la meilleure réalisation de Sarkozy était François Hollande ?

Je démarre donc l’année 2016 sans carte, mais je n’ai pas perdu ma boussole, je resterai fidèle à mes valeurs de gauche, fidèle à mes électeurs, mais pas à un Parti qui n’écoute pas ses militants et qui a perdu son âme.

Sheila Carron

Elue départementale socialiste canton de l'Arbresle (Nouveau Rhône)