Hommage aux 9 de Charonne assassinés par l'Etat

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Hommage aux 9 de Charonne assassinés par l'Etat
Hommage aux 9 de Charonne assassinés par l'Etat
Hommage aux 9 de Charonne assassinés par l'Etat
Hommage aux 9 de Charonne assassinés par l'Etat

Intervention d' Emilie Lecroq pour le PCF lors de la Commémoration du massacre de Charonne.

Beaucoup de monde à cette commémoration empreinte d'émotions et du souvenir des neuf syndicalistes tombés sous les coups des forces de police placées sous l’autorité de Papon, Préfet de police et Frey, Ministre de l’intérieur ; des centaines d’autres ont été gravement blessés.

Chers amis, Chers camarades,

« Ils n'étaient pas nés pour cela et pourtant ils ébranlèrent le monde ». Jean-Pierre ; Fanny ; Daniel ; Anne-Claude ; Édouard ; Suzanne ; Hippolyte ; Maurice ; Raymond. Leur histoire, c'est celle de femmes et d'hommes qui ont répondu par un mouvement pacifique à la violence et à la haine propagées par l'OAS.

Nous nous réunissons aujourd'hui pour commémorer une manifestation non violente, ensanglantée par une répression d’État qui a fait 9 morts. Nous nous réunissons pour commémorer leur combat et le faire désormais nôtre.

En 1962, ces hommes et ces femmes se battaient pour permettre l’autodétermination d'un peuple, le peuple algérien. Une liberté que l’État colonial leur refusait avec le soutien d'une extrême droite violente. Se souvenir de l'histoire, de cette période, est d'autant plus important, que cela permet de garder en mémoire, le vrai visage de cette extrême droite qui voudrait aujourd'hui nous le faire oublier.

La mort tragique des 9 de Charonne aura au moins permis une prise de conscience en France. Cette guerre, qui ne disait pas son nom, devait prendre fin. Leur mort n'aura pas été inutile, si nous savons nous souvenir d'eux.

Bien sûr, l'histoire ne repasse jamais les mêmes plats, mais elle nous montre cependant que les démons d'hier peuvent ressurgir aujourd'hui. En effet, cette commémoration se déroule dans un climat lourd et pesant. Ces derniers mois, nos rues ont résonné de cris qu’on croyait, qu’on voulait éteints pour toujours. L'année 2015 restera marquée dans nos cœurs comme celle d'un véritable désastre. Par deux fois, l'horreur s'est produite sur notre territoire. Par deux fois, des fanatiques, au nom d'une idéologie fascisante, ont frappé. D'abord Charlie et l'Hyper Cacher en janvier 2015, puis le 13 novembre où ils ont frappé aveuglément.

Dans de telles circonstances, comment ne pas se rappeler de l'attentat commis par l'OAS sur le train Strasbourg-Paris qui causa la mort de 28 personnes et en blessa 170 autres ? Comment oublier les nombreux attentats de février et mars 1962 qui ont ravagé Alger et les algérois ?

Aujourd'hui comme hier, combien de morts, de familles endeuillées par des actes d'une extrême violence, qui alimentent une guerre d'identités supposées. Aujourd'hui comme hier, disons le haut et fort : Qu’elles soient de Paris, Bamako, Tunis ou Alger, les victimes de la barbarie ne se différencient pas. Ni par la couleur de leur peau, ni par leur religion ou absence de religion, ni par leur nationalité. Les drames qui se sont et continuent de se succéder démontrent combien les amalgames et les manipulations, sur fond de racisme, ne protègent personne du terrorisme mais fragilisent la capacité d'y faire face. Aujourd'hui comme hier, pour se souvenir mais surtout pour construire, continuons de dénoncer le colonialisme, les discriminations de toutes sortes, continuons d’œuvrer avec force pour la paix, l'égalité et la liberté.

Rendre hommage à nos camarades, c'est exiger l'abandon de « la guerre contre le terrorisme », au profit de coopérations nouvelles entre les peuples pour un règlement politique des conflits, c'est lutter contre toutes les discriminations, les divisions qui minent notre société.

Car aujourd'hui comme hier, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, le pouvoir en place tente de nouveau d'imposer les mêmes réponses : diviser et apeurer pour mieux régner. Hier, c'était le couvre feu pour les français musulmans d'Algérie. Aujourd'hui, le gouvernement décide de s’attaquer au droit du sol et à la nationalité remettant en cause les fondements mêmes de notre République.

54 ans après, ces choix politiques participent à accentuer les divisions, les inégalités, à faire grandir le sentiment d'humiliation et renforcent les idées d'extrême-droite. Rendre hommage à nos camarades, c'est faire vivre, aujourd'hui, l'histoire et les valeurs de ces militantes et militants syndicaux de la CGT, communistes, qui ont multiplié les luttes sociales pour que la liberté, l'égalité et la fraternité, trouvent les voies de leur réalisation concrète sans distinction sociale, de genre, d'origine ou encore de confessions.

54 ans après, le gouvernement choisit à nouveau d'instaurer l’état d'urgence.

54 ans après, l'objectif est le même : éliminer de la réalité et des consciences la République sociale au profit d'un État de « l'ordre », voire d'un « État autoritaire » sans résultat dans la lutte contre le terrorisme.

L'inscription de l'état d'urgence dans la Constitution, qui a commencé à être discuté à l'Assemblée nationale, est un symbole fort de la société dans laquelle on veut nous enfermer. Au nom du droit légitime à vivre en sécurité, c'est la surveillance généralisée, la suspicion, la restriction des libertés et, singulièrement, en direction de tous ceux qui n'acceptent pas l'ordre établi dans lequel on voudrait nous faire vivre.

C’est au nom de ce principe sécuritaire que 9 de nos camarades ont été assassinés à Charonne, sur ordre du Préfet Papon, et que ces assassinats ont été couverts.

C'est parce que nos camarades portaient avec détermination ces valeurs de liberté, d'égalité, de solidarité et de fraternité que, le 8 février 1962, ils ont été victimes d'un crime d’État. Un nouveau crime après celui d'octobre 1961. Un crime qui fait tant honte à la France que ses dirigeants nous ont refusé, pendant vingt ans, le droit de faire vivre, dans le présent, leur histoire.

Et même si parfois la situation actuelle paraît compliquée, même si des doutes existent sur la possibilités de changer la donne, n'oublions pas le courage de ceux qui sont morts à Charonne.

La situation actuelle, c'est un peu comme un feu de bois : quand les braises paraissent s'éteindre, soit on laisse faire, soit on souffle dessus jusqu'à ce que la flamme se rallume et de nouveau nous éclaire et nous réchauffe.

Je vous propose que nous soufflions ensemble sur les braises, mêmes si elles semblent parfois très faibles, même si elles semblent parfois presque froides. Soufflons avec le plus grand nombre jusqu'à ré-ouvrir de l'espoir, du tous ensemble, de l'en-commun, de la conscience de classe

Soufflons pour faire vivre la mémoire et les valeurs de nos camarades morts à Charonne. « Ils n'étaient pas nés pour cela et pourtant ils ébranlèrent le monde. »

Nous ne sommes peut être pas nés pour cela, mais nous ébranlerons le monde.

Publié dans Histoire

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