Le personnel de l'hôpital de Soissons se soulève contre sa direction

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Le personnel de l'hôpital de Soissons se soulève contre sa direction

Plus de 500 agents hospitaliers de Soissons n’étaient pas à leur poste ce mardi. Ils alertent ainsi sur leur souffrance au travail.

Pour la première fois, ils sont descendus dans la rue.

De la souffrance au travail dans un endroit où, précisément, on soigne les maux de tous. C’est ce qu’ont exprimé, en chansons et slogans, avec beaucoup d’espoir et de colère, les agents du centre hospitalier. Ils étaient 250 à descendre dans la rue pour manifester lors d’un mouvement inédit à Soissons ces deux dernières décennies au moins. La marche est partie de l’hôpital pour rejoindre la mairie puis la sous-préfecture pour se terminer symboliquement devant la maison de retraite du centre hospitalier, les Éclaircies, où le personnel vit un quotidien plus difficile encore depuis le décès brutal d’une de leur collègue.

Sur les pancartes, on pouvait lire des revendications et des plaintes telles que : « Un soignant bien traité, c’est un usager bien soigné », « Travaille, obéis et tais-toi » ou encore « Mes valeurs travail sont écrasées », « Je veux mes vacances ».

Au total, plus de 530 personnes, soit plus d’un tiers du personnel du centre hospitalier, ont répondu à l’appel à la grève des syndicats CGT et CFDT pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et du dialogue social et un management qui génère dépression, syndrome d’épuisement professionnel (burn-out), départs et démissions. Une spirale infernale qui déstabilise les plannings et touche l’ensemble des services.

20 % d’absentéisme

« J’ai appris que le taux d’absentéisme était de 20 % », indiquait, consterné, Alain Crémont, maire de Soissons et président à ce titre du conseil de surveillance de l’établissement public.

D’abord dubitatif, l’élu a pris la mesure de cette souffrance à la faveur des témoignages d’une délégation d’agents reçus durant plus d’une heure trente. Dehors, une pluie de glace s’abattait sur les manifestants. Regroupées en demi-cercle, des femmes en blouse blanche ont rendu un hommage bouleversant à une infirmière de leur service : « Elle était douce, joyeuse, généreuse ». Ses collègues de la maison de retraite des Éclaircies sont unanimes : « C’était la meilleure d’entre nous ». Accusée sans preuve de voler des médicaments, cette infirmière de 34 ans est décédée brutalement, à son domicile, il y a un mois.

Au début de cette semaine-là, elle avait été convoquée par sa hiérarchie. Son avenir professionnel était menacé. Hier, dans la rue, les langues se sont déliées car ce décès laisse le personnel de la maison retraite dans la détresse, la culpabilité et la peur. « Elle est partie en disant qu’elle allait se suicider. Elle ne supportait plus de ne pas pouvoir se défendre. Aujourd’hui, elle n’est plus là. » L’infirmière n’était pas venue travailler ce jeudi-là. Le lendemain, lorsqu’elles ont appris le drame, ses collègues ont cherché à savoir, à comprendre, à mettre des mots. « On a toutes été convoquées pour nous dire de nous taire et que si ça n’était pas le cas, ça allait nous retomber dessus ».

Deux membres du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, appelés par le personnel, se sont vu physiquement interdire l’accès au service. Ces agents témoignent sous le sceau de l’anonymat car « les conseils de discipline vont vite ici. On va travailler la boule au ventre… »

Si la souffrance s’exprime à tous les étages, dans tous les services, c’est ce drame qui a motivé plus que jamais les syndicats à tirer la sonnette d’alarme. Encore une fois.

Publié dans Luttes sociales

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