Les intermittents font le spectacle à l'odéon...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Les intermittents font le spectacle à l'odéon...

Depuis dimanche soir, plusieurs dizaines d’intermittents, rejoints par des étudiants et des militants du mouvement Nuit Debout, occupent la terrasse du théâtre de l’Odéon. Ils protestent contre un nouveau cadrage financier proposé par le patronat qui veut une économie de 185 millions d'euros sur leur régime d'assurance chômage.

En ce lundi 25 avril au matin, la petite place devant l’entrée du théâtre de l’Odéon à Paris est bouclée par une dizaine de camions de police. Les journalistes présents se sont regroupés sur les trottoirs qui entourent le théâtre.

Les intermittents du spectacle occupent le théâtre de l’Odéon pour contester les négociations d’assurance chômage. Ils protestent notamment contre une lettre de cadrage signée par le patronat et trois syndicats (CFDT, CFTC et CFE-CGC), réclamant 185 millions d’euros d’économies en année pleine d’ici à 2018, tout en proposant que l’État en compense une partie, à hauteur de 80 millions.

D’autres syndicats comme la CGT (qui est le syndicat le plus représentatif des intermittents du spectacle en nombre de personnes) et la CIP (coordination des intermittents et précaires) ont jugé ces conditions « inacceptables ». Ils redoutent que la participation de l'État n’ouvre la voie à une « caisse autonome », qui sortirait les intermittents de la solidarité interprofessionnelle.

Mais pour Aurore, cette occupation concerne bien plus que le statut des intermittents, "...sur le toit de l'Odéon il n’y a pas que des intermittents. Sont présents des représentants du mouvement Nuit Nebout, des salariés, des étudiants… », précise-t-elle. Toute de rouge vêtue, cette chorégraphe de 32 ans souhaite que le mouvement soit étendu à tous les secteurs d’activités : « Nous sommes dans un monde où le travail est précaire. Cette précarisation que nous vivons dans notre métier touchera de plus en plus de domaines dans l’avenir. Nous voulons que notre protestation gagne d'autres secteurs que le nôtre », explique-t-elle.

Depuis le balcon du théâtre de l’Odéon, les intermittents improvisent vers midi une conférence de presse. Dans un communiqué lu au mégaphone, ils rappellent qu’outre l’Odéon, des théâtres de Toulouse, Caen, Bordeaux ou encore Montpellier ont été occupés. Ils dénoncent « un projet commun du Medef et du gouvernement pour précariser les intermittents du spectacle ».

Les occupants ont demandé à rester au théâtre jusqu’au mardi 26 avril ainsi que d’y disposer d’un lieu de travail pendant la mobilisation. Ils précisent que cette conférence de presse devait se tenir dans l’enceinte du théâtre en présence de journalistes mais qu’ils se sont heurtés au refus du ministère de la culture, ce qui provoque les huées de leurs camarades.

« Nourrissez nos camarades », scande la vingtaine d’intermittents n’ayant pu accéder au théâtre, qui appelle à ravitailler les occupants. Les étudiants ont ensuite pris la parole, suivis d'un représentant du mouvement « Nuit debout ».

Parmi les personnes qui applaudissent les occupants de l’Odéon, il y a Julien. Il a une explication sur la mobilisation d'aujourd’hui : « Les intermittents sont dans une situation de précarité. Il y a des gens qui peuvent difficilement faire grève car ils craignent de ne pas être embauchés par de grosses structures. C’est du chantage ! » Âgé de 36 ans, Julien raconte un quotidien pas toujours facile : « Je suis comédien professionnel depuis cinq ans, je n’ai jamais eu les allocations des intermittents. Je vis avec 400 euros de RSA par mois et quelques cachets. Je cotise aux allocations sans les toucher. Ça fait trois ans que je survis. Je me débrouille pour être logé gratuitement chez des amis… », explique-t-il avec dépit.

À midi, une intermittente s’empare à son tour du mégaphone et entonne un chant peu glorieux visant les grands patrons (« Bernard Arnault à l’échafaud, Et Bolloré au bûcher, et Lagardère au cimetière »), des personnalités médiatiques (« Et BHL en HLM ») mais aussi politiques (« Et El Khomri au RMI »). Un homme d’une cinquantaine d’années se met alors à lire un texte à la manière de Léo Ferré. Même des collégiens passant devant le théâtre sont interpellés aux cris de « collégiens avec nous »…

Peu après 14 heures, un guitariste entonne la chanson de Charles Aznavour Les Comédiens. Une fois le musicien parti, certains commencent à s’organiser pour la prochaine étape : le rassemblement devant le ministère du travail, prévu à 17 heures.

Près de 300 personnes se sont réunies en fin de journée rue Grenelle à Paris, à la suite de l'appel de la CGT-Spectacle et la CIP. C'est là que se tient la négociation, en vue d'un accord qui doit être transmis à l'Unedic avant jeudi.

Accompagnés par des membres de Nuit debout, les intermittents ont finalement rejoint les abords du théâtre de l'Odéon pour y tenir une assemblée générale.

Quelques échauffourées ont éclaté avec les CRS, avec des tirs de gaz lacrymogène. C'est la seule réponse du gouvernement. En ce moment même et après avoir copieusement arrosé les manifestants de gaz lacrymogènes, les CRS préparent l’encerclement du rassemblement, qui sera une provocation et une violence policère de plus.

Faute d'accord entre les syndicats contestataires et le ministère, les discussions reprendront mercredi, indique la CGT Spectacle sur son compte twitter.

 

Publié dans Luttes sociales

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