Nucléaire militaire : Hollande préfère la bombe à l’électricité

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Nucléaire militaire : Hollande préfère la bombe à l’électricité

C’est aujourd’hui un fait, lorsqu’on évoque les enjeux énergétiques et le nucléaire civil dans un débat public, les questions et interrogations fusent toujours : on est sommé de s’expliquer sur la gestion de la sûreté, le traitement des déchets, le démantèlement futur, le coût… Des questions hautement techniques, que le public n’hésite pas à aborder, en répétant simplement ce qu’il entend dans les médias ou dans les argumentaires d’associations antinucléaires, à défaut de s’être vraiment penché sur la question : nous avons eu l’occasion de traiter toutes ces sujets à plusieurs reprises.

Mais ce qui interpelle le plus – au regard des nombreuses préoccupations légitimes concernant la sûreté du nucléaire civil – c’est qu’ il est très rare que des questions de ce type soient posées au même niveau d’exigence pour l’usage militaire du nucléaire. En témoignent les réactions à géométrie variable et les déclarations politiques, de ceux qui prônent une sortie du nucléaire.

Ceux-là même, si prompt à produire des communiqués de presse au moindre incident, concluant toujours à la nécessaire fermeture des sites nucléaires et portant systématiquement la suspicion sur les autorités de sûreté, en même temps, ignorent superbement les grandes décisions et orientations stratégiques qui se prennent dans le domaine militaire du nucléaire, et ne les commentent guère.

Vous avez dit « Barracuda »? La chanson de Claude-François?

Tout le monde par exemple connait le nom de Flamanville ou de Fessenheim. Mais combien ont déjà̀ entendu parler du programme Barracuda? Faites donc le test autour de vous, posez la question…. Il s’agit pourtant d’un grand programme de renouvellement de la flotte de sous-marins français à propulsion nucléaire, qui se chiffre en milliards d’euros. Ce sont des engins de guerre, destinés à provoquer le plus de morts et de dégats possibles, avec dans leur ventre du combustible nucléaire qui sert à leur propulsion, avec les même problématiques de pollutions radioactives potentielles pour les océans et les mers.

Le chantier naval se trouve à Cherbourg, connu de tous, et aussi des politiques : pourtant pas de ZAD ici, pas de brèves régulières dans les infos parlant de son coût, pas de communiqués politiques de ceux qui se targuent pourtant d’aimer la Méditerranée ou qui s’extasient devant la grandeur de l’océan et l’immensité de ses ressources, pas de polémiques autour des risques, autour des retards éventuels dans le calendrier du chantier, pas de dénonciations de la gabegie financière éventuelle que représente ce type de dépense etc…

Ainsi, alors qu’on stigmatise des usines produisant de l’électricité et rendant un service considérable et pacifique à toute la société, des sites comme Fessenheim ou Flamanville, il est étonnant que l’usage militaire ne soit pas débattu, ou en tout cas ne soulève pas autant de controverses, que le nucléaire civil.

Parfois, nous nous trouvons même face à une attitude inverse, à savoir un soutien clairement affiché aux applications militaires, venant pourtant de personnalités ouvertement hostiles au nucléaire civil, que ce soit de la part de certains dirigeants du PS comme du PG. Par exemple, on a pu voir un ex-candidat à la présidentielle exprimer des inquiétudes sur le rachat par General Electric d’Alstom, entreprise française produisant les turbines servant au porte-avion Charles de Gaule ainsi qu’ aux sous-marins nucléaires, en pointant la perte d’indépendance de la France face à ce transfert de technologie.

Le 7 mai 2014, Jean Luc Mélenchon déclarait dans un communiqué : « Le porte-avion Charles de Gaulle dépendra-t-il demain des Etats-Unis pour fonctionner si General Electric rachète Alstom ? La France devra-t-elle demander l’autorisation à Madame Merkel avant d’utiliser ses 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, piliers de la stratégie de dissuasion nucléaire, si Siemens rachète Alstom? En effet, ces 5 pièces maitresses de la sécurité et de l’indépendance nationale fonctionnent avec des turbines produites par Alstom. Le gouvernement doit nationaliser Alstom pour empêcher son dépeçage contraire à l’intérêt national. »

Pourtant lorsque ce porte-avion est à quai à Toulon par exemple, c’est un peu comme une petite centrale nucléaire flottante avec les mêmes problématiques de sécurité et de pollutions potentielles que Fessenheim. Si un de ces sous-marins venait à couler dans le pacifique, ce serait l’équivalent de plusieurs Fukushima en terme de pollution marine. Et ne parlons pas des scénarios à la Docteur Folamour toujours possible…

L’arme atomique mieux traitée que les 5 000 salariés d’Areva

Le décalage va encore plus loin lorsque ces même personnalités, tout en cachant difficilement leur satisfaction lors de l’annonce de pertes records de grandes entreprises comme Areva, brandissent les difficultés actuelles d’EDF sous un air de « on vous l’avait bien dit, le nucléaire cela ne marche pas ». Pourtant, ils savent très bien jouer de la fibre nationaliste pour soi-disant défendre l’indépendance de la France dans la maitrise d’une industrie stratégique, étroitement lié au nucléaire militaire, comme on l’a vu avec l’exemple plus haut pour Alstom. Mais très peu de personnalités politiques sont venus soutenir les 5 000 salariés d’Areva, entreprise qui développe pourtant une version civile et pacifique de l’usage de l’atome, lors d’une manifestation monstre et inédite à la Défense en septembre 2015.

Alors qu’en pareil cas, on retrouve habituellement tout le spectre politique de la gauche dans ce genre de manifestation, présent au côté des salariés, c’est le porte-avion Charles-de-Gaule et sa propulsion nucléaire, ainsi que les missiles atomiques de nos sous-marins, qui ont été mieux traités et défendus que les salariés d’Areva, par des personnalités se réclamant pourtant de la gauche.

L’eau oxygénée, plus dangereux que le missile M51

Enfin, songeons aussi qu’en juin 2013 un missile balistique (dit M51) d’une valeur 120 millions d’euros a explosé accidentellement au-dessus de la Bretagne. Evidemment, la charge nucléaire n’y était pas présente, mais cela n’a pas provoqué de réactions indignées, ni de « chaines humaines » contre le nucléaire militaire comme on sait si bien le faire devant les centrales d’EDF.

Si les 2 ouvriers légèrement blessés par de l’eau oxygénée en 2012 dans la centrale de Fessehneim, ont eu droit à un communiqué de la secrétaire à l’écologie du PG, Corinne Morel Darleux (« Fessenheim : l’incident de trop. Fermeture et pôle public ! » septembre 2012), s’inquiétant de la sûreté du site et prônant sa fermeture, à l’inverse, l’explosion de ce missile (sans sa charge), entendue dans un rayon de plus de cent km par les habitants, missile nucléaire destiné à rayer des villes de plusieurs millions d’habitants de la surface du globe, n’a pas eu les mêmes honneurs.

En attendant, des mots d’ordre étaient lancés par diverses associations, au même moment, appelant à déboulonner des pylônes de lignes haute tension afin de protester contre la construction de l’EPR de Flamanville, version pacifique pourtant de l’utilisation de l’atome.

Tous ces exemples prouvent bien que le nucléaire civil a depuis longtemps cessé d’être un enjeu traité de manière rationnelle, mais fait l’objet d’instrumentalisation politique à caractère démagogique, en avançant des problèmes de sécurité et en jouant sur les peurs, alors que sous nos pieds, nous avons en France, de quoi faire sauter plusieurs fois l’Europe, sans que cela provoque de réactions équivalentes.

Amar Bellal

PS : Précisons toutefois que des formations comme EELV sont beaucoup plus cohérentes dans leurs positionnements : les verts dénoncent le nucléaire civil en prônant sa sortie certes (comme l’ Allemagne, avec les résultats désastreux que l’on connait pour la lutte contre le réchauffement climatique…), mais aussi son usage militaire. Comme le PCF, mais aussi les Verts allemands et les écologistes en Scandinavie (Verts nordiques), toutes ces forces politiques posent la question de la paix et du désarment nucléaire, bien qu’elles s’opposent quant à l’usage pacifique de l’atome.

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