Brésil, la dictature s'installe ...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Brésil, la dictature s'installe ...
Brésil, la dictature s'installe ...
Brésil, la dictature s'installe ...
Brésil, la dictature s'installe ...

Par un coup d'état institutionnel, la Présidente Dilma a été écartée du pouvoir. Le vice-président Michel Temer la remplace. Dans son discours d'investiture, il donne aussitôt le ton du nouveau pouvoir : brésiliens, "Ne parlez pas de crise. Travaillez !"

Les premiers actes de ce président non élu sont dramatiques confirmant ce que les observateurs du Brésil craignaient, le Brésil sombre dans la dictature.

Il annonce la suppression du Ministère de la Culture, la suppression du Ministère de la Femme, de l’Égalité Raciale et des Droits de l’Homme. Aucune femme au gouvernement, ni personne dont la peau soit un tout petit peu bronzé. Que des décolorés, des blancs!

Par contre sept ministres suspects de corruption dans l'affaire Lava-Jato et au ministère de l’agriculture, un milliardaire surnommé "Le Roi du Soja" - transgénique. Et puis un évêque évangélique au ministère du Développement. Ainsi l'oligarchie financière du Brésil reprend les rennes du pouvoir politique !

Il est difficile de comprendre comment Michel Temer a pu être le vice-président de Dilma.

C'est que la multiplicité des partis au sein du système présidentiel brésilien force les alliances au-delà de toute contradiction. Le PT, par exemple, n'aurait jamais pu accéder au pouvoir sans compromis avec certains de ses "opposants", même du temps de Lula.

À l’autre bout de la chaîne, le PMDB, le parti réactionnaire de Temer et Cunha (les deux principaux meneurs de l'Impeachment), s'est spécialisé avec la vice-présidence, disposant par là d'un moyen sûr de rester au pouvoir sans en assumer les risques et sans avoir besoin d'être ni élu ni majoritaire au sein de la population. Il a pu ainsi travailler dans l'ombre et préparer le coup d'état et cette révolution conservatrice !

Admettons, sans y croire, qu'il n'y ait aucune femme compétente dans les partis brésiliens appelés au gouvernement. Dans n'importe quel pays relativement "développé" et "démocratique", on aurait trouvé le moyen d'inventer un ministère insignifiant, pour y mettre une femme en photo, quitte à aller la chercher dans l'opposition ! Décider, en toute conscience et dans le contexte actuel, de n'en mettre aucune, c'est de la provocation et mettre en oeuvre la pensée la plus réactionnaire qui soit, à savoir considérer que la femme n'est bonne qu'a procréer, qu'a élever les gosses, qu'à servir son mari et que sa place n'est pas ni au travail ni en politique, c'est la place des hommes !

Il y a un peu moins d’un mois, l’une des principales revues du pays publiait un portrait de Mme Temer, femme du nouveau Président, présentée alors comme « Presque-Première-Dame ». L'article titré « Marcelina Temer : belle, bien rangée et casanière » présentait à ses lecteurs une jeune femme de 32 ans, bien élevée, qui ne porte pas de robe trop courte et aime les dîners romantiques. « Ses jours consistent à emmener son fils à l'école, à s'occuper de la maison et à prendre soin d'elle-même ». Une femme photogénique, dominée, sage, docile et obéissante. Bien que diplômée en Droit, Marcelina n'a travaillé que quelques mois dans sa vie, en tant que réceptionniste. Mais elle a participé à deux concours perdu de Miss São Paulo. À part ça, elle passe son temps sur internet à attendre que son mari rentre du travail. On comprend alors qu'il n'y ait pas de femme dans ce gouvernement.

La dernière fois qu'un gouvernement brésilien a omis toute présence féminine, c'était en 1975, en pleine dictature militaire.

Dilma elle-même, première femme à être élue Présidente de la République, avait été ministre de Lula pendant huit ans.

Mais plus grave encore, c'est que Temer vient d'être condamné pour fraude par le tribunal électoral de Sao Paulo. Il est donc aujourd'hui inéligible s'il doit se présenter à une élection quelconque. Quant à Cunha, il a finalement été écarté de son poste de président de l'Assemblée par les instances judiciaires, peu avant la formation du nouveau gouvernement et le nouveau Ministre de la Justice n'est autre que son ancien avocat.

Dès jeudi, des mouvements de révolte ont surgi dans plusieurs capitales du pays, prenant pour cible principale, outre Michel Temer, les grands groupes médiatiques du pays, accusés d'être complices du coup d'état. À Porto Alegre, en parallèle aux manifestations de rue, six collèges ont été occupés par leurs étudiants, avec l'appui des professeurs en grève. Quant aux réseaux sociaux, d'un côté comme de l'autre, ils ne laissent rien passer.

Aussitôt, ce gouvernement illégitime à fait marcher la répression par la police militaire comme au bon vieux temps de la dictature ! Cette répression aveugle, sauvage et démesurée est en osmose avec la violence sociale que le gouvernement veut imposer, elle est la signature des nouveaux dirigeants, imposer un processus conduisant au retour la dictature. Il n'y a pas d'autre issue pour un pouvoir isolé qui agi contre les intérêts de son peuple qui ne veut surtout pas de ces dirigeants là !

Le nouveau Ministre de la Sécurité vient tout droit de l'état de São Paulo, où il dirigeait fièrement la police la plus meurtrière du pays. Drôle mais réelle coïncidence !

Supprimer le ministère de la Culture au Brésil, c’est aussi absurde que vouloir instituer un état laïc au Vatican. C’est une négation de l'identité du pays. Le Brésil est Culture(s).

Tout cela est dramatique et scandaleux, d'autant que le nouveau gouvernement peu à peu essaie d'imposer une nouvelle dictature au Brésil pour permettre aux possèdants, aux riches, aux groupes multinationaux et aux forces réactionnaires de remettre en cause plus de 10 ans de politique sociale et progressiste et d'accentuer leur domination pour faire main basse sur les richesses du Brésil contre son peuple et la démocratie !

Le peuple brésilien ne désarme pas. Même s'il peut être décontenancé par le silence assourdissant des pays occidentaux comme la France qui laissent faire et tentent de justifier l'injustifiable, démontrant que eux aussi en cas de nécessité pourraient prendre le même chemin que les Temer et Cunha au Brésil.

Ce que vivent actuellement les Francais avec un coup de force du gouvernement Valls pour un projet de loi rejeté par 75% des Français qui remet en cause leurs droits sociaux fait peur.

Le Brésil s'organise pour résister à la dictature. Après avoir repris leur souffle, les mouvements sociaux de tous bords forment de nouveaux comités. Ils tirent quelques conclusions évidentes.

1. L'actuel gouvernement est issu d'un coup d'état institutionnel. Il n'est donc pas légitime et il n'est pas nécessaire de lui obéir.

2. Si la répression est déjà violente aujourd’hui, elle ne pourra désormais qu'empirer.

3. Oui, en plus d'être évidemment raciste et réactionnaire, ce nouveau gouvernement est profondément misogyne.

La lutte ne fait que de se poursuivre dans des conditions plus difficiles. Les brésiliens auront gain de cause, car de nos jours on ne pététine pas la démocratie comme on le veut que cela soit au Brésil, en France ou ailleurs.

Publié dans Amérique Latine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article