Code du travail : la lutte ne fait que commencer...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Code du travail : la lutte ne fait que commencer...

Après le coup de force du gouvernement cette fin de semaine, le texte adopté sans débat ni vote par l'Assemblée va poursuivre son chemin parlementaire.

La droite sénatoriale aux manettes

Il va rejoindre le Sénat, qui va examiner la loi travail à son tour. Majoritaire dans la Haute Assemblée la droite l'a déjà annoncé : elle « va revenir a minima à la version initiale de la loi El Khomri, celle que nous étions prêts à soutenir » affirme son président Gérard Larcher.

Tout ce que voulait le patronat, les marchés financiers et certains ministres comme Macron, va donc être durci : sortie des 35h, accords d’entreprise privilégiés, motifs de licenciement, barèmes aux prud'hommes… Comme la droite l'affirme, la majorité sénatoriale de droite et du centre va reprendre le texte, tout en le « musclant ».

Le texte sera examiné en commission des affaires sociales à partir du 1er juin, puis en séance à partir du 13 juin pour une durée de « deux semaines », explique vendredi Gérard Larcher.

Les durcissements de la droite

La commission des affaires sociales a déjà commencé ses auditions. Pour la droite, dans la négociation d’entreprise, l’idée est qu’il puisse y avoir beaucoup plus d’éléments dans la corbeille des négociations.

Sur les 35 heures, l’esprit des sénateurs va vers un temps de travail à la carte. « Sur la durée du temps de travail, on va clairement mettre les pieds dans le plat. On veut sortir de ce carcan ». « Il y a des branches qui peuvent décider d’être à 38h, puis une entreprise dans une branche qui peut avoir besoin d’être à 37 ou 39h. Il y a des besoin très distincts de temps de travail selon les secteurs d’activité et selon les entreprises » souligne Jean-Baptiste Lemoyne, qui évoque des « contreparties » dans les négociations quand « le temps de travail va au-delà des 35h ». « On va voir quel cadre on laisse, le temps qui sert de référence au déclenchement des heures supplémentaires » ajoute un de ses collègues UDI.

Quant aux motifs de licenciement économique, l’échelon national a plutôt la faveur des sénateurs. Mais ils comptent apporter des précisions « techniques » : « Il faut donner des garanties aux salariés qu’il s’agit bien de difficultés réelles et donner une sécurité aux entreprises. Quand on parle de baisse du chiffre d’affaire, de la rentabilité ou de la trésorerie, mais de combien ? » demande Jean-Marc Gabouty.

Sur le barème pour les prud’hommes, « a priori, on serait pour revenir sur le texte d’origine », affirme le sénateur UDI.

Les sénateurs défendront également le principe des accords offensifs sur l’emploi, qui permettent par exemple d’augmenter le temps de travail sans augmentation pour préserver l’emploi. « Il y a un besoin d’entreprises très réactives » selon Jean-Marc Gabouty.

Sur la lutte contre les travailleurs détachés, « le texte va dans le bon sens », affirme l’élu de Haute-Vienne. Sur le compte personnel d’activité, « on est assez d’accord sur le principe » mais « il ne faut pas que le compte pénibilité soit une usine à gaz » met en garde le sénateur UDI.

Le droit à la déconnexion devrait être aussi dans la version du Sénat.

Quant à la médecine du travail, où il n’y plus dans le texte d’origine de visite médicale systématique à l'embauche, sauf pour les postes à risques, « on a l’impression que le gouvernement met en place ce dispositif parce qu’il y a une baisse du nombre de médecins du travail. On vous demande un certificat médical dès que vous avez une pratique sportive et ce ne serait pas le cas quand vous travaillez. N’y a-t-il il pas une contradiction ? On va écouter les syndicats et le patronat sur le sujet » assure Jean-Marc Gabouty.

Valls manoeuvre et poursuit ses objectifs

Stupéfaction, en réponse à ces orientations regressives, Valls a répondu : « La ministre sera ouverte aux propositions de la Haute assemblée sur tous les sujets à condition que nous gardions cet équilibre favorable aux entreprises comme aux salariés ».  Pas moins que ça !

Cette équilibre n'existe que dans sa tête, cela est d'ailleurs vigoureusement contesté par les syndicats, les salariés et les jeunes qui ont bien compris qu'il n'y avait pas d'équilibre mais que tout était favorable aux seuls patrons !

Au fond Valls ne souhaite t-il pas ce durcissement de la droite qui revient à refaire le texte qu'il a toujours souhaité et qui a fait l'objet de sa négociation avec le Mefef ? Tout le laisse penser.

Dégainer une nouvelle fois le 49/3 et ouvrir la voie à l'union Nationale

Valls pourrait alors demander à l'Assemblée de voter le texte intégral de retour du Sénat. Sans l'accord de l'Assemblée, il dégainerait une nouvelle fois le 49/3, et le tour serait joué.

Il aurait perdu quelques semaines mais aurait atteint son objectif, obtenir le soutien du patronat et donner des gages à la droite permettant en 2017 et après, d'ouvrir la voie à une union nationale droite-social libérale pour un recul généralisé de la société française et de la France soumise à la dictature de la finance, des marchés financiers et des multinationales.

Lui même, Macron et d'autres issus du PS sont déjà prêts a jouer un rôle important dans cette recomposition politique qui sonnerait le glas de la gauche et de ses valeurs, pour un temps.

Tel est l'enjeu politique majeur dont la Loi Travail est le pivot.

Une seule chose peut empêcher cette machine infernale de fonctionner. C'est l'émergence des luttes sociales, des mobilisations citoyennes qui doivent s'amplifier dont la force devienne incontournable obligeant le gouvernement à renoncer en retirant définitivement le texte ou au minimum conduisant les députés socialistes encore hésitant à décider d'une motion de censure de gauche en phase avec le mouvement social.

Cela serait la clarification ultime, tous ceux qui se prononceront contre seront co-responsables du recul généralisé de la France. Le Parti Socialiste y laissera certainement son existence mais est-ce l'enjeu central ? Non, il est déjà politiquement mort !

Hollande-Valls et Macron veulent l'achever. Il en est même, tel Macron qui prenne la peau de l'ours avant de l'avoir tué définitivement !

Publié dans Politique nationale

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