Hommage à Marius Favoriti résistant et militant communiste de Pierre Bénite (69)

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Marius Favoriti 94 ans militant communiste de Pierre Bénite
Marius Favoriti 94 ans militant communiste de Pierre Bénite

Marius Favoriti 94 ans militant communiste de Pierre Bénite

Jean Chambon, secrétaire de section de Pierre Bénite et membre du comité départemental de la Fédération du Rhône du PCF a rendu hommage à Marius Favoriti décédé le 6 mai 2016. Ses obsèques avaient lieu le 12 mai. Cet hommage fut rendu au cimetière communautaire de Bron en présence de nombreux communistes et amis de Pierre Bénite et du département.

"La mort nous a pris Marius Favoriti jeudi dernier alors qu’il se remettait d’une opération. Notre peine est immense tant Marius était apprécié par les siens, ses amis et ses camarades. Malgré sa petite taille, Marius était un grand homme par sa bonté, sa générosité, son engagement et son humanité.

Au nom des communistes de Pierre Bénite et du Rhône, je présente à Lucie sa compagne, à Jacqueline et Pierre ses enfants, à l’ensemble de ses petits enfants et arrière petits enfants, à toute sa famille, toutes nos condoléances, toute notre affection, toute notre solidarité.

Marius allait avoir 94 ans. Sa vie fut pleinement remplie puisqu’il s’agit d’un siècle, à quelques années près. Quel siècle : 1922 à 2016 !

Marius était très apprécié par ses qualités humaines. Quand on avait fait sa connaissance, c’est avec plaisir qu’on le retrouvait pour l’écouter témoigner des évènements marquants de ce siècle dont il fut le témoin et très souvent un des acteurs.

Ses engagements dans le syndicalisme, dans la vie politique et dans la vie associative furent toujours motivés par son exigence de justice sociale et de dignité humaine. Ces deux exigences il s’en imprégna lors d’une enfance difficile. Très jeune, issu d’une famille d’immigrés italienne de 10 enfants, il est confronté aux difficultés de la vie, à la pauvreté, aux inégalités, au mépris, au racisme.

Né en 1922, Marius sort de l’école primaire sans rien avoir appris, comme il le disait lui-même il ne savait ni lire ni écrire. Il connait son alphabet et la table de multiplication de 2, c’est tout. Cela fait peu quand vous avez 15 ans, que vous cherchez du boulot et êtes en 1937 après la grande dépression. Marius est déjà un tenace. Il est un vrai autodictate. C’est avec courage qu’il va, avec ses camarades du syndicat et de son parti, apprendre à lire, à écrire et à s’exprimer en public.

Ses deux organisations sont constituées d’ouvriers. Ce sont deux écoles de la générosité et de la solidarité qui marqueront Marius. Cela faisait 79 ans qu’il était communiste, fier de l’être et toujours actif, et 79 ans qu’il était adhérent à la CGT ! Quelle fidélité, malgré les turbulences, les espoirs et les déceptions de ce 20ème siècle qui verra le monde bouleversé par deux guerres mondiales, les guerres d’indépendance, la terrible accélération des technologies qui changeront profondément le travail, la crise systémique du capitalisme financiarisé et les luttes des peuples pour leur émancipation.

Marius a traversé tout cela. Quel chemin parcouru.

Nous sommes en 1937. Comme beaucoup d’ouvriers et de jeunes qui vivent une situation précaire, la révolution soviétique est un formidable espoir tout comme le Front Populaire ses acquis sociaux et démocratiques. Marius décide de s’impliquer. Il s’engage à la CGT et devient communiste.

La drôle de guerre arrive et avec elle la capitulation de Pétain. Pour Marius, pas question de rester spectateur tant il est fidèle aux valeurs de la République, à la France, trahies par Vichy et piétinées par le IIIème Reich avec ses atrocités. Il fait le choix de la résistance. Il est déjà secrétaire de son syndicat aux Tanneries Lyonnaises à la Saulaie, quand il est réquisitionné pour partir aux chantiers de jeunesse. Sur 7 mois de présence, il en fera 3 en prison pour désobéissance, indiscipline et résistance.

Il est libéré pour aller en Allemagne au Service du Travail Obligatoire. Il ne le supporte pas et se sauve sur un vélo qu’il a chapardé. Il sera arrêté et emprisonné 6 mois. Il connaitra la prison de Grenoble avant celle du fort de Dardilly d’où il s’évadera.

Rentré au domicile parental de la Saulaie, son père et son frère Henri vont l’aider à rejoindre le maquis « aux Planches » dans les Monts du Forez où il va combattre l’occupant et Vichy. Jusqu’à la libération, il reste dans la Loire comme engagé volontaire dans les Forces Françaises de l’Intérieur avec lesquelles il participe à la libération de la Loire.

Avant d’être libéré, il sera affecté au 99ème régiment de l’infanterie alpine qui occupe l’Italie. La mission terminée, le gouvernement de l’époque le garde comme soldat pour l’envoyer en Indochine où des mouvements ont lieu pour l’indépendance. Marius avec 143 de ses camarades, refuse de partir. Ils gagnent la partie, mais pour la peine ils ne seront démobilisés qu’en décembre 1945.

Marius fait partie de ces hommes et de ces femmes qui par leur engagement dans la résistance sont l’honneur de notre pays, de notre ville de Pierre Bénite. C’était captivant de l’écouter raconter les opérations qu’il mena avec son frère Henri. Comme il le disait, c’est dans cette période dangereuse qu’il comprit la signification profonde de la solidarité, du courage et de la fidélité. La fidélité aux siens, à ses frères de combat et aux valeurs de la résistance qui portaient très haut l’idéal d’une société plus juste.

Nous sommes fiers d’avoir compté parmi nous un tel homme, décoré en 1946, de la médaille de la croix de guerre et de la médaille de la résistance.

Dès la libération, la mise en œuvre du programme du CNR va enthousiasmer Marius et le motiver pour poursuivre son combat révolutionnaire et la lutte syndicale. Tout est à reconstruire, la vie est dure mais il faut bien construire son avenir. C’est ce que Marius et Lucie décideront de faire ensemble en 1947. Cela fait 69 ans. Quelle fidélité !

Malgré la dureté de la vie et des combats, malgré les coups de gueule de l’un et de l’autre, car tous les deux ont des caractères affirmés, ils savent toujours partager et faire le pas qu’il faut pour se retrouver. Ils auront trois enfants, 11 petits enfants et 14 arrières petits enfants.

Pendant 12 ans, alors que les enfants sont en bas âge, ils vont vivre la galère à la Saulaie, dans un grenier, sans eau, sans électricité, sans chauffage. Le maire d’Oullins leur refuse un logement digne sous le prétexte qu’ils n’ont pas les moyens de payer leur loyer, en réalité ce refus est motivé par un anticommuniste imbécile et inhumain. De telles injustices motivent l’engagement de Marius et de Lucie. Ensemble, ils vont se mobiliser contre les guerres coloniales, l’Indochine, l’Algérie et la paix au Viet Nam, pour les salaires, la retraite à 60 ans, les garanties collectives, les statuts, les libertés, les 35 heures.

Certaines de ses aspirations seront satisfaites en 1968 où Marius est un des acteurs, et en 1981 avant qu’il ne soit déçu par les revirements de F. Mitterand. Malgré la déception, il ne renoncera pas à sa bataille pour changer la société, qu’il considère comme juste.

Marius tire cette conviction de son expérience professionnelle tant aux Abattoirs de la Mouche qu’à la ville de Lyon où il rentrera comme gardien d’école après avoir suivie une cure pour soigner une tuberculose bovine contactée aux abattoirs. Durant cette activité professionnelle dans le service public, Marius et Lucie vivent à la Duchère où ils militent.

En 1982 c’est enfin la retraite, le partage du temps entre Lyon et l’Isère où Marius retape sa maison pour passer les week-ends.

Ils rejoignent Pierre Bénite en 1991. Ils y resteront car ils s’y trouvent bien, se font de nouveaux amis et militent activement. C’est la période où s’écroule l’Union Soviétique et nombre d’illusions. Ebranlé, Marius fait front, ne désespère pas. Tout en cherchant à comprendre, il garde confiance, motivé par l’idée que l’on ne peut pas faire le bonheur du peuple à sa place et encore moins contre lui. Alors il s’investit, avec encore plus de conviction.

Après avoir habité la Solar, en 1997 il aménage au Voltaire où nous faisons connaissance. Dès arrivés, nous créons l’Amicale CNL du Voltaire comme outil de défense des locataires. Marius se sentait bien au Voltaire, en sécurité, il discutait avec ses amis et voisins, voyait ses enfants et petits enfants avec lesquels il était solidaire malgré la petitesse des pensions.

Marius lisait chaque jour son Huma et faisait encore de la politique, à sa vitesse bien sur, il voulait rester utile à son parti et à Pierre Bénite où il était une personnalité connue et reconnue.

Après quelques problèmes de santé, il reprit une vigueur nouvelle quand fut élu maire de la ville, Serge Tarassioux dont il ne cessait de regretter la disparition trop tôt survenue.

Quand sa santé le laissait tranquille, Marius manifestait et participait aux initiatives. Ce qu’il aimait car il pouvait mesurer ainsi ce qui bougeait dans la société. Tout dernièrement, intrigué par le mouvement « Nuit Debout », il me confia : « si la jeunesse se rebelle, c’est bon signe ». Toujours sa confiance dans l’action, le rassemblement et la jeunesse qui seuls, pour lui, étaient porteurs d’espoir.

Marius, c’était un homme engagé qui ne se laissait pas endormir, il avait le bon sens et la franchise à fleur de peau, il détestait la trahison et l’hypocrisie.

Il ne supportait pas de voir notre pays défigurait par les inégalités, compter 6 millions de privés d’emploi et 8 millions de pauvres alors que d’autres amassent des fortunes. Il avait hâte de voir la politique changer radicalement de cap. Ce besoin était d’autant plus important que sa colère était grande suite aux promesses non tenues de 2012. Il tenait à rajouter que « rien de bon ne se ferait, s’il n’y avait pas une forte intervention des gens ». Cette lucidité acquise après une longue vie d’expériences ne le quittait jamais.

Marius était aussi fidèle à ses origines italiennes. Il avait trouvé avec Lucie le cordon bleu qui prépare les pâtes ou les pizzas. Il savait vous inviter pour partager un bon repas italien, et il n’était jamais le dernier à s’inscrire dans les voyages organisés par notre ville, il aimait découvrir, jouer à la coinche et s’amuser. Dans ces cas là, Marius n’était jamais le dernier à se déguiser ou à pousser la chansonnette. Il était humain, tout simplement !

Marius, je froisse ta modestie, mais je pense être fidèle à tes valeurs et tes engagements qui ont fait ta personnalité et de toi un homme attachant et apprécié des gens qui t’ont connu.

Je veux renouveler, au nom de tous, notre affection et notre solidarité à ta compagne Lucie et à toute ta famille.

Tes enfants et petits enfants peuvent être fiers de toi. Leur père, leur grand père était un grand bonhomme.

Merci Marius et salut, repose en paix."

Nous remercions Jean Paul Massonat journaliste au Progrès pour son article paru dans Le Progrès du 12 mai 2016 (voir photo ci-jointe), ainsi que les nombreux communistes et amis qui ont participé aux obsèques de Marius Favoriti soit à la mise en bière à Pierre Bénite, soit au cimetière communautaire de Bron. Nous remercions également celles et ceux qui ont fait parevnir des messages de soutien et de condoléances à Lucie, à sa famille ou à notre section.

Publié dans Pierre Bénite

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