Malaise et colère à l’hôpital gériatrique de Villiers-le-Bel, condamné à fermer

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Philippe Martinez entouré des militants de la CGT del'Hôpital Adélaïde-Hautval de Villers-le-Bel (95)

Philippe Martinez entouré des militants de la CGT del'Hôpital Adélaïde-Hautval de Villers-le-Bel (95)

Devant l’hôpital gériatrique Adélaïde-Hautval de Villiers-le-Bel (Val d’Oise), il y a un coin de verdure où les patients respirent. Désormais, il est invisible de la rue. La grille de l’établissement est tapissée du drapeau de la CGT et de banderoles « Non à la fermeture de l’hôpital » ou encore « Tous en colère ».

Vendredi 10 juin, une cinquantaine d’employés et de syndicalistes CGT s’étaient retrouvés devant l’établissement pour dénoncer sa disparition programmée. Avec, comme invité d’honneur, Philippe Martinez, le secrétaire général de la centrale syndicale, pour un temps détourné de la mobilisation contre la « loi travail ».

Il y a un an, Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), annonçait au personnel la fermeture de l’hôpital en 2019. Déclenchant un profond malaise et un vif mouvement d’opposition parmi des équipes inquiètes de leur reclassement dans d’autres sites parfois très éloignés. L’AP-HP justifie la fermeture de l’établissement par sa vétusté. 105 millions d’euros seraient nécessaires pour le remettre aux normes. Un chiffre que la CGT conteste, avançant celui de 33 millions.

Le syndicat et les élus locaux s’inquiètent par ailleurs de l’accentuation d’un désert médical. « Le nord-est du département est une zone sinistrée, avec des populations fragiles sur le plan financier », souligne Jean-Michel Ruiz, conseiller régional d’Ile-de-France et membre du collectif de défense des établissements publics de santé du Val-d’Oise. Selon le collectif, 1 200 lits vont disparaître de la zone, dont les 472 de l’hôpital gériatrique.

Outre les préoccupations pour les patients, les employés syndicalisés s’inquiètent pour les 760 membres du personnel. Surtout depuis le suicide de l’un d’eux, un électricien, au début de l’année. « Il devait aller à son rendez-vous à la cellule d’accompagnement de l’AP-HP, il ne savait plus où il en était », explique Sylvie Lefelle, de la CGT. Sa voix soudainement tremblotante contraste avec les échos du Tomber la chemise de Zebda en fond musical et les odeurs du barbecue qui se met en place.

L’ambiance est festive. Avec un sandwich merguez-ketchup dans les mains une aide-soignante raconte comment la direction la pousse à partir. « Je suis reconnue travailleur handicapé, on me propose 38 000 euros pour que je parte en retraite anticipée », assure-t-elle. Après avoir connu la fermeture de l’Hôpital Broussais à Paris en 2000, elle a « l’impression de revivre encore et encore la même situation », confie-t-elle.

Une autre aide-soignante est aussi dans le doute. Elle avait trouvé un poste à Colombes (Hauts-de-Seine), à 60 km de son appartement actuel. « Il me fallait absolument un logement de l’AP-HP, car les loyers sont beaucoup plus chers que là où je vis actuellement ! » L’AP-HP lui a finalement annoncé il y a quinze jours n’avoir rien pour elle. « Ils ont dit que je ne devais pas me plaindre car ils m’avaient proposé un studio non loin de Colombes, raconte l’aide-soignante, mais je ne pouvais pas vivre dans un appartement si petit alors que j’ai un enfant de 4 ans ! » Elle dénonce des explications glaciales, voire irrespectueuses. Elle ne peut pas accepter le poste. Pour le moment, pas de nouvelle piste en vue.

Chimère Delphine Uzan, elle, commence lundi son nouvel emploi de psychomotricienne à l’hôpital de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise). Mais le départ de l’hôpital gériatrique Adélaïde-Hautval s’est mal déroulé. En cause, son compte épargne temps qui permet à un salarié d’accumuler des congés payés, et d’avoir une rémunération supplémentaire s’il ne les prend pas. La direction de l’établissement lui a annoncé en avril qu’il fallait qu’elle pose ses congés. « Si je les prenais tous, je partais trois jours après, c’est inconcevable vis-à-vis de mes patients », argumente-elle. Elle ajoute : « Après quinze ans de service, je m’attendais à mieux pour mon pot de départ. »

L’AP-HP affirme de son côté que tous les salariés trouveront un nouvel emploi. « Déjà 180 personnes travaillent sur d’autres sites" . Une partie des salariés espère encore le maintien de l’hôpital Adélaïde-Hautval. Une chimère, pour l’AP-HP.

Sources Le Monde

Publié dans Luttes sociales

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