Adieu Loulou et un grand merci...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Adieu Loulou et un grand merci...

Louis Viannet secrétaire général de la CGT de 1992 à 1999 nous a quittés samedi. Il avait 84 ans.

Je connaissais bien Loulou comme ceux qui le connaissaient l'appelaient familièrement. Alors que je venais d'arriver à Montreuil en 1982, au bureau de la Fédération des travailleurs de la métallurgie, Loulou était élu membre du bureau confédéral et avait en charge le journal de la CGT La Vie Ouvrière.

Nous nous étions connus dans notre Région commune en Rhône Alpes, lui était déjà en responsabilité à la Fédération des PTT et moi dans la métallurgie du Rhône à l'Union Syndicale de la métallurgie.

Nous avons donc repris contatct assez facilement à Montreuil où la CGT aménageait alors. Pendant 17 ans, nous avons eu l'occasion de nous croiser, de travailler ensemble et d'échanger très souvent sur la situation, notamment sur les luttes qui marquèrent notre profession dans ces années là, Citroen Aulnay, Talbot Poissy, la sidérurgie, la bataille pour la défense des chantiers navals de la Ciotat, dans l'automobile avec les "10" de Renault Billancourt la bataille pour les libertés à Renault Véhicule Industriel Vénissieux.

Il aimait questionner sur nos fédérations, nos pratiques, nos projets, notre vision de l'avenir et de la CGT, sur les militants et dirigeants, c'était pour lui le moyen de maîtriser mais aussi d'enrichir ses réflexions sur les évolutions de la CGT pour qu'elle soit toujours plus efficace sans rien lâcher de ce qui faisait sa particularité, le syndicalisme de classe et de masse, et la démocratie.

Il m' a particulièrement éclairé dans la préparation du congrès confédéral de Montreuil de 1995 quand il nous expliquait que pour faire bouger la situation la CGT devait avoir en permanence  un trytique indiscociable, l'expression revendicative des besoins des travailleurs dans les entreprises et les professions, le syndicalisme rassemblé et la syndicalisation. C'est sur ces bases que la CGT a commencé à évoluer, à bouger comme nous avons pu le constater avec le grand mouvement de 1995 où j'ai pu apprécier sa finesse d'analyse des rapports de forces et son intelligence politique à savoir discerner ce qu'il convenait de faire et ce qu'il était possible de faire.

J'ai pu apprécier alors sa force de persuation et sa capacité d'argumentation pour convaincre et entrainer. Louis était un homme qui avait une confiance inébranlable dans la force des syndiqués et des travailleurs à faire bouger "les lignes" s'ils se rassemblent et se mettent en mouvement. Louis avait horreur du défaitisme et le combattait avec vigueur. Dans les débats il ne lâchait rien mais avait toujours le souci de rester fraternel et de rassembler.

J'ai découvert un homme, un dirigeant avide de culture et de lecture dans lesquelles il puisait une abondante richesse qui lui était ensuite utile dans son militantisme et sa vie personnelle et pour sortir "le nez du guidon", comme il disait.

Loulou c'est aussi les 35 heures en 1998 et ses débats sans concession avec la ministre du travail de l'époque Martine Aubry. Les 35 h sont une conquête sociale qui changea la vie des travailleurs et donna une bouffée d'oxygène à toute l'organisation. Nous devons beaucoup à Louis et Maryse Dumas qui l'a succédé à la fédération des PTT et l'a ensuite rejoint au bureau confédéral. Nous leur disons merci pour cette grande conquête bien que depuis les gouvernements successifs aient tout fait pour tenter de la vider de son contenu.

Loulou c'était la gentillesse, l'écoute, la fraternité, la fidèlité à la CGT et à son parti politique où il fut membre du bureau politique de l'époque.

Après ma première opération du rein en 1994 au cours d'une de nos rencontres Loulou m'expliqua alors, que je devais impérativement manger des poireaux en abondance car c'était bon pour le fonctionnement du seul rein qu'il me restait. J'ai le souvenir ensuite que chaque fois que nous croisions dans le patio de la CGT à Montreuil et que nous prenions 5 minutes pour échanger, il prenait toujours 10 secondes pour me rappeler son conseil, "n'oublie pas Jean, il faut manger des poireaux!". J'ai découvert que Loulou avait une sacrée mémoire et surtout une humanité et une solidarité hors du commun.

Après notre retour dans notre région, lui à Féline dans l'Ardèche et moi à Pierre Bénite dans le Rhône, j'ai eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs reprises notamment en 2005 à l'occasion du 60ème anniversaire du programme du CNR où il marqua les esprits par la qualité de son argumentation afin de gagner la conviction et l'engagement des militants dans la bataille pour la Sécurité Sociale, dans sa maison de Féline ou au resto quand nous éprouvions le besoin d'échanger sur la situation et la métallurgie.

C'est dans ces moments là que j'ai pu apprécier le bon coup de fourchette de Loulou.

Je suis triste et veux faire partager cette tristesse car c'est une page personnelle et une page de l'histoire de la CGT qui se tourne

Adieu Loulou et merci de ton engagement, de ton militantisme et de ta fidèlité. Toute mes condoléances attristées à sa compagne et sa famille.

Jean Chambon 

 

Publié dans syndicats

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