Les réformes d’Emmanuel Macron fabriquent une société où toute sécurité durable est abolie. Par Ian Brossat

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Les réformes d’Emmanuel Macron fabriquent une société où toute sécurité durable est abolie. Par Ian Brossat

Ian Brossat, adjoint PCF à la maire de Paris, dénonce dans une tribune au « Monde » « la société fragile » imposée aux plus faibles sur le modèle de « l’hypermobilité choisie » des élites dirigeantes. Voici le texte : « Les réformes d’Emmanuel Macron fabriquent une société où toute sécurité durable est abolie »

Facilitation des licenciements, suppression de fait du CDI, période d’essai illimitée si la branche le décide : les ordonnances de réécriture du code du travail s’attachent à renvoyer au passé la perspective d’avoir un emploi stable.

Suppression du bail à vie pour les locataires du parc social et création d’un bail « mobilité » d’un à neuf mois pour les autres : c’est également la perspective d’avoir un logement stable qui est remise en question avec les dispositions législatives sur le logement qui seront débattues à la fin de l’année.

Ainsi, en matière de logement comme de travail, les réformes mises en place par Emmanuel Macron fabriquent à grande vitesse une société où toute sécurité durable est abolie, où plus aucune situation n’est assurée.

Cette fragilisation de toutes les garanties est mise en œuvre alors même que nous vivons dans un monde où les dangers et les changements brutaux étendent leur emprise sur l’existence de chacun : variations climatiques, terrorisme, conflits militaires, crise économique… Or, la réponse des pouvoirs publics consiste paradoxalement à donner de violents coups de bélier dans les derniers boucliers sociaux.
Les salariés jetés à la rue

Alors même que la violence de la concurrence internationale, des mutations économiques et des crises du capitalisme ont engendré une « société liquide » – selon le terme forgé par le sociologue polono-britannique Zygmunt Baumann (1925-2017) –, nos dirigeants détruisent précisément ce qui permettait aux gens ordinaires d’absorber ces ondes de choc. Les réformes néolibérales qui se succèdent depuis quinze ans et auxquelles M. Macron entend donner une nouvelle vigueur exposent chacun davantage aux risques contemporains et aux accidents de la vie.

Habiter chez soi jusqu’à ses vieux jours ? Impossible avec la suppression du bail à vie pour les 11 millions de locataires du parc social. Ils pourront être contraints de quitter leur appartement sitôt qu’ils ne respecteront plus tel critère de ressource ou d’occupation. Avec un marché du logement privé détraqué par la spéculation immobilière, c’est l’assurance de transferts massifs de population vers les périphéries, que le gouvernement accélère encore en s’attaquant aux APL.

Bénéficier d’un contrat de location durable et protecteur ? Impossible avec le bail mobilité d’un à neuf mois, qui concernera les publics les plus précaires, étudiants, intérimaires et salariés en CDD, avec donc une nette prévalence des femmes. En ajustant la durée du bail à la durée du contrat, il jettera les salariés à la rue une fois leur mission terminée – et qu’importe si chacun sait que trouver un emploi sans avoir de logement relève de l’impossible, et réciproquement.
Les couches populaires seraient surprotégées

L’hypermobilité choisie des élites dominantes, sautant d’entreprise en entreprise et de projet en projet, sert de modèle pour imposer une hypermobilité subie aux classes populaires et moyennes, qui se voient ainsi sommées d’accepter plans de mobilité, reconversions professionnelles brutales et précarisation croissante des conditions de vie. Tout ce qui ne bouge pas appartient au vieux monde. Et que ce vieux monde soit, selon Emmanuel Macron, « condamné à périr » ne lui suffit pas : il lui faut encore l’euthanasier rapidement en arrachant les perfusions.

Ainsi, les locataires du logement social cacheraient en réalité « des rentiers » qui bénéficieraient d’une « niche sociale », d’une situation indue octroyée à une époque révolue et qu’il conviendrait de remettre en cause tous les six ans. Les couches populaires seraient surprotégées et donc encouragées à ne rien faire. Face à ces « privilèges », Emmanuel Macron vante les louanges de la prise de risque des chefs d’entreprise.

Mais quelle audace y a-t-il à domicilier ses bénéfices dans les paradis fiscaux, comme le font tant d’entreprises liées à l’ubérisation qui connaissent un essor spectaculaire ? Entre la « peur de licencier » sans cesse alléguée par certains patrons et celle de se retrouver au chômage qui tenaille tant de nos concitoyens, laquelle nécessite le plus de courage ?
Inefficacité des recettes anglo-saxonnes

En réalité, dans la « société du risque », le risque véritable n’est pris que par ceux d’en bas. Ils en paient de plus en plus lourdement le prix à mesure que les protections et les garanties collectives tombent. Alors face à la société fragile de M. Macron, il nous faut reconstruire une société de protections. Non pas en cantonnant ces sécurités aux plus modestes et aux plus faibles, mais au contraire en octroyant de nouvelles garanties tant aux classes moyennes qu’aux classes populaires, afin de leur donner un sens universel.

C’est cette universalité qui a fait de la France un modèle, et notamment son système de sécurité sociale fondé dans le consensus de l’après-guerre. S’attaquer à cet héritage, c’est remettre en cause ce qui contribue à faire l’identité de notre pays, au profit de recettes anglo-saxonnes qui, elles, ont fait la démonstration de leur inefficacité dans la période la plus récente.

Investir dans des services publics du XXIe siècle, créer des logements sociaux à la hauteur des besoins en réalisant enfin l’effort budgétaire adéquat, inventer des garanties collectives en socialisant de nouveaux risques grâce à la sécurité sociale (par exemple la dépendance), promouvoir partout des conventions collectives qui permettent de désindividualiser la relation employeur-employé ou propriétaire-locataire – en un mot, prémunir chacun contre les risques de la vie sans nourrir le profit des assurances privées –, voilà la direction où chercher les jours heureux : très loin de la société fragile de M. Macron."

Publié dans Politique nationale

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